Ecotaxe

L'écotaxe pourrait bien renaître de ses cendres.

Élisabeth Borne, la ministre des Transports, a déclaré ce week-end au JDD qu'elle voulait faire participer les camions à l'entretien du réseau routier. Le projet avait été abandonné en 2014: ce fiasco politique a coûté à l'État près de 1 milliard d'euros. Depuis, aucune solution n'a été trouvée. Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, a promis dans un entretien à Libération ce lundi que «l'écotaxe, telle quelle, elle ne reviendra pas. En revanche, il est normal qu'un jour le transport routier contribue à l'effort.»

Les Assises de la mobilité doivent être l'occasion d'aborder cette question. «Nous sommes surpris que le sujet soit évoqué aujourd'hui. Il ne faudrait pas que les conclusions des Assises soient faites avant même qu'elles aient commencé, lance Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR). Ne recommençons pas le feuilleton désastreux de l'écotaxe, qui a duré de 2007 à 2014. On nous reparle d'un péage de transit, qui toucherait tous les camions, y compris les Français en France. Il en est hors de question. Faisons d'abord le bilan de l'utilisation des milliards d'euros qui sont déjà collectés pour les infrastructures.»

Fabian Tosolini, secrétaire national du syndicat CFDT Transports, ne partage pas son avis. «Nous avons toujours pensé que mettre en place une écotaxe applicable aux poids lourds était une bonne chose, dit-il. Cela permettrait de financer des transports plus écologiques, tout en introduisant une certaine régulation vis-à-vis des transporteurs étrangers. Mais il est impératif de changer la méthode. Nous n'avons jamais été consultés sur le sujet. Une écotaxe doit être écologiquement, économiquement et socialement responsable.»

Votée à la quasi-unanimité par le Parlement en 2009, l'écotaxe poids lourds était l'une des grandes ambitions du Grenelle de l'environnement de 2008. Destinée à financer les coûts d'utilisation du réseau routier national et pour partie aussi local, la taxe devait rapporter 684 millions par an. Elle n'a pourtant jamais vu le jour.

Alors que les portiques écotaxe sont déjà installés, la colère des opposants, qui s'estiment lésés, monte à l'été 2013. Face à la révolte des «bonnets rouges» en Bretagne, qui détruisent les nouveaux portiques de la région, le gouvernement Ayrault suspend le projet sous la pression, en 2013. En 2014, Ségolène Royale tentera bien de le relancer, en ciblant «les camions étrangers qui ne paient rien». Mais c'était sans compter les foudres de Bruxelles.

Relancer un projet si sensible exige de prendre des précautions pour ne pas risquer de reproduire ce qui a été «un gâchis», selon la Cour des comptes. L'État mettra dix ans à verser les 840 millions d'euros d'indemnités de rupture de contrat qu'il doit à Ecomouv, la société privée chargée de la collecte de la taxe.

«Nous nous opposerons à toute forme de taxe qui rappelle l'écotaxe, promet Yves Fargues, président de l'Union des entreprises de transport et logistique de France (TLF). Le transport routier de marchandises a acquitté plus de 7 milliards de taxes en 2016 (à l'essieu, sur les carburants, péages aux autoroutes).C'est faux de dire que nous ne participons pas au financement des infrastructures, alors que nous ne représentons que 3,9 % des véhicules sur les routes, et 6 % des émissions de gaz à effet de serre. Ça suffit!»

Par Mathide Visseryas le 19/09/2017

Le Figaro