Vardon Philippe FN

A quelques semaines du congrès du Front National, mais aussi des élections législatives en Italie, nous avons recueilli l’avis de Philippe Vardon, excellent connaisseur de la vie politique italienne, sur les perspectives qui s’ouvrent à la Lega, alliée du Front National.

La méthode Macron pourrait presque sembler satisfaisante dans la forme, n’était le désastre migratoire qui s’aggrave …

— Il faut dire qu’après le quinquennat Hollande, le simple fait de porter sa cravate droite peut sembler « satisfaisant dans la forme »… En réalité, on commente tellement la forme justement (que les « spin doctors » et communicants qui ont remplacé les idéologues dans les partis nous font passer pour de « l’incarnation de la fonction ») qu’on en oublierait presque ce que l’on demande avant tout à un chef politique : de porter une vision et tracer une voie. Or cette vision portée par Emmanuel Macron, et la voie qui se dessine et se décline à travers ses réformes, est aux antipodes de la nôtre, et – bien plus grave – aux antipodes des intérêts de notre pays. Nous défendons une France durable, quand lui semble penser que la France a déjà trop duré

Et dans l’optique qui est la sienne, dès lors pourquoi protéger l’identité (et la sécurité) de ce petit réduit hexagonal du village global face à l’immigration massive et incontrôlée ? Car vous avez raison de parler de « désastre migratoire », la crise des migrants et l’explosion du nombre de demandeurs d’asile venant s’ajouter à une immigration légale qui n’a jamais été aussi haute, dans un pays déjà saturé par une immigration devenue – à la fois à cause du nombre et des choix politiques, et notamment éducatifs, réalisés – trop souvent inassimilable, et à bien des égards incontrôlable. Chaque match de football des équipes du Maghreb en apporte la démonstration implacable dans les rues de nos villes

Dans un mois, les Italiens éliront leurs députés, quelle est la configuration dans ce pays que vous connaissez bien ?

J’ai la chance en effet d’entretenir depuis longtemps des liens avec différents responsables politiques italiens, et ainsi, pour l’anecdote,  j’avais tenu une conférence avec Matteo Salvini – depuis devenu le leader de nos alliés de la Lega (ex-Lega Nord) – à Nice il y a dix ans.

La Lega participe à un accord de coalition avec le parti de Berlusconi Forza Italia, les patriotes de Fratelli d’Italia et des démocrates-chrétiens. Au sein de cette coalition, elle est la deuxième force en terme d’intentions de vote, et a pu ainsi peser concrètement dans l’élaboration de la plate-forme gouvernementale qui serait appliquée en cas de victoire, imposant notamment l’expulsion des clandestins, l’élargissement des règles de la légitime défense, la primauté de la Constitution italienne sur les normes européennes, ou encore la gratuité des crèches. Or, il se trouve que la coalition approche désormais les 40 % dans les sondages, et devance fortement les inclassables du Mouvement 5 étoiles et le centre gauche. Ainsi, après l’Autriche, c’est désormais en Italie que des amis, et alliés, du Front pourraient se retrouver au pouvoir en mars prochain.

Matteo Salvini a réussi une belle synthèse identitaire, pro-entreprise et sociale. Ne devrait-on pas s’en inspirer ?

— Dans le domaine socio-économique, les dirigeants de la Lega ont théorisé celle-ci sous le terme d’alliance des producteurs. L’idée étant qu’en réalité les employés et les patrons d’entreprises à taille humaine, ou les indépendants, ont sensiblement les mêmes intérêts. Par ailleurs, luttant par le passé pour l’indépendance du Nord de l’Italie, la Lega fait désormais campagne derrière le slogan « Les Italiens d’abord ! » et s’est imposée comme le défenseur de tous les Italiens face à l’immigration massive et au développement du communautarisme islamique. Ces évolutions, auxquelles Matteo a donné une impulsion majeure, ont permis à la Lega de passer de 4 % à 14 % au niveau national, et de conquérir des régions, en participant à des coalitions ou en en prenant la tête.

Il est toujours périlleux de se risquer à des comparaisons hâtives et des importations malhabiles, les contextes nationaux bien sûr mais aussi, par exemple, les modes de scrutin conditionnent la façon dont les forces politiques se structurent. Pour autant, il y a bien sûr des choses à observer et adapter chez nos alliés de l’autre côté des Alpes. Je crois que l’on peut regarder avec attention l’exemple de ce mouvement qui a su évoluer et grandir, effectuant sa mue du séparatisme à une synthèse nationale-populaire et opérant ainsi à la fois une expansion géographique – la Lega a participé à la victoire de la coalition aux élections régionales en Sicile voici quelques semaines – et politique, tant à travers des ralliements qu’à travers des dynamiques de rassemblement.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant, publié le 06/02/2018

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