Brexit ballon

Londres envisage de mettre en place une politique d'immigration très stricte à l'égard des Européens après le Brexit. Visas de deux ans maximum pour lestravailleurs non qualifiés, trois à cinq ans pour les diplômés, plancher de revenus exigés, quotas, limitation du regroupement familial, impossibilité de venir sans emploi… Le Guardian a publié mardi un document confidentiel de 82 pages, estampillé «projet officiel sensible», élaboré au mois d'août par le ministère de l'Intérieur. Il revient grosso modo à traiter les candidats européens à l'immigration dans le pays à peu près comme ceux provenant du reste du monde.

Dans l'esprit, le texte établit la volonté claire d'instaurer une préférence nationale à l'embauche. «Les employeurs britanniques doivent chercher à pourvoir leurs besoins en main-d'œuvre dans la population active locale», est-il mentionné. «Les entreprises britanniques devront former des employés britanniques», a confirmé le ministre de la Défense, Michael Fallon, lors d'interviews, mercredi. Il y a un an, la ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, avait évoqué l'idée d'exiger des entreprises la liste de leurs employés étrangers.

«Étrangler l'économie»

La fuite suscite de vives réactions. Sadiq Khan, le maire travailliste de la capitale, dénonce «un plan pour étrangler l'économie de Londres». Le document ne vise pourtant qu'à mettre en place l'un des objectifs au cœur du vote pour le Brexit: «reprendre le contrôle» des frontières.

«Ce que les gens veulent, c'est un contrôle de l'immigration résultant de notre sortie de l'Union européenne», a déclaré Theresa May au Parlement, soulignant «l'impact particulier en termes de pression sur les revenus des gens en bas de l'échelle salariale». Le gouvernement conservateur a toutefois refusé de commenter un texte qui n'est qu'une ébauche et n'a pas encore été discuté en Conseil des ministres. La version dévoilée serait déjà caduque. La future politique d'immigration post-Brexit sera présentée à l'automne. Mais personne au gouvernement n'en réfute l'esprit. Et, hormis Sadiq Khan, l'opposition travailliste est restée plutôt silencieuse sur le sujet, consciente de la priorité accordée par une grande partie de l'électorat à une réduction de l'immigration, en particulier dans ses circonscriptions industrielles du nord de l'Angleterre.

Reste que, même non validées, de telles propositions risquent d'envenimer un peu plus des négociations déjà acrimonieuses entre Londres et Bruxelles sur le Brexit. Le Home Office plaide en effet pour la fin de la liberté de mouvement des citoyens européens dès la sortie de l'Union, en mars 2019. Or legouvernement britannique semble s'être mis d'accord cet été sur la nécessité d'une période de transition pendant laquelle il resterait membre du marché unique.

Difficile d'imaginer que les Vingt-Sept accepteraient d'accorder à Londres les avantages de continuer à commercer librement, sans les contraintes liées à la reconnaissance de la liberté de mouvement de la main-d'œuvre.

Le milieu des affaires britanniques s'inquiète vivement des conséquences sur l'économie des projets gouvernementaux. Dans la restauration, les trois quarts des serveurs sont des ressortissants européens, selon la British Hospitality Association. «Le chômage est sous les 5 % et on peut se demander d'où les gens vont venir si on réduit rapidement le nombre de ceux venant de l'UE», s'interroge Edwin Morgan, de l'association patronale Institute for Directors.

Ces derniers n'ont pas attendu. Entre avril 2016 et mars 2017, 122.000 citoyens européens ont quitté le Royaume-Uni, tandis que l'immigration en provenance de l'UE a baissé de 7 %. Ce désamour est nourri par l'attitude des autorités britanniques. Le ministère de l'Intérieur a envoyé cet été par erreur une centaine de lettres menaçant d'expulsion des Européens installés au Royaume-Uni, avant de s'excuser individuellement auprès de chacun d'eux.

Par Florentin CollompLe 06/09/2017

Le Figaro