Catalogne indépendantistes

Aucun des deux camps ne semble prêt à céder du terrain. Depuis le référendum d'autodétermination, officiellement interdit et qui s'est déroulé ce dimanche sur fonds de violences policières, Madrid et Barcelone n'ont cessé de durcir le ton. Cette crise devient la plus grave depuis le putsch manqué de 1981. Mariano Rajoy, silencieux depuis dimanche soir, n'avait pas réagi mercredi. Mais il pourrait notamment invoquer l'article 155 de la Constitution, jamais encore utilisé, qui permet de prendre le contrôle des institutions d'une région qui «porte gravement atteinte à l'intérêt général de l'État».

Le président catalan répond au roi et cherche une sortie de crise

Alors que sa déclaration était attendue mercredi soir, Carles Puigdemont, le président du gouvernement régional de Catalogne n'a pas annoncé les résultats du référendum, et n'a pas non plus évoqué l'indépendance. Il a réclamé une médiation, à laquelle il n'a, dit-il, «jamais reçu de réponse positive». Madrid n'a pas tardé à réagir par communiqué, rejettant toute médiation tant que le gouvernement catalan continuerait à menacer de faire sécession.

Puigdemont très critique à l'égard du roi, est revenu sur le discours de Felipe VI. Il a regretté que le souverain suive la position de Mariano Rajoy, et n'ait pas saisi l'occasion de s'adresser à tous les Espagnols.

Il a enfin appelé à l'apaisement. «Soyons calmes, soyons sereins, soyons tranquilles», a déclaré le chef de l'exécutif catalan. Il a mis en avant «l'attitude pacifique» des milliers de Catalans qui ont défilé dans la rue, et a dénoncé les violences policières.

Bruxelles appelle au dialogue, dans «le respect de la Constitution»

«Il est grand temps de dialoguer, de parler, de trouver une voie en dehors de l'impasse et de travailler conformément à l'ordre constitutionnel espagnol», a plaidé mercredi le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, lors d'un débat d'urgence devant les députés européens réunis en session plénière à Strasbourg. Dans sa déclaration, le numéro deux de l'exécutif européen s'est livré à un plaidoyer en faveur de l'État de droit, en apportant un soutien appuyé au gouvernement de Madrid. Le bras droit de Jean-Claude Juncker a implicitement fermé la porte à l'hypothèse d'une médiation de l'Union européenne, demandée par l'exécutif catalan. «Les réponses ne pourront arriver que des parties impliquées et il s'agit des 47 millions d'Européens qui disposent d'une nationalité espagnole», a-t-il expliqué.

Les indépendantistes veulent se réunir dès lundi

En Catalogne, une commission du parlement régional doit se réunir dans la journée pour se prononcer sur la convocation d'une session plénière. Les indépendantistes catalans de la coalition Junts pel Si (Ensemble pour le oui) et de la CUP (Candidature d'unité populaire) demandent que le Parlement se réunisse lundi pour débattre et éventuellement proclamer l'indépendance de la Catalogne, d'après le quotidien La Vanguardia . Le chef de l'exécutif catalan, Carles Puigdemont, a assuré mardi sur la BBC que la proclamation d'indépendance n'est «qu'une question de jours». Sans attendre, un groupe de Catalans anti-indépendantistes, appuyé par le Parti populaire au pouvoir à Madrid, a appelé «tous les Catalans qui ne sont pas d'accord» à manifester dimanche à Barcelone.

Le chef des Mossos devant la justice

Au lendemain d'un discours du roi Felipe VI à la fermeté inédite, la justice espagnole a pour sa part convoqué en vue de leur inculpation le chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero, ainsi qu'une de ses subalternes et deux dirigeants d'associations indépendantistes.

L'enquête ouverte pour sédition porte sur des faits survenus le 20 septembre. Ce jour-là, l'arrestation de 14 hauts responsables de l'exécutif séparatiste catalan avait provoqué d'importantes manifestations contre la Garde civile à Barcelone. La police catalane a été accusée d'avoir tardé à intervenir pour dégager les Gardes civils encerclés dans un bâtiment qu'elle perquisitionnait. Selon le Code pénal, la sédition est passible d'une peine allant jusqu'à quinze ans de prison pour un fonctionnaire. Les Mossos d'Esquadra, que dirige Josep Lluis Trapero, ont rétorqué sur Twitter qu'ils n'avaient fait qu'«obéir aux ordres de la justice et du parquet».

Le 04/10/2017 avec agences

Le Figaro