Demande aide aulogement

Le congrès HLM qui se déroule à Strasbourg va s'ouvrir ce mardi dans une atmosphère électrique.

Et le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, qui clôturera une table ronde cet après-midi lors de ces assises, risque d'être chahuté. C'est que la baisse des APL de 50 à 60 euros par mois dans le parc social couplée avec une réduction des loyers décidée par l'exécutif passe très mal chez les bailleurs sociaux. D'autant plus qu'elle s'ajoute à la réduction généralisée des APL de 5 euros qui entrera en vigueur à partir d'octobre.

«Nous avons rompu les discussions avec le gouvernement sur ce sujet, affirme Frédéric Paul, délégué général de l'Union sociale pour l'habitat qui fédère les organismes de logement social. Cette baisse des APL ne tient pas la route. Elle repose sur des hypothèses erronées.» De quoi empêcher le gouvernement de mettre à exécution la baisse des loyers en HLM d'1,4 milliard d'euros dès 2018? Pas vraiment car les pouvoirs publics peuvent imposer cette mesure aux bailleurs sociaux.

Coup dur pour le gouvernement

En revanche, ces derniers ont une arme qu'ils comptent utiliser: dans le cadre du plan logement présenté la semaine dernière, les organismes HLM avaient accepté d'apporter deux milliards d'euros d'ici quinze ans pour permettre de rénover et démolir de vieilles barres d'immeubles. Avec cette contribution, lePNRU (Programme national pour la rénovation urbaine) devait passer de cinq à dix milliards d'euros d'ici quinze ans. Or, si on réduit leurs loyers, les bailleurs sociaux ne sont plus d'accord pour verser leur écot.

Cette menace de défection du mouvement HLM est donc un coup dur pour le gouvernement. Du coup, vendredi, Jacques Mézard a tenté de rassurer ses partenaires, insistant sur «sa volonté de poursuivre un dialogue apaisé et franc entre les différentes parties prenantes du dossierPas sûr qu'il soit entendu. En effet, le mouvement HLM est persuadé qu'il a tout à perdre dans le projet du gouvernement de réduire les APL. En particulier, il ne croit pas que les compensations promises par l'exécutif (allongement de la durée des prêts, gel du taux de rémunération du livret A, multiplication de la vente de logements sociaux, augmentation des surloyers...) soient à la hauteur de la saignée des loyers.

Le soutien d'Alain Juppé

«La baisse de 50 euros des APL dans notre parc se traduira par une réduction de nos loyers de 685 millions d'euros, estime Alain Cacheux, président de la Fédération des offices publics de l'habitat qui compte 1,3 million de HLM sur les 4,5 millions répertoriés en France. Les contreparties ne rapporteront que quelques millions.» «Nous sommes dans les territoires les plus pauvres de la République, affirme Yves Nédelec, directeur général de Seine-Saint-Denis Habitat. Il n'est donc pas envisageable de booster la vente de logements sociaux et d'augmenter les surloyers.» La conséquence? Selon l'USH (Union sociale pour l'habitat), 150 organismes sur plus de 500 seront dans le rouge dès l'année prochaine. «Dans cette situation, les organismes HLM ne pourront plus tenir leurs engagements en matière de construction et de rénovation de logements sociaux», prévient Marie-Noëlle Lienemman, présidente de la Fédération nationale des sociétés coopératives HLM.

Pour l'instant, les bailleurs sociaux bénéficient dans leur combat du soutien des associations de locataires. Avec la fondation Abbé Pierre et Emmaüs, ils ont notamment créé une structure baptisée «Vive l'APL» qui mènera des actions contre le projet du gouvernement. Ils commencent à être rejoints par de grands élus locaux. Depuis quelques jours, Nathalie Appéré (maire de Rennes, PS), Johanna Rolland (maire de Nantes, PS) mais aussi Alain Juppé (maire de Bordeaux, LR) se sont exprimés contre la baisse des APL.

Par Jean-Yves Guerrin le 26/09/2017

Le Figaro