Trump avion de campagne

Par Jean Goychman le 13/11/2016

Contre toute attente, du moins si on en croit l’ensemble des médias « politiquement corrects » le candidat qu’ils donnaient tous comme battu a été élu Président des Etats-Unis d’Amérique.

Bien sûr, on peut gloser sur le personnage, le taxer de « populisme », qualificatif très apprécié de nos « bobos » européistes, néolibéraux, libre-échangistes et mondialistes, il n’empêche que c’est lui qui a gagné, démontrant à l’évidence que des décennies entières de lavage de cerveau, de propagande orientée et de mise en oeuvre de fausses théories n’ont pas réussi à remporter la conviction de cette bande d’ignares que nos élites, évoluées et progressistes par définition, rassemble sous le nom de peuple, voire de populace.

Et le phénomène s’amplifie et tend à se généraliser dans le monde occidental. Après quelques manifestations plus ou moins sporadiques consécutives au projet de traité constitutionnel au milieu des années 2000, les choses sérieuses ont commencé après la crise de 2008 dite « des subprimes ». Le concept « too big to fail » a consacré l’arrogance et l’impunité d’une élite mondialiste et financière qui entendait faire payer par les peuples les conséquences de la déréglementation grâce à laquelle elle avait pu accumuler des bénéfices indécents. L’Islande, puis l’Irlande, puis la Grèce, l’Italie et enfin l’Espagne et le Portugal furent parmi les plus touchés en Europe. Aux Etats-Unis, ce furent les classes dites « moyenne » ou populaires qui payèrent le prix forts. Plus de trois millions de familles se virent ainsi privées d’abri et souvent de ressources, alors que des banques comme la Goldman Sachs ou la Morgan Stanley (ex JP Morgan) ne savaient plus quoi faire de leurs profits.  Plus récemment, le « Brexit » déjoua une nouvelle fois les plans de « l’establishment »

Un tel contraste, accentué par une désindustrialisation des pays développés qui transféraient leurs productions là où les salaires étaient les plus bas, ne pouvait à terme que susciter un profond rejet de ceux qui se sentaient, à juste titre, abandonnés à un sort auquel ils ne voulaient pas se résoudre à accepter sans combattre.

On parle à tort de la colère des peuples, comme on parle des colères enfantines. Une foucade temporaire de ceux qui ne comprennent pas les bienfaits du libre-échange et de la mondialisation. Cette vision, pour médiatisée qu’elle soit, ne correspond pas à la réalité du mouvement de fond pour qui « trop, c’est trop » Les peuples, au départ, aspirent plutôt à la tranquillité et ne tiennent pas à s’impliquer dans les affaires de leurs voisins.

Tant qu’ils ne remettent pas en cause leur vie au quotidien, les peuples ne sont pas gênés par les phénomènes d’immigration. Et cela n’a rien à voir avec le racisme ou la xénophobie que les mondialistes dégainent à tout moment. Les locaux habitant les lieux propices aux vacances sont souvent excédés, même s’ils ne le montrent pas toujours, de voir les vacanciers envahir leurs routes et leurs magasins. Nous avons, comme tous les animaux, un cerveau « reptilien » qui nous pousse à considérer comme nôtre le territoire où nous vivons, et il est peu probable que nous changions rapidement.

Par contre, et sous la condition qu’elles restent limitées en nombre, les populations migrantes sont d’autant plus facilement accueillies qu’elles n’apportent avec elles le trouble quotidien et que les dirigeants politiques ne veulent pas les imposer au nom d’un calcul politique. Pour arriérés qu’ils soient, les peuples ont depuis longtemps compris que ces vagues migratoires avaient un coté suspect quant à la motivation profonde. Certes, on comprend que les habitants d’un pays en plein désarroi économique veulent aller chercher ailleurs une vie meilleure. Celà s’est toujours fait. Simplement, ces exodes massifs se faisaient vers des contrées où le potentiel de développement était énorme et où chacun pourrait trouver les moyens de sa subsistance sans contrarier ceux de leurs prédécesseurs.

Les Etats-Unis d’Amérique se sont peuplés et développés là-dessus. Bien sûr, au départ, les colons d’origine européenne, et en particulier les espagnols, n’ont pas manifesté une tendresse particulière pour les premiers occupants, de même que nombre d’esclaves ont été importés de l’Afrique pour faire marcher l’agriculture des Etats du Sud. Mais la repentance, même si elle fournit un argument solide, ne saurait convaincre aujourd’hui les populations qui y sont totalement étrangères de se laisser envahir chaque jour un peu plus en son seul nom, alors que les conditions économiques ne le permette plus.

L’élection de Donald Trump n’est pas un caprice passager de gens énervés. Ils se sont simplement rendus compte que, la démocratie étant ce qu’elle est, elle ne réussirait pas à s’opposer avec succès aux communautarismes dès lors que ceux-ci deviendraient majoritaires en nombre. Les taux de croissance des populations d’origine latino américaine et afro américaines étant nettement supérieurs à ceux des descendants d’immigrés européens,  le jour allait venir où la majorité des électeurs n’aurait plus la même origine qu’eux. Pour certains, l’élection de Barrack Obama leur avait fait prendre conscience du phénomène.

Alors il s’est produit ce qui devait arriver lorsque cela était encore possible. Partant d’un principe simple mais avéré qui est que ce qui est fait par l’homme peut être également défait par lui, rien de ce qui avait été entrepris depuis des décennies, comme la mondialisation, le libre-échange généralisé et la financiarisation de l’ économie ne devait être irréversible. Il fallait simplement une volonté car, comme le disait de Gaulle, « là où il y a une volonté, il existe un chemin » Et Donald Trump, aux yeux des électeurs américains désireux de combattre ce ce système politico-financier, incarnait cette volonté.

Les experts en politologie et les avocats défenseurs du système pourront toujours invoquer que les électeurs de Trump étaient moins nombreux que ceux d’Hillary Clinton, c’est lui qui a gagné. Ce qu’il fera de sa victoire est un autre débat, mais aujourd’hui, la victoire et à lui.

Comme le disait Mac Arthur à la fin de la seconde guerre mondiale :

« There is no substitute for victory » (Rien ne remplace la victoire) A nous de faire en sorte pour que, dans quelques mois, cette victoire soit également celle du Peuple Français sur des élites qui n’ont rien à envier à celles des Etats-Unis.

Gilbert Collard