Espagne Catalogne

De Bruxelles, où il s’est réfugié avec quatre membres de son gouvernement destitué vendredi par le Sénat espagnol, l’ex-président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, affirme toujours diriger le gouvernement légitime de sa région. Aurait-on affaire à un gouvernement en exil d’une république inexistante ? Après avoir enregistré samedi un message vidéo depuis la ville de Gérone pour appeler les habitants de la Catalogne à opposer une résistance « démocratique » à l’application de l’article 155 de la constitution, le président de la République de Catalogne proclamée la veille par 70 députés du parlement régional sur 135 (en l’absence de l’opposition anti-indépendantiste) a pris ses cliques et ses claques et est parti en voiture avec sept membres de son gouvernement pour Marseille. De là, ces messieurs dames ont pris un avion pour Bruxelles où le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, le nationaliste flamand Theo Francken, a déclaré aux médias, en mettant dans l’embarras son propre gouvernement, que Puigdemont pourrait demander l’asile politique en Belgique.

Si Carles Puigdemont parle d’une stratégie concertée entre les membres de son gouvernement, dont quatre sont finalement restés avec lui à Bruxelles pour donner, paraît-il, une dimension internationale aux poursuites judiciaires engagée par l’Etat espagnol, les leaders des partis et organisations indépendantistes n’avaient apparemment pas été mis au courant. M. Puigdemont a ensuite déclaré, en conférence de presse depuis Bruxelles, qu’il pourrait rentrer en Espagne, où le parquet l’a convoqué pour le 2 novembre, à condition d’obtenir des garanties. Les peines encourues par Carles Puigdemont et par Carme Forcadell, la présidente du parlement régional dissous, pour rébellion, sédition et malversations, sont comprises entre 15 et 25 ans de prison. Pour sa défense, M. Puigdemont s’est adressé à un avocat belge, Paul Bekaert, qui a défendu dans le passé différents terroristes du groupe séparatiste basque d’extrême gauche ETA. Maître Bekaert aura donc à défendre son client contre le probable mandat d’arrêt européen qu’aura à émettre l’Espagne si Puigdemont et ses acolytes persistent à vouloir se soustraire à la justice de leur pays.

Curieusement, l’ex-président de la Généralité de Catalogne autoproclamé, président en exil de la République de Catalogne, accepte les nouvelles élections régionales annoncées pour le 21 décembre par le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Les principaux partis de sa coalition séparatiste, PDeCAT et ERC, ont déjà annoncé leur intention de participer.

Parallèlement, les membres du gouvernement déchu de la région de Catalogne qui vont répondre aux convocations du parquet où leur seront présentés les chefs d’inculpation risquent fort d’être arrêtés et d’être mis en détention provisoire à cause de la fuite de Puigdemont et des quatre conseillers restés en Belgique. Cette fuite fait craindre en effet que les ex-membres du gouvernement régional puissent agir de même.

Par Olivier Bault le 02/11/2017

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