Macron-Juppe

Boulevard Voltaire

Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 17/11/2016

Qu’est-ce que le centre ? Si l’on en croit la définition qu’en donnent les dictionnaires, le centre est peu ou prou le milieu d’un espace donné. En politique, c’est un peu la même chose. Sorte de ventre mou courtisé par la droite et par la gauche, le centre a toujours plutôt penché vers la droite de gouvernement, avant que l’idéologie post-nationale ne soit adoptée par le Parti socialiste et la droite orléaniste. Plus trivialement, le centre rassemble les tièdes.
 
Le drame du centre est que ses idées gouvernent quand ses cadres restent la plupart du temps en marge. Chevaux de Troie de tous les délires euro-mondialistes, ses acteurs ont pesé sur toutes les décisions majeures de la vie politique française des dernières décennies. Héritier de Jean Lecanuet, Emmanuel Macron a adopté un positionnement centriste pour lancer sa campagne présidentielle parce qu’il est tout entier acquis au mondialisme le plus frénétique. Certes, son centrisme aura d’abord subi un ravalement de façade. Mais sur le fond, pas grand-chose ne distingue Emmanuel Macron d’Alain Juppé
 
En effet, si Emmanuel Macron se rêve en homme providentiel, c’est d’abord pour sauver une vision politique pondérée, issue en droite ligne de la démocratie chrétienne des années 1950. Pour faire bonne mesure et séduire le journaliste moyen des Inrocks, l’ensemble sera peint de la couleur rose bonbon du multiculturalisme « vivrensembliste » le plus irénique.

Quand Justin Trudeau rencontre François Bayrou, les idées ringardes du siècle passé se parent d’atours contemporains
 
Le chouchou de Jacques Attali aura donc un espace à creuser au milieu, chez les classes supérieures et les urbains. Oh, bien sûr, il s’adressera à tout le monde et fera mine de dépasser les vieux clivages. Il n’en sera pourtant rien. Peu ou prou l’espace politique visé par Alain Juppé pour gagner les primaires de la droite.
 
Le maire de Bordeaux compte, en effet, sur une forte mobilisation de l’électorat centriste et des déçus du Parti socialiste pour l’emporter. Son seul problème étant, au contraire d’Emmanuel Macron, d’être un homme usé par quarante ans de mandats et… de rester membre d’un parti politique bénéficiant toujours d’une étiquette à « droite », sans en avoir forcément les idées.
 
Divisés par les partis et les ego, ces gens qui représentent la caste chimiquement pure vont se déchirer alors que tout les unit. Il est, d’ailleurs, intéressant de noter qu’Emmanuel Macron s’est déclaré juste avant le premier tour des élections primaires de la « droite », comme pour mieux en parasiter le déroulement. Espère-t-il, ainsi, démobiliser les partisans de Juppé et, pourquoi pas, se délester d’un concurrent qui visera les mêmes parts de marché ? C’est une possibilité à ne pas exclure. Face à Emmanuel Macron, le fils spirituel de Jacques Chirac semble un peu terne. L’ancien ministre de François Hollande l’a bien compris.
 
Ces deux candidats, annoncés parmi les gagnants les plus crédibles, sont pourtant en décalage avec les idées des Français, qui veulent restaurer leur nation historique. Survendus par les médias, ils symbolisent le prolongement d’un système qui refuse encore de s’effacer pour faire place à un monde nouveau.

La guerre au centre aura bien lieu et, avec elle, la disparition de ses acteurs.