Classe de cp

Renforcer l'acquisition du vocabulaire dès la maternelle. C'est l'une des ambitions affichées par le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, depuis son arrivée Rue de Grenelle. Une véritable urgence si l'on en croit la récente étude du service statistique de l'Éducation (Depp), réalisée à à partir des tests menés auprès des 16-25 ans, lors de la journée défense et citoyenneté 2016(*).

Elle révèle qu'en France, un jeune sur dix (10,8%) est «en difficulté de lecture», avec une compréhension «très faible, voire inexistante». Ceux qui ont le niveau le plus bas (5,1% de la population enquêtée) «peuvent être considérés en situation d'illettrisme». Chez ces derniers, les mécanismes de base de traitement du langage écrit ne sont pas intégrés. Le déficit de vocabulaire est important. Avec des conséquences déterminantes sur la compréhension. Car au-delà de 20% de mots incompris, on sait qu'il est impossible d'accéder au sens d'un texte. On sait aussi que tous les enfants ne sont pas égaux face à ce vocabulaire. À l'entrée au CP, 20% des écoliers disposent de 200 à 250 mots, quand, à l'opposé, 20% en maîtrise 1200, selon une étude de 2013 menée par Paris-V et le CNRS.

Ce déficit lexical est également handicapant pour la catégorie «lecteurs médiocres», qui regroupe 11,7% des 16-25 ans. Ces jeunes n'ont reconnu qu'une dizaine de mots parmi les vingt vrais mots présents dans une liste mélangeant mots et pseudo-mots. Ils utilisent «une stratégie de compensation» consistant à «faire des hypothèses», explique la note de la Depp. Leur compréhension des textes est «minimale».

50% chez ceux qui n'ont pas dépassé le collège

Reste, au bout du compte, 77,5% de lecteurs qualifiés d'«efficaces». Satisfaisant? Parmi eux, plus d'un sur cinq présente des «déficits importants» dans le processus d'automatisation de la lecture. Ils sont efficaces, mais lents, avec en moyenne 2,5 secondes pour déchiffrer une paire de mots, contre 1,5 pour la catégorie la plus haute. Ces jeunes sont davantage dans l'oral. Le risque pour eux est de s'éloigner toujours plus des pratiques de lecture et d'écriture. «Les sollicitations de leur environnement professionnel et social seront donc déterminantes», observe l'étude.

Sans surprise, le niveau de lecture est corrélé à la scolarité. Ainsi, la part des 16-25 ans ayant de grosses difficultés frise les 50% chez les profils qui n'ont pas dépassé le niveau collège. Et tombe à 4,3% pour la population qui a suivi une filière générale ou technologique au lycée. Sans surprise également, les filles s'en tirent mieux que les garçons (9,2% à être en grande difficulté, contre 12,4% pour leurs homologues masculins). À niveau de scolarité égale, leur lecture est aussi plus fluide. Les différences s'effacent au niveau du baccalauréat, avec un temps de déchiffrage moyen équivalent (1,60 seconde).

Enfin, la carte de France de la lecture est contrastée. La fréquence des difficultés est plus prononcée au Nord et autour de l'Île-de-France. À Paris, la part des élèves en grande difficulté s'élève à 5% contre 17,7% dans l'Aisne. Elle est inférieure à 10% en moyenne dans les départements bretons.

* 760.000 participants français âgés de 16 à 25 ans.

Par Caroline Beyer le 03/07/2017

Le Figaro