Tirana Albanie

À Tirana, comme à Korça ou Peshkopi, dans la province nord de l'Albanie, il est difficile de trouver une famille qui n'a pas l'un de ses membres à l'étranger. Car l'émigration n'est pas un phénomène nouveau en Albanie mais elle s'est accélérée depuis 2010, date à laquelle la Commission européenne a levé l'obligation de visas pour une libre circulation dans l'espace Schengen. Ainsi, les Albanais détiennent la première place du triste podium des demandeurs d'asile en France, avec 7432 demandes en 2016, devant les Syriens, Afghans et Soudanais. Si la demande d'asile peut paraître étonnante pour un ressortissant d'un pays qui n'est pas en guerre, la procédure n'est pas verrouillée et les moyens de l'administration française sont erratiques. Résultat, nombre d'Albanais font la demande d'asile en posant le pied en France. «Tout va très vite», confie Tony, un immigré albanais, ayant vécu quatre ans en France et rapatrié en Albanie.

«Mes cousins avaient vendu leur maison pour partir. Ils me disaient que la vie en France était facile, qu'il était inutile de travailler et que nous pourrions avoir argent et logement. Je ne pouvais pas me douter qu'ils mentaient parce que faute de moyens, c'était impossible pour eux de rentrer. Mais je me suis lancé.» Les contrôles à l'aéroport de Tirana étant renforcés, par obligation de l'accord conclu avec la Commission européenne dans le cadre de la levée des visas, Tony, comme des milliers d'autres de ses compatriotes, est passé par Skopje, la capitale de l'Ancienne République de Macédoine Yougoslave (ARYM), où la vérification du titre de séjour de moins de trois mois est plus perméable. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui les réseaux français des attachés de sécurité intérieure aident les autorités dePristina, Skopje ou Thessalonique à multiplier leurs contrôles.

«Une fois arrivé à Beauvais par charter, j'ai fait une demande d'asile», poursuit Tony. «Je recevais 370 euros par mois et je n'avais pas l'autorisation de travailler en attendant une réponse à ma demande. Non aboutie, l'État français m'a donné une somme pour repartir.» Il a néanmoins réussi à trouver quelques boulots non déclarés en attendant, mais déplore que beaucoup de ses compatriotes tombent dans la nébuleuse criminelle. D'autant qu'avec la réunification des politiques de réfugiés en Europe, certains obtiennent l'asile en France. Jusqu'à présent, les Albanais émigraient massivement vers la Grèce ou l'Italie, mais la crise économique qui ravage ces pays a redéfini les cartes migratoires.

Une chose est sûre, pour Vangelis Doules, député au Parlement albanais, le phénomène ne risque pas de s'arrêter. «La pauvreté, le chômage, la corruption et le clientélisme poussent la jeunesse à trouver un meilleur avenir ailleurs.» Nombre de politiciens non qualifiés occupant des postes clés sont accusés de détourner de l'argent public. «Mais aussi parce que depuis la chute du bloc communiste en 1991, aucun scrutin électoral n'a pas été contesté!» reprend Vangelis Doules. L'instabilité tant politique qu'économique pourrait, à en croire le gouvernement social-démocrate, être réglée si le pays, candidat officiel, adhère à l'Union européenne. Mais cette perspective reste prématurée pour certains.

Pour sa part, Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur français, affirme vouloir résoudre «dans les prochaines semaines le problème fondamental de la demande d'asile albanaise en France, qui concentre 75 % des dossiers albanais au niveau européen». Après un entretien téléphonique avec Edi Rama, le premier ministre albanais, Gérard Collomb a déclaré qu'ils ont «décidé ensemble de prendre un certain nombre de dispositions, de coopération entre les forces de sécurité des deux pays».

Par Alexia Kefalas le 12/07/2017

Le Figaro