Douane Menton

Un groupe de migrants, soutenu par des No Border, a pu rejoindre Menton vendredi soir. Si pratiquement tous ont été remis à l'Italie, cet épisode illustre la situation chaotique qui règne à ce point de passage.

Polo Ralph Lauren bleu, petite boucle en or à l'oreille et casquette rouge vissée sur la tête, «François», comme ce jeune Italien dit se prénommer, n'a rien du cliché d'un No Border, ces activistes qui prônent l'ouverture des frontières aux réfugiés. François, dimanche, était pourtant le porte-parole le plus enflammé de ce mouvement qui avait appelé à manifester au pied de la vieille ville de Vintimille, à la frontière italienne, après un week-end explosif, ponctué par le passage en force de migrants à Menton, puis le décès - d'un infarctus - d'un officier de police italien en marge d'échauffourées près du camp d'accueil des migrants à Vintimille. Finalement, les No Border ont préféré opter pour une simple conférence de presse, en présence d'un impressionnant déploiement de carabiniers. «Dans le climat d'instrumentalisation actuel, faire une manif aujourd'hui serait un suicide», expliquait d'ailleurs François, dans un français parfait.

Afflux de réfugiés

Vendredi, comme les militants le reconnaissent, plusieurs dizaines d'entre eux étaient présents aux côtés des migrants quand, sur le bord de mer à Menton, ces derniers ont passé en force la frontière, débordant le dispositif policier. La préfecture des Alpes-Maritimes fait d'ailleurs état de l'arrestation de quatre No Border. Selon les médias italiens, trois d'entre eux, en possession de battes, cagoules noires et couteaux, seraient Français. François, présent lors de ce coup de force, donne sa version: «Ce qui s'est passé vendredi, ce sont 400 migrants du camp d'accueil de la Croix-Rouge de Vintimille qui ont décidé, en toute autonomie, de ne plus y rester. Ils nous ont communiqué leur volonté de se rendre à Balzi Rossi (près de Menton, NDLR), et, en solidarité, quelques dizaines d'entre nous sont allés les aider pour leur donner nourriture et boissons.» Quant à l'épisode tragique du policier mort d'une crise cardiaque, François indique l'avoir appris par les médias après avoir été chassé à coups de gaz lacrymogènes du camp de migrants.

De fait, depuis la fermeture du camp d'accueil de la gare de Vintimille au printemps dernier, la petite cité frontalière est au bord du chaos. Car fermer le camp n'a pas empêché les réfugiés, essentiellement des Soudanais et des Érythréens, de venir se masser ici, dans l'espoir de passer en France. L'Église catholique a d'abord suppléé l'État en accueillant jusqu'à un millier de migrants dans la petite église Sant'Antonio. Puis les autorités ont installé un nouveau camp, en périphérie, mais limité à 360 places. «Jeudi dernier, raconte une militante française, ils ont servi 600 repas à midi avec seulement 75 kg de pâtes. Cela ne suffit pas, les réfugiés ont faim.» Pour les autorités italiennes, le camp n'a pas pour vocation d'accueillir durablement des réfugiés. Ceux-ci doivent déposer une demande d'asile ou partir, et ils ne peuvent pas, en théorie demeurer plus de sept jours dans le camp.

«Le dispositif tient»

Du côté des autorités françaises, on assure que la situation à la frontière est sous contrôle. «Sur les 200 personnes qui ont franchi la frontière vendredi, 152 ont été interpellées le soir même sur la plage, détaille François-Xavier Lauch, directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes. Vingt-trois ont ensuite été arrêtées dans Menton. Puis encore une vingtaine samedi. Globalement, tous ceux qui avaient tenté de passer ont été repris.» Au total, entre vendredi 17 heures et samedi à la même heure, en comptabilisant ces 200 migrants passés en force, la police a effectué un record de… 356 interpellations, aussi bien à Menton que dans les trains ou dans la vallée de la Roya. Tous ont été renvoyés en Italie au titre des non-admissions.

Pour la préfecture, ces chiffres le prouvent, «le dispositif tient». Après l'attentat de Nice, il avait d'ailleurs été renforcé, avec la venue de militaires de l'opération «Sentinelle» dans la vallée de la Roya, devenue pour les migrants en quête de passage un axe de contournement privilégié du dispositif policier installé sur le littoral. «Ces militaires assurent surtout des missions de défense du territoire», indique François-Xavier Lauch, qui assure néanmoins que leur présence est dissuasive pour les candidats au passage. Depuis vendredi, le dispositif côtier, qui comprend notamment deux unités de forces mobiles, est quant à lui en alerte.

Les fonctionnaires de l'État en poste sur la Côte d'Azur indiquent ne pas avoir été surpris par l'épisode de vendredi. Les renseignements parvenus, notamment grâce à la coopération avec les services italiens, laissaient présager une opération soutenue par les militants de No Border. En juin, déjà, même si l'événement était passé inaperçu du fait de l'Euro de football, il avait fallu intervenir, rappelle François-Xavier Lauch, pour reprendre dans la vallée de la Roya un ancien poste-frontière occupé par ces activistes.

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