Cannes (06)

La demande de suspension de l'arrêté municipal a été rejetée. Dans le même temps, une autre commune des Alpes-Maritimes a pris un arrêté similaire.

La décision du maire de Cannes dans les Alpes-Maritimes d'interdire sur ses plages le port du burkini n'a pas été rejetée par la justice. Selon Nice-Matin, le juge des référés n'a pas suivi la requête présentée vendredi par trois particulières et le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF).

Ces deux associations réclamaient d'urgence la suspension de l'arrêté municipal du 28 juillet interdisant «l'accès aux plages et à la baignade (...) à toute personne n'ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité».

Pour le maire de la ville, David Lisnard, «une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d'attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l'ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu'il est nécessaire de prévenir».

La justice n'a pas retenu le caractère d'urgence car «les requérants ont saisi le juge des référés le 12 août pour contester l'arrêté du 28 juillet». Selon Nice-Matin, le juge des référés note que «sont respectées les dispositions de l'articles 1er de la Constitution («La France est une République laïque») qui interdisent à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s'affranchir des règles communes régissant les relations entre collectivités publiques et particuliers.»

La justice précise que «dans le contexte d'état d'urgence et des récents attentats (...) l'affichage de signes religieux ostentatoires (...) en l'espèce sous la forme de tenues de plage affichant leur religion, sont de nature à créer ou exacerber des tensions parmi les nombreux usagers du domaine maritime, de toutes confessions, qui fréquentent les plages de Cannes au mois d'août, et un risque de troubles à l'ordre public (...)»

Me Sefen Guez Guez, avocat du CCIF, a fait part de son intention, au nom de son client, de faire appel de cette ordonnance devant le Conseil d'Etat, expliquant que «cette décision ouvre la porte à l'interdiction de tout signe religieux dans l'espace public». Il s'étonne également, n'ayant eu connaissance «que le 11 août» de cet arrêté du 28 juillet, que le caractère d'urgence n'ait pas été retenu, et que «pour une décision aussi importante, aucune audience publique permettant un débat contradictoire» n'ait été envisagée.

«Stratégie de la tension»

Les associations accusaient l'édile de détourner le principe de laïcité et de nourrir les tensions. Ce bannissement des plages des maillots couvrant intégralement le corps «détourne la laïcité de sa vocation», a protesté vendredi la Ligue des droits de l'homme. Une telle décision procède d'une «stratégie de la tension», a accusé l'association SOS racisme. La France a été frappée depuis 2015 par plusieurs attentats djihadistes, et les actes anti-musulmans se sont multipliés ces derniers mois.

«Le fondamentalisme doit être combattu avec des arguments juridiques impeccables, sous peine de lui offrir des victoires devant les tribunaux», a souligné le parti socialiste local, en rappelant que «le principe de laïcité, hormis le voile intégral, n'interdit pas les signes distinctifs religieux dans l'espace public tel que les plages».

Nouvelle interdiction

La décision du maire de Cannes a été suivie par une autre commune des Alpes-Maritimes, Villeneuve-Loubet, qui a pris à son tour un arrêté municipal interdisant la baignade en burkini ou apparenté.

Cet arrêté, en date du 5 août, indique que «l'accès à la baignade est interdit, du 1er juillet au 31 août, à toute personne ne disposant pas d'une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d'hygiène et de sécurité adaptées au domaine public maritime». Il précise aussi que «le port de vêtements, pendant la baignade, ayant une connotation contraire aux principes mentionnés ci-avant est strictement interdit sur les plages de la commune».

«On m'a signalé sur l'une de nos plages un couple dont l'épouse se baignait habillée, explique Lionnel Luca, le maire Les Républicains de la ville, et j'ai considéré que cela n'avait pas lieu d'être pour des raisons d'hygiène et que cela était malvenu compte tenu du contexte général.» «La République, ce n'est pas venir à la plage habillé en affichant ses convictions religieuses, d'autant que ce sont de fausses convictions car la religion ne demande rien» en la matière, estime Lionel Luca.

Le 13/08/2016

Le Figaro