Manifestation Catalogne

Pour les partisans du référendum catalan, c’est un peu comme de jouer un match sans aucune équipe en face. La « campagne unitaire pour le oui » [à l’indépendance] a officiellement été lancée le 15 septembre. Mais depuis, l’équipe adverse (les partis opposés à l’organisation du scrutin), refuse toujours de sortir du vestiaire car elle considère la rencontre illégale.

Au bord de la touche, la troisième voie, proposée par les courants proches de Podemos et de la maire de Barcelone Ada Colau, est, pour le moment, débordée. Leur option, consistant en une négociation avec l’Etat, afin de parvenir à un référendum légal, ressurgira peut-être dans les mois à venir.

Depuis que la majorité indépendantiste (en sièges, pas en votes) du Parlament a voté, le 6 septembre, « sa » loi fixant la date du référendum d’autodétermination de la Catalogne, les opposants ont dû s’employer à une stratégie de communication peu évidente. Cette dernière consiste à continuer de faire de la politique, sans pour autant s’engager dans une authentique campagne électorale, qui légitimerait de fait un scrutin jugé illégal.

« Le camp du ‘’non’’ fait campagne contre le référendum, pas contre l’indépendance, résume Lluís Orriols, politologue spécialiste de l’étude des comportements électoraux et de l’opinion publique. Ces partis concentrent leur opposition sur l’instrument : le référendum et son caractère illégal. Pas sur la matière du vote, c’est-à-dire l’indépendance de la Catalogne. »

Fausse campagne

Le camp du « non », tel qu’on désigne ici les trois partis « unionistes » de l’opposition à la majorité de Carles Puigdemont, est tellement absent que des affiches ornées des logos de Ciudadanos, du Parti socialiste catalan et du Partido Popular, ont fait leur apparition, ci et là, avec le message «Vote non» (au référendum). De fausses campagnes réalisées par les partisans au référendum eux-mêmes et dénoncées par ces trois partis.

Alors que les manifestations indépendantistes s’enchaînent, le camp du « non » abandonne la rue aux éléments les plus radicaux, dénommés «ultras » ou «néo franquistes», c’est selon. Cette extrême minorité ne reflète en rien la position de la majorité des «unionistes», mais attire quand même l’attention des médias, notamment étrangers. Selon le politologue, professeur à l’université Carlos III de Madrid, « C’est normal que les indépendantistes soient mobilisés de manière pro active car ce sont eux qui proposent une alternative. Le camp du «non » est favorable au statu quo, c’est donc beaucoup plus difficile de mobiliser. »

Pour de nombreux observateurs, le taux de participation au scrutin est une des clés fondamentales qui pourrait lui conférer une légitimité, sinon suffisante,au moins supérieure à celle de la Consulta du 9 novembre 2014. Si l’incertitude qui plane sur le scrutin de ce dimanche reste entière, la variable la plus prévisible est bien celle du boycott des urnes par le camp du « non ».

Par Fabien Palem le 29/09/2017

L'Indépendant