Marine Le Pen Hénin-Beaumont 07092013

Désireuse d'apparaître comme «la candidate de tous les Français» plutôt qu'en leader d'un parti, Marine Le Pen a supprimé la flamme tricolore et le nom FN de son matériel de campagne pour 2017.

Ce dernier week-end du mois d'août a marqué le top départ de la rentrée politique à droite comme à gauche en l'absence notable du Front National.

Après s'être tenue à une distance prudente du tumulte politique estival, marqué par le terrorisme et les polémiques identitaires, Marine Le Pen, elle aussi, prépare sa rentrée. Prévue pour ce samedi, elle sera marquée par le désormais traditionnel discours de Brachay (Haute-Marne), village dans lequel la présidente du FN fait toutes ses rentrées depuis 2012. Une semaine après la plupart de ses futurs concurrents, Marine Le Pen s'assure une meilleure visibilité et entend se positionner au-dessus de la mêlée des polémiques et petites phrases qui, déjà, émaillent les échanges entre les candidats.

«Ce sera une belle rentrée: elle prépare un discours qui doit en faire la candidate de tous Français», explique au Scan Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux fédérations et à l'implantation surnommé le «super DRH» du FN. Une volonté de s'adresser au plus grand nombre qui implique de se détacher des éléments potentiellement clivants: comme relevé par Europe 1, la flamme tricolore et le nom du parti ont disparu sur le matériel de campagne prévu pour 2017. «Il a été convenu que, puisqu'elle est désormais une candidate nationale à l'élection présidentielle, la marque FN sera mise en retrait. Il s'agit de s'élever au-dessus des écuries politiques, au même titre que Nicolas Sarkozy a pris ses distances avec la direction des Républicains pour entrer en campagne», confirme le vice-président du groupe FN à la région Ile-de-France.

“Marine”, sans logo ni Le Pen

Une méthode déjà éprouvée au cours des dernières élections régionales: les affiches faisaient la part belle à la candidate en ne mentionnant pas ou très peu son parti. C'est également le cas pour le fascicule de présentation de l'université d'été du FN qui se tiendra les 17 et 18 septembre à Fréjus. En cette dernière rentrée préélectorale, le parti n'y est que très peu mis en avant et l'événement a été rebaptisé «les estivales de Marine Le Pen». Sur les affiches de campagne barrées du nouveau slogan “La France apaisée”, dévoilées en janvier dernier, son patronyme a lui-même disparu. Même chose sur le nouveau site de campagne, intitulé marine2017.fr, alors que le site de la précédente présidentielle mentionnait marinelepen2012.fr. Ces choix inscrivent le matériel de campagne de Marine Le Pen dans la lignée de celui de nombre de ses prédécesseurs prétendants à l'Élysée. Ainsi certaines des affiches de Jacques Chirac en 1995 et 2002 ou celles de Nicolas Sarkozy en 2007 avaient déjà réduit à une portion congrue les mentions du nom et du parti du candidat, quand elles n'avaient pas tout bonnement disparu.

Au cours de cet été, cette volonté de prise de recul s'est traduite par une stratégie de diète médiatique dont se félicite aujourd'hui l'état-major du FN. Les thèmes de prédilection frontistes ont été au cœur des débats de l'été et la popularité de la candidate semble intacte, alors qu'elle s'est astreinte à une communication minimaliste afin de préserver les Français en anticipation de la séquence qui s'annonce. «Après trois années d'exposition intense, il fallait prendre du recul et aller à la rencontre des Français, elle a souhaité être moins exposée», souligne Jean-Lin Lacapelle. Autre avantage stratégique de cette diète médiatique, montrer que la présidente du parti n'est pas seule aux commandes et «montrer l'équipe qu'elle a derrière elle».

Une équipe qui reste largement représentée par l'omniprésent Florian Philippot, Nicolas Bay, le secrétaire général du parti, ou David Rachline, le maire de Fréjus, qui devrait diriger la campagne frontiste. «Il s'agissait aussi de la faire un peu désirer par les médias. Et ça marche: tout le monde la réclame pour cette rentrée», veut croire Jean-Lin Lacapelle.

Une chose est sûre, la diète médiatique est terminée.

Par Marc de Boni le 29/08/2016

Le Figaro