Le Monde siège

Par Jean Goychman le 25/10/2016

Dans un éditorial récent  publié dans le journal « le Monde », son directeur Jérôme Fénoglio  expliquait à ses lecteurs que, quoi qu’elle puisse dire ou faire, Marine Le Pen ne pouvait qu’ être d’extrême droite. Avec ce qu’il pense être la rigueur du raisonnement mathématique, l’auteur nous annonce que, même si en apparence Marine Le Pen s’est éloignée des paroles de son père, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle « partage les mêmes obsessions » qui sont  « celles d’une nation organique tout au bord de sombrer parce qu’elle est rongée par un mal intérieur – l’immigration –, menacée par un ennemi extérieur – l’Europe – et trahie par ses élites. Elle joue sur les mêmes ressorts : l’exploitation de la peur et des passions tristes d’un certain nombre de citoyens. »

Ainsi donc, dire au peuple français que les choses ne vont pas bien et que l’avenir du pays n’est pas resplendissant, constat que tout individu, même peu au fait de l’économie ou de la politique, est à-même de faire, relève de la fantasmagorie de l’extrême droite. Si vous avez peur et si vous êtes inquiets, vous relevez de l’idéologie de l’extrême droite.

Les lecteurs qui me font l’honneur de lire les quelques lignes hebdomadaires qui paraissent sur ce blog que Gilbert Collard me fait l’amitié de me laisser m’exprimer sans contrainte savent que j’ai un penchant tout particulier pour l’ouvrage qu’Alain Peyrefitte a consacré aux échanges qu’il a eu avec de Gaulle durant la période 1959 – 1969*.

Plus que jamais fidèle à cette petite manie, j’ai retrouvé quelques lignes, d’une criante actualité :

« Je vous supplie de ne pas traiter les journalistes avec trop de considération. Quand une difficulté surgit, il faut absolument que cette faune prenne le parti de l’étranger, contre le parti de la nation dont ils se prétendent pourtant les porte-parole. Impossible d’imaginer une pareille bassesse – et en même temps une pareille inconscience de la bassesse. »

Ainsi que le paragraphe suivant :

« En réalité, il y a deux bourgeoisies. La bourgeoise d’argent, celle qui lit Le Figaro, et la bourgeoisie intellectuelle, qui lit Le Monde. Les deux font la paire. Elles s’entendent pour partager le pouvoir. »

A ma connaissance, de Gaulle n’avait rien d’un optimiste béat. Il a maintes fois dénoncé les dangers qui menaçaient la nation française. Souvenez-vous du discours de Bruneval :

« Notre peuple porte de graves blessures, mais il suffit d’écouter battre son cœur malheureux pour connaître qu’il entend vivre, guérir, grandir. Le jour va venir où, rejetant les jeux stériles et réformant le cadre mal bâti où s’égare la nation et se disqualifie l’Etat, la masse immense des français se rassemblera sur la France. »       

Quant à l’immigration et ses dangers, il disait sans ambages :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns.

Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France . Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Que lui vaudrait aujourd’hui de tels propos ?

Pas plus qu’il n’encensait l’Europe, en dénonçant la tendance « supranationale » (On ne disait pas encore « fédéraliste ») et exprimant son inquiétude devant la Commission Européenne :

« Je prends acte de ce que Spaak renonce à la supranationalité et renonce à attendre la Grande Bretagne. Cette commission politique de sages, je la vois bien artificielle. Ces sages, tout le monde les connaît d’avance. Ils voudraient cogiter ou se dresser devant les gouvernements ! Ils se prétendraient responsables de tout alors qu’ils ne seraient responsables de rien devant personne. »

Enfin, parlant des élites dirigeantes, il ne mâche pas ces mots :

Cette classe qui s’est de plus en plus abâtardie, jusqu’à devenir traîtresse à son propre pays. » et enchaînait ensuite avec cette phrase d’un populisme définitif :

 « Bien entendu, le populo ne partage pas du tout ce sentiment. Le populo a des réflexes sains. Le populo sent où est l’intérêt du pays. Il ne s’y trompe pas souvent. »

Il apparaît d’évidence que, d’après les critères retenus par l’éditorialiste du Monde, de Gaulle lui-même avait tous les syndromes d’un populiste d’extrême droite.

Heureusement qu’à l’époque nous n’en avons rien su…

Alors, que le journal le Monde ai décidé de ne pas ouvrir ses colonnes à Marine Le Pen relève d’un choix idéologique de la rédaction. Le justifier de cette façon parait maladroit et outrancier, et je ne puis m’empêcher de citer de Gaulle une dernière fois :

« Le jour où Le Figaro et L’Immonde me soutiendraient, je considérerais que c’est une catastrophe nationale ! »

* Alain Peyrefitte  « C’était de Gaulle » éditions Fayard 1994

Gilbert Collard