Manifestants pro Espagne Barcelone

Mieux vaut tard que jamais. Des centaines de milliers de partisans de l'Espagne ont battu le pavé à Barcelone, dimanche 29 octobre, deux jours après la déclaration d'indépendance du Parlement catalan. L'imposant cortège s'est dispersé dans le calme après avoir défilé sur le Passeig de Gracia, l'une des plus grandes artères de la ville moderne, inondée de drapeaux espagnols et catalans. Les manifestants étaient nombreux à crier : "Puidgemont, en prison", en référence au président indépendantiste destitué vendredi 27 octobre par Madrid.

Autorités catalanes etespagnoles se sont livré à une bataille de chiffres quant à la participation. Selon la police municipale ils étaient 300.000, tandis que la préfecture et les organisateurs évoquaient une participation d'1,3 million de personnes. La région vit les événements avec un grand sentiment d'incertitude, alors que Carles Puigdemont a appelé samedi 28 octobre ses partisans à s'opposer pacifiquement à l'État, qui tente de reprendre le contrôle.

Carles Puigdemont "restera le président"

Oriol Junqueras, son numéro deux, a assuré dimanche 29 octobre dans une tribune que Carles Puigdemont "est et restera le président" de la Catalogne et affirmé que lui-même ne reconnaîtrait pas les décisions de Madrid, qui a mis la région sous tutelle. "La Catalogne, c'est nous tous !", semblait lui répondre le slogan de la manifestation organisée à l'appel de l'association Société civile catalane, opposée à la sécession.

Les séparatistes "vivent dans un monde parallèle, un peu surréaliste", jugeait Silvia Alarcon, une manifestante de 35 ans, "en colère" contre les sécessionnistes. Le socialiste catalan Josep Borrel, ancien président du Parlement européen, a prononcé un discours vibrant, fustigeant les séparatistes, responsables selon lui "d'une tragédie historique" : la "fuite" d'un tiers des entreprises de plus de 50 salariés, qui ont transféré leur siège social hors de Catalogne, effrayées par l'instabilité.

Restaurer l'ordre constitutionnel

La "déclaration unilatérale d'indépendance est illégale et illégitime", c'est "une folie qui nous a conduits au précipice", a aussi déploré un des organisateurs, Alex Ramos, rappelant que les indépendantistes n'avaient obtenu que 47% des voix lors des élections régionales de 2015. Les séparatistes sont majoritaires au parlement catalan, avec 72 sièges sur 135, par le jeu d'une pondération des voix favorisant les provinces rurales.

Vendredi soir, ils avaient été des dizaines de milliers à célébrer la naissance de leur "République" dans plusieurs villes de Catalogne, divisée à parts quasiment égales sur la question de l'indépendance. Le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy a mis en œuvre le soir même, après autorisation du Sénatl'article 155 de la Constitution pour prendre les rênes de la région et y "restaurer l'ordre constitutionnel". La numéro deux de son gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne.

Une manifestation aux airs de pré-campagne

Madrid a destitué le gouvernement catalan, dissous le Parlement régional et convoqué des élections pour le 21 décembre. "Votarem, votarem", (nous voterons) scandaient dimanche les manifestants, en reprenant le slogan des indépendantistes en faveur d'un référendum d'autodétermination. La manifestation avait des airs de pré-campagne électorale.

Les trois principaux partis prônant le maintien de la région au sein de l'Espagne, Ciudadanos (libéral), le Parti socialiste catalan et le Parti populaire de Mariano Rajoy y ont participé, demandant à leurs partisans à se rendre massivement aux urnes. Selon un sondage du quotidien El Mundo, les indépendantistes perdraient la majorité, en n'obtenant au maximum que 65 des 135 sièges. L'enquête, réalisée avant la déclaration d'indépendance, accorde 42,5% des voix aux sécessionnistes et 54,5% aux non-indépendantistes.

Des jours incertains

La Catalogne, qui a toujours entretenu des relations complexes avec Madrid, a sa propre langue et sa culture, mais sur ses 7,5 millions d'habitants, plus de la moitié viennent d'ailleurs ou sont des enfants issus de familles d'autres régions d'Espagne

Le défi institutionnel posé par les indépendantistes est sans précédent depuis que l'Espagne a retrouvé la démocratie en 1977, même si elle a aussi été secouée par les violences liées à la lutte de l'organisation séparatiste armée basque ETA, tenue pour responsable de plus de 800 morts et qui a renoncé à la violence il y a six ans.

Lundi 30 octobre, tous les regards seront rivés sur les fonctionnaires de la région, qui doivent reprendre le travail, cette fois sous les ordres de Madrid, et alors que Mariano Rajoy pourrait faire face à l'éventuelle désobéissance du gouvernement destitué. Ce dernier pourrait tenter de reprendre ses travaux, lui aussi.

Par Félix Roudaut  le 29/10/2017

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