Cahuzac

Boulevard Voltaire

Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 07/09/2016

Ah, Villeneuve-sur-Lot, paisible et charmante cité médiévale coincée entre le Périgord et la Guyenne, connue pour son joli club de rugby à XIII et… Jérôme Cahuzac. Trop prodigue, l’enfant prodige finit par sombrer dans les poubelles de la vie politique française. Ce n’est que justice, tant son hypocrisie fut grande. Membre du Grand Orient de France, chirurgien esthétique spécialisé dans les implants capillaires, homme d’affaires, politicien de talent puis ministre du Budget ; Jérôme Cahuzac était un grand bourgeois de province accompli, avant la chute.

Alors qu’il portait le projet de loi de finances de l’année 2013, le Lot-et-Garonnais a été rattrapé par la patrouille. « Les yeux dans les yeux. Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte en Suisse », déclarait-il au micro de Jean-Jacques Bourdin le 8 février 2013. Il démissionnait le 19 mars 2013, non sans avoir auparavant menti face à ses pairs de l’Assemblée nationale, affirmant solennellement ne jamais avoir possédé de comptes non déclarés à l’étranger. Avouons que tout cela était très gênant, pour un homme qui avait fait de la lutte contre la fraude fiscale son principal cheval de bataille…

Il se murmure, dans les milieux informés, que Jérôme Cahuzac a été trahi par sa femme, après l’avoir trompée une fois de trop. Peu importe, seuls les faits resteront : éducatifs pour les Français, honteux pour Jérôme Cahuzac, terribles pour le Président qui restera à jamais taché par ces actes, lui qui se faisait le champion de la « République exemplaire ».

Lundi 5 septembre 2016 s’ouvrait le procès de Jérôme Cahuzac devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, énième épisode d’un feuilleton judiciaire qui dure depuis trop longtemps. L’homme est poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale sur des sommes très importantes. Comme si cela ne suffisait pas, il a cru judicieux de déclencher une polémique contre un mort qui fut son mentor : Michel Rocard.

Questionné par ses juges, Jérôme Cahuzac a expliqué qu’il avait ouvert un compte en Suisse en 1992 car, à l’époque, « les financements occultes étaient la règle », ajoutant que les sommes versées sur ce compte servaient aux activités politiques de feu Michel Rocard et qu’il n’en avait jamais eu l’utilité à titre personnel. L’infortuné Cahuzac a, par ailleurs, indiqué qu’il avait obtenu des dons de laboratoires pharmaceutiques, grâce à ses contacts. Plutôt que de solder le compte une fois celui-ci devenu inutile, Jérôme Cahuzac décida de le garder pour y placer ses revenus personnels. Un appât du gain qui lui a coûté cher.

Ces révélations sont plausibles, voire attendues. Le Parti socialiste (tout comme le RPR et l’UDF de l’époque) usait de méthodes peu orthodoxes : caisses noires, Françafrique, malversations et, donc, comptes cachés à l’étranger. Espérons que nous connaîtrons rapidement tous les détails de cette affaire qui ne manquera pas d’éclabousser les protagonistes encore vivants. Sur le plan humain, Jérôme Cahuzac confirme ce que nous savions de lui : lâche, infidèle, menteur, capable de s’abriter derrière un mort pour minimiser ses forfaits… En résumé : l’incarnation physique de la République des copains.