Marine officielle 2017

Pour la première fois depuis le grand débat télévisé de la présidentielle, Marine Le Pen a retrouvé les émotions d'un grand rendez-vous politico-médiatique, jeudi soir sur France 2. Six mois après une confrontation qu'elle avait elle-même considérée comme un échec personnel, la présidente du Front National a voulu aborder «L'Émission politique» avec sérénité.

Pour Marine Le Pen, engagée dans la reconquête de son électorat et la refondation de son mouvement, ce rendez-vous devait être l'occasion d'adresser un message d'alerte aux Français. «Emmanuel Macron n'apportera aucun bien au pays. Ce pays leur appartient. Ils doivent continuer à se battre pour lui», confiait-elle au Figaro, quelques heures avant de retrouver le plateau de la chaîne publiqueelle craignait d'être entraînée dans des «débats extrêmement techniques», alors qu'en ce début de quinquennat un «décryptage de la philosophie politique» du chef de l'État lui semble prioritaire.

Fragilisée par la double séquence présidentielle-législatives, bousculée par son duel manqué face à Emmanuel Macron, Marine Le Penrepart au combat avec le sentiment de pouvoir convaincre ceux qu'elle a déçus.

«La présidentialisation, c'est la capacité à appliquer les idées que l'on défend. Suis-je capable de démontrer aux Français que je peux appliquer les idées que je défends? Oui, je pense que oui», estime la députée du Pas-de-Calais, convaincue que la solidité d'un responsable politique ne se juge qu'à l'aune des coups durs qu'il est capable d'encaisser. «Je suis ce que je suis, avec mes défauts et mes quelques qualités. Des qualités de courage, de pugnacité, de solidité. Je ne viens pas ici pour gagner la considération médiatique. Je viens pour dire des choses importantes aux Français, pour peu que l'on me laisse leur dire

«Impatience» au FN

Pour Sébastien Chenu, porte-parole du parti, très impliqué dans la préparation de l'émission avec les frontistes Philippe Olivier, Bruno Bilde et David Rachline, il existe une «impatience» au sein du FN et au-delà. «Beaucoup de gens veulent savoir où en est l'animal politique», juge-t-il. Lors d'un déplacement dans leVaucluse le 8 octobre, 600 personnes s'étaient inscrites à un déjeuner-débat pour entendre la présidente du parti.

Au FN, l'exposition de Marine Le Pen à une heure de grande écoute, cinq jours après l'interview d'Emmanuel Macron sur TF1, est vue comme une consécration. On pense que cela l'installe en position de «principale opposante». «Si les Français ne pensaient pas que j'étais la seule à porter un projet d'alternance, ils ne m'auraient pas placée au second tour face à Emmanuel Macron», ajoute la présidente du FN, en essayant de minimiser le poids de La France insoumise dans l'opposition.

Si Jean-Luc Mélenchon a pu donner l'impression de se tailler la part du lion depuis quelques mois, c'est d'abord parce qu'Emmanuel Macron veut en faire son premier adversaire, croit-elle. «D'accord, il prend la lumière par une agitation parlementaire, mais croyez-vous sincèrement que le pays peut avoir le choix entre le projet d'Emmanuel Macron et celui de Jean-Luc Mélenchon? Évidemment que non», insiste Marine Le Pen.

Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, avait accepté de débattre avec la présidente du Front National, après les refus de Laurent Wauquiez et Bruno Le Maire. Si le candidat favori pour la présidence LR a décliné l'offre, Marine Le Pen n'y voit qu'une explication logique. «Faisant campagne sur l'ambiguïté, entre une image de fermeté et un positionnement centriste, il n'est pas étonnant que Laurent Wauquiez n'ait pas tellement envie d'en sortir», a-t-elle ironisé.

Quant à Gérald Darmanin, qu'elle avait déjà qualifié de «Judas» à l'Assemblée nationale, elle semblait prête, jeudi soir, à rappeler la trajectoire «constructive» d'un ministre LR en passe d'être exclu de sa famille politique. «Mais qui représente M. Darmanin, dans ce débat? Est-il un ministre de Macron ou un responsable LR?» s'interrogeait Marine Le Pen, en prenant soin de souligner sciemment le positionnement politique et polémique de son principal opposant d'un soir.

Par Emmanuel Galiero le 19/10/2017

Le Figaro