Drapeaux Espagne Catalogne

Ce qui s’est passé enEspagne, le référendum sur l’indépendance catalane à laquelle s’oppose le gouvernement de Madrid, est une affaire interne à ce pays. Telle est la position officielle de Bruxelles. Officieusement, reconnaît-on toutefois à laCommission, avec une indépendance effective, le problème deviendrait européen. Sans doute, la volonté d’émancipation de la Catalogne n’est-elle pas récente, mais si elle connaît un regain de popularité, une acuité plus grande, si de la revendication on passe à l’action, l’Union européenne n’y est pas étrangère, elle ne saurait donc s’en laver les mains, comme si elle en était totalement innocente.

Caril existe d’autres ferments indépendantistes dans les pays de l’Union, et qui vont s’amplifiant. Le projet européen est fédéraliste. Tout, depuis le début jusqu’à maintenant, par tours et détours, est orienté vers cette finalité : l’avènement des Etats-Unis d’Europe. Tous les traités dépossèdent davantage les Etats de leur souveraineté, toutes les réformes vont dans le même sens, sans que la prospérité promise par l’effacement des Etats nationaux soit au rendez-vous. On saura gré à Emmanuel Macron d’avoir dessiné, jeudi dernier à La Sorbonne (voir Présent du 28 septembre), les contours de l’Etat européen qu’il appelle de ses vœux, ouvrant ainsi les yeux aux aveugles.

Cette Europe-là, c’est celle des technocrates mondialisés pour lesquels elle n’est qu’un vaste marché où règne la liberté de circulation des biens, des personnes, des capitaux et des « migrants ». Les Etats-nations y font obstacle, ils doivent donc disparaître à terme et, avec, eux, leur culture, leurs traditions, leur religion. Les gouvernements nationaux, quand ils sont aux mains des libéraux ou des socialistes, sont le relais de cette politique-là.

Mais les peuples, eux, ne l’entendent pas ainsi ! D’où ce qu’on appelle le « populisme », qui est l’expression du refus d’être dépossédés de leur pouvoir par de prétendues élites tandis que la volonté d’indépendance, elle, c’est la détermination à retrouver, au niveau de la province ou de la région, les racines dont l’Europe veut les priver. Quand l’Etat-nation se dérobe, on se replie sur une petite « nation », la plus proche, car chaque homme étant « né quelque part » a besoin d’enracinement, il n’est pas le consommateur interchangeable sans racines ni visage que Bruxelles veut promouvoir.

Il y a longtemps qu’on nous rappelle sans cesse le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Si, en Afrique, des tribus campant sur le même territoire ont été promues « peuples » pour les priver de la tutelle coloniale, on conteste cette qualité à ceux qui prétendent être aussi un peuple en Europe.

Nous n’en trancherons pas, ni pour la Catalogne, ni pour les autres. Constatons simplement que, le plus souvent, ce sont les régions prospères d’un pays (Catalogne, Flandre, Ecosse, Lombardie…) qui veulent s’en émanciper, ayant le sentiment que leurs richesses (relatives) font vivre des régions moins dynamiques. Il est cependant excessif de parler d’exploitation coloniale, quoique les indépendantistes le prétendent, confortés, il est vrai, par la vigueur d’une répression qu’ils qualifient aussi de « coloniale ».

Par Guy Rouvrais le 02/10/2017

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