Cité HLM Versailles

Inquiet pour la sécurité de ses locataires, notamment confrontés aux trafics de drogue, le bailleur social réclame davantage de policiers dans le département.

L'État manquerait-il à ses obligations? Assurément, selon l'office public Plaine Commune Habitat de Seine Saint-Denis qui déplore le manque de policiers affectés auprès des 18.000 logements qu'il gère dans sept villes du département. Constatant la montée de l'insécurité dans certains quartiers, le bailleur social a décidé d'assigner l'État en justice le 3 novembre dernier pour obtenir un renforcement de la mobilisation des forces de sécurité dans le département. «Nous lançons cette procédure car nous ne pouvons et ne voulons pas abandonner nos locataires et nos collaborateurs. Comme tout autre citoyen, ils ont droit à la tranquillité et à la sécurité», explique Stéphane Peu, président de Plaine Commune Habitat et adjoint au maire communiste de Saint-Denis.

L'office HLM reçoit depuis plusieurs années des plaintes de locataires témoignant de faits d'insécurité tels que des agressions physiques et verbales, des cambriolages ou des menaces. Des incidents essentiellement liés au trafic de drogue. «Le quotidien que vivent certains habitants et gardiens d'immeubles est très compliqué, voire invivable», poursuit Stéphane Peu. Plaine Commune Habitat affirme avoir alerté à maintes reprises le préfet de la Seine-Saint-Denis, lui demandant d'augmenter les effectifs de police dans le département. Sans réponse.

Après l'annonce de l'assignation de l'État au Tribunal administratif, la préfecture a finalement déclaré que cette procédure inédite «n'a pas de fondement juridique sérieux». Stéphane Peu, lui, persiste et signe: «Ce n'est pas la préfecture qui fait la justice. Avec mon avocat, nous affirmons qu'il y a un fondement juridique sérieux, mais ce sera au juge d'en décider.»

Se pose alors la question de la recevabilité de cette démarche. «On comprendrait que ce type d'action soit directement porté par les locataires, pas par l'office public. Les offices ont les compétences pour gérer et entretenir les immeubles et éventuellement pour le gardiennage mais pas pour la sécurité publique», affirme au Figaro Me de Baillencourt, de la société d'avocats Granrut.

Discrimination?

Plus qu'un manque de moyens, Plaine Commune Habitat pointe un traitement discriminatoire. Selon son président, «la commune de Saint-Denis compte 1 policier pour 400 habitants, contre 1 pour 200 au niveau national». Il rappelle par ailleurs que le nombre d'habitants dans le département a augmenté de 25% ces quinze dernières années, sans que l'effectif de police n'évolue sur le territoire.

Dans sa requête, datée du 3 novembre, et déposée au Tribunal administratif de Montreuil, l'office public demande de porter à au moins 500 agents les effectifs de la Police nationale (contre 290 aujourd'hui) dans le commissariat de Saint-Denis et d'augmenter, dans les mêmes proportions, les effectifs dans les autres commissariats situés sur le territoire de Plaine Commune.

En attendant, 300 nouveaux policiers en sortie d'école ont été annoncés dans le département par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en septembre dernier. Insuffisant pour Stéphane Peu, qui craint un tour de passe-passe: «Nous n'arrivons pas à avoir de transparence sur les effectifs de police. Ces arrivées vont-elles compenser les départs?» s'interroge-t-il.

Par Paul Louis le 08/11/2016

Le Figaro