Marion 2018

Elle a déboulé en vedette américaine sur une musique triomphale, prenant la parole en anglais juste après le vice-président des Etats-Unis, extrêmement à l’aise, souriante et conquérante. Jeudi soir, la France ne parlait que d’elle.

Sur Facebook, sur YouTube ou en direct sur la chaîne France Info, les dégoûtés de la politique qui jurent qu’on ne les y prendra plus jamais, étaient pourtant au rendez-vousPiaffant et trépignant derrière leurs écrans en échangeant des messages sur les réseaux sociaux. « Elle arrive quand ? », « On va attendre encore longtemps ? », « C’est normal que je ne vois rien ? », ou quand est apparue sur scène une conservatrice américaine blonde, de la génération Trump : « Elle a pris un coup de vieux, Marion ! ».

C’est pourtant bien un sacré coup de jeune politique et international que l’ancien député FN, a insufflé à la planète entière.

Complètement libérée dans sa parole tant sur l’Union européenne, sur les sujets sociétaux que sur l’islam (voir l’article de notre correspondant à Washington, Christian Daisug en page 5), elle est apparue épanouie, sereine, comme dégagée et affranchie. On ne l’avait plus vue comme cela depuis longtemps et notamment dans les derniers temps de sa présence au Front National.

Comme nous l’écrivions au moment de son départ en mai dernier, malgré les énormes divergences avec Florian Philippot et alors qu’elle n’a pas toujours été bien traitée, Marion a toujours refusé, comme certains l’y poussaient, de s’opposer frontalement à sa tante Marine Le Pen avec laquelle elle a un lien affectif très fort. Elle est partie avec une très grande correction, sans rien renier de ce qu’elle avait défendu.

Aujourd’hui c’est peu dire que tout le monde souhaite son retour, d’autant plus que Philippot est devenu l’homme à abattre. « Marion est partie à cause de Philippot », a déclaré Gilbert Collard jeudi soir sur LCI, « et moi aussi, j’ai failli me casser une ou deux fois à cause de lui. Ah j’en pouvais plus, très franchement ! Moi j’ai vécu avec Marion pendant 5 ans à l’Assemblée. J’ai vu ce que Philippot lui a fait. » Quand on lui rétorque que c’est Marine elle-même qui soutenait Philippot envers et contre tous, il répond : « C’est une autre histoire, Mazarin aussi s’est parfois entouré de mauvais conseillers. »

« Si Marion Maréchal-Le Pen veut revenir, le mouvement est ouvert », a déclaré Louis Aliot chez Jean-Jacques Bourdin. Il s’est également dit « fier » qu’elle « représente les idées du FN à la tribune à Washington », ajoutant qu’il avait bien fallu continuer sans elle.

Peindre en noir c’est noir l’avenir du Front National pour rendre plus lumineux encore celui de Marion Maréchal-Le Pen, est devenu depuis quelques heures la principale distraction d’acteurs et de commentateurs d’une actualité politique plutôt morne. Marion qui fuit toutes les interviews, a répété qu’elle n’amorçait pas de retour en politique mais elle travaille cependant à un projet qui est éminemment politique. La création d’une « école supérieure de formation des chefs de demain », un projet d’« anti-Sciences-po » dont elle a détaillé les ambitions dans une tribune publiée cette semaine dans Valeurs actuelles : « Je suis convaincue que notre famille de pensée doit investir davantage le champ de la métapolitique. Depuis le début de la Ve République, l’ensemble des vecteurs de pensée est détenu par la gauche (…). »

« C’est elle qui renversera le jeu en 2022, le leadership à droite sera dans le camp qu’elle rejoindra. Vous verrez », déclare en privé Nicolas Dupont-Aignan qui ne croit pas à une retraite prolongée. Après dix mois d’éclipse totale et en dix minutes éblouissantes, le phénomène Marion, 28 ans, a rappelé à toute la droite, à toute notre famille d’idées et de convictions, à la France et même au monde entier, qui elle était.

Par Caroline Parmentier le 23/02/2018

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