Meeting du FN

Le Front  National veut rebondir. Six mois après son débat de l'entre-deux-tours qu'elle a, elle-même, qualifié de "raté", un été marqué par l'omniprésence médiatico-politique de Jean-Luc Mélenchon et une rentrée polluée par le départ de Florian Philippot, Marine Le Pen a pour objectif de reprendre la main.

En sus de son opération de communication visant à dénoncer une "fatwa bancaire" après la clôture des comptes du parti par la Société générale, la présidente du Front National entame une opération reconquête des militants pour (re)gagner en légitimité en vue du Congrès du parti des 10 et 11 mars 2018, dont les principaux objets sont la modification des statuts, en place depuis la création du parti en 1972, et l'élection du numéro un de la formation politique. Marine Le Pen est la seule candidate.

Cette opération s'effectue en deux temps. Le 14 novembreun questionnaire de 80 questions, "clé de voûte de la refondation", a été envoyé en premier lieu aux 81.000 "adhérents statutaires" - à jour de cotisation ou ayant douze mois de retard maximum - dans l'objectif de mieux connaître leur profil et leurs attentes. Ils sont interrogés, entre autres, "sur le fonctionnement des fédérations", "l'éventuel changement de nom ou de logo ou du parti" ou encore "sur la ligne politique du FN", expliquait Jordan Bardella, l'un des porte-paroles. La présentation des résultats est prévue aux environs du 15 janvier.

"Pour aller au-delà du questionnaire", le parti a nommé dans un second temps ce qu'il appelle des "ambassadeurs". Pour la première fois depuis leur nomination, ils étaient tous rassemblés à Paris, mercredi 22 novembre.

"75% de conseillers régionaux", un tiers de femmes

Au nombre de 18, répartis dans toute la France, "ces nouveaux talents du Front", âgés de 24 à 47 ans, ont pour mission de "faire vivre le débat au sein des 95 fédérations", explique Sébastien Chenu, porte-parole du Front national, à RTL.fr. "Ce sont de jeunes conseillers régionaux à 75% mais aussi des cadres, des patrons de fédérations que l'on a vus pendant les campagnes électorales."

Sur les 18 sélectionnés, seulement six femmes. "On n'est pas à la parité mais on fait des efforts pour y arriver, on n'est plus très loin", rétorque le Nordiste. "Ils sont de toutes les sensibilités, certains viennent du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), d'autres du Front de gauche ou de l'UMP (aujourd'hui Les Républicains, ndlr)", répond le député lorsqu'on lui demande quel est le profil des ambassadeurs choisis.

Franck Allisio fait partie des ex-LR. Ancien président national des Jeunes Actifs des Républicains et conseiller au sein de plusieurs cabinets ministériels (Roger Karoutchi, Nathalie Kosciusko-Morizet) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ce Marseillais d'origine est aujourd'hui conseiller régional FN en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA). "On ne peut pas avoir éternellement un corps où la tête pense centriste quand le corps des sympathisants, des militants et des électeurs pensent quelque chose qui se rapproche de Marine Le Pen", lâchait en 2015 ce proche de Marion Maréchal-Le Pen - il a été son porte-parole pendant la campagne des dernières régionales - au moment de changer d'écurie.

"Notre job, c'est de faire vivre le débat", assure-t-il à RTL.fr. "On veut tout faire sauf de la cosmétique. Doit-on aller vers plus de décentralisation ? Doit-on modifier le projet du Front national ou changer le nom du parti ?", interroge-t-il. "On demande aux adhérents de dessiner les contours du parti qu'ils souhaitent pour l'avenir", ajoute Julien Odoul, ambassadeur en Bourgogne-Franche-Comté, où il est président du groupe FN au Conseil régional. Pour ce proche de Marine Le Pen, engagé au parti depuis trois ans, la réponse à apporter "à la politique de déracinement menée par Emmanuel Macron est l'implantation locale et la proximité."

"Les ambassadeurs doivent revenir avec dans leurs filets des idées, des propositions, ajoute Sébastien Chenu. La refondation, c'est faire l'état des lieux de nos forces et de nos faiblesses pour conquérir les 15% de Français qui nous ont manqués à la présidentielle."

Qui sont les 18 ambassadeurs ?

Mathilde Androuet, patronne du FN dans les Yvelines et ancienne assistante parlementaire au Parlement européen de Florian Philippot.

Franck Allisio, ex-UMP, aujourd'hui conseiller FN en PACA

Eleonore Bez, conseillère régionale PACA.


Manon Bouquin, responsable du VIe arrondissement de Paris, vice-présidente du Collectif Marianne (mouvement étudiant du FN) et candidate Bleu Marine aux élections législatives à Paris.


Guy Deballe, responsable du XIe arrondissement de Paris, secrétaire général du collectif Banlieues patriotes et ancien militant au Parti socialiste.

François de Voyer, président du collectif Audace (réseau d'actifs et d'entrepreneurs patriotes).


Edwige Diaz, conseillère régionale Nouvelle Aquitaine, patronne du FN en Gironde


Virginie Joron, présidente du groupe FN-RBM au Conseil régional Grand Est.


Aurélien Legrand, conseiller régional Île-de-France et ex-militant du NPA.

Julien Léonardelli, conseiller régional Occitanie et patron du FN en Haute-Garonne.


Antoine Mellies, conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes.


Aymeric Merlaud, conseiller régional des Pays-de-la-Loire.

Jean Messiha, président des Horaces (club de hauts fonctionnaires et de cadres du privé) et coordinateur du programme de Marine Le Pen à l’élection présidentielle.

Julien Odoul, président du groupe FN au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté.


Mathilde Paris, conseillère régionale Centre-Val de Loire et ancienne adhérente du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers.


Kevin Pfeffer, conseiller régional Grand Est et ancien partisan de Ségolène Royal.

Davy Rodriguez, directeur national adjoint du Front national de la Jeunesse, il avait participé à la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2012.

Christopher Szczurek, conseiller départemental du Pas-de-Calais et adjoint à la Culture à Hénin-Beaumont.

Par Ludovic Galtier le  25/11/2017

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