Edouard Philippe Lifou decembre-2017

Pour gagner du temps et avoir davantage de confort, le premier ministre a préféré embarquer dans un A340 de luxe plutôt que dans un avion apprêté par l'État. Un vol à hauteur de 350.000 euros qui exaspère une partie de la classe politique.

C'est un vol qui risque de lui coûter cherMême s'il dit «assumer complètement», Edouard Philippe va certainement voir son vol Tokyo-Paris lui coller à la peau pendant encore un bout de temps. Pour revenir de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, le premier ministre et sa délégation ont emprunté le 5 décembre dernier depuis Tokyo un avion A340 de luxe plutôt qu'un avion d'État. Une manière de gagner du temps - deux heures - et du confort, selon Matignon. Problème: la facture d'un tel voyage s'envole à 350.000 euros.

«Déconnexion du pouvoir avec les Français»

Même si tout est légal sur le papier, le coût du vol a suscité de vives réactions dans l'ensemble de la classe politique. Damien Abad, devenu l'un des vice-présidents des Républicains, y voit notamment une «déconnexion du pouvoir avec les Français». «Aujourd'hui, beaucoup de Français vont partir en vacances. Ils ont l'impression que finalement on ne vit pas dans le même monde. C'est aussi le symbole de l'arrogance du pouvoir vis-à-vis des Français parce qu'Édouard Philippe ne s'impose pas à lui-même ce qu'il impose aux autres», a-t-il raillé mercredi sur CNews.

«350.000 euros pour gagner deux heures sur un vol, c'est choquant!», a critiqué sur le même ton Adrien Quatennens sur Radio Classique. Le député insoumis regrette que, dans le même temps, «le gouvernement passe le rabot partout». «350.000€ d'avion pour gagner deux heures, cela fait cher la minute!, a également ironisé le député frontiste Louis Aliot sur RFI, cela pose problème à l'heure où l'on demande des sacrifices aux Français...»

«Bravo le nouveau monde!»

Pour sa défense, Édouard Philippe a expliqué mercredi sur France Inter qu'il se devait de revenir plus tôt dans la métropole. Le but était d'éviter que le président et le premier ministre soient tous les deux en dehors du territoire en même temps, ce qui est contraire à la coutume. Ce jour-là, Emmanuel Macron s'apprêtait en effet à décoller pour l'Algérie et un conseil de défense était prévu à l'Élysée tôt le même jour.

Une ligne de défense à laquelle se sont tenus les représentants de la majorité envoyés au front mercredi matin pour désamorcer la polémique. «Ce n'était pas un voyage touristique en Nouvelle-Calédonie. [Édouard Philippedevait rentrer au plus vite pour un conseil de défense, et donc il a fait en sorte d'arriver à l'heure», a par exemple souligné le président du groupeLREM à l'Assemblée, Richard Ferrand, sur France 2. «S'il avait pris [un] avion de ligne il n'aurait pas été de retour à temps pour permettre la présence au moins du premier ministre ou du chef de l'État sur le territoire», a également avancé le député LREM Sacha Houlié sur Europe 1.

«Quand on part à Nouméa, on a un calendrier, ça se prépare. On sait quand on doit revenir», a fustigé Stéphane Le Foll sur France Inter. «Si on part à Nouméa sans savoir qu'il pourrait y avoir vacuité dans l'exercice du pouvoir, c'est un petit sujet d'organisation, là. Alors pour les professionnels de l'organisation soi-disant du nouveau monde, eh bien bravo, quel exemple!», a-t-il poursuivi.

Sur RTL mercredi, Edouard Philippe a également rappelé que son déplacement avait coûté 30% moins cher que le dernier voyage similaire en Nouvelle-Calédonie. Comprendre: celui de Manuel Valls en avril 2016 lorsqu'il était lui-même à Matignon. L'ancien premier ministre aujourd'hui député dans les rangs de la majorité a aussitôt réagi sur Twitter. Il a rappelé que son voyage avait fait plusieurs étapes, ce qui explique le coût plus important.

Par Pierre Lepelletier le 20/12/2017

Le Figaro