Migrants Paris

Tribune de Camille Galic du 01/03/2018

Bien qu’annoncé comme le fait majeur de la décade écoulée, la longue visite d’Emmanuel Macron au 55e Salon international de l’agriculture le 24 février restera sans doute anecdotique au regard de deux autres événements : la présentation du projet de loi « asile et immigration » en Conseil des ministres le 21 février et celle du nouveau plan de prévention de la déradicalisation par le Premier ministre le 23. Ces deux textes – qui, soit dit en passant, prouvent la pesanteur de l’immigration sur les institutions et la vie politique française – ont alarmé tout ce que la France compte d’« organisations représentatives » et d’« autorités morales », les loges, le Secours populaire, la Cimade protestante, le Secours catholique, l’épiscopat, etc., hostiles à tout contrôle des flux migratoires. Le 21 février, justement, le Saint-Siège et Caritas n’avaient-ils pas organisé au siège des Nations unies à New York une « journée de réflexion sur le sort des enfants de migrants et de réfugiés » qu’il faut accueillir, « et ce, indépendamment de leur statut de réfugié légal ou illégal » ?

La déradicalisation impossible ?

Quant au plan contre la radicalisation, le quatrième en quatre ans, à peine Edouard Philippe en avait-il donné les grandes lignes (identification et tentative de rééducation des jeunes, quartiers réservés dans les prisons, surveillance d’Internet et des mosquées, radiation des policiers, militaires et fonctionnaires radicalisés, etc. Rien de nouveau sous le soleil) que le lobby anti-islamophobie s’insurgeait contre cette « stigmatisation » des musulmans et, au-delà, des immigrés puisque les trois quarts d’iceux sont plus familiers du Coran que des Evangiles, de la Bhagavad-Gita ou des Eddas scandinaves. Reste que, le Premier ministre ne s’en est pas caché, il compte essentiellement sur l’Education nationale pour détecter les apprentis djihadistes et les ramener à la raison républicaine. Mais est-ce vraiment le rôle des professeurs de s’en tenir – d’ailleurs à leurs risques et périls – à un rôle de propagandistes des « valeurs républicaines » au détriment de leur mission essentielle qui est d’enseigner ?

Il est vrai que Manuel Valls qui, lui, s’en était remis à des associations ad hoc pour régler le problème, n’avait guère eu de chance dans ses choix, qu’il s’agisse du très subventionné Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam fondé par l’anthropologue Dounia Bouzar, laquelle s’empressa de s’acoquiner avec Farid Benyettou (gourou de la bande islamiste des Buttes-Chaumont dont étaient issus les frères Kouachi, les tueurs de Charlie Hebdo), ou de la Maison de la prévention et de la famille dirigée par Sonia Imloul. Autre championne autoproclamée de la lutte antidjihadiste, Imloul fut plus tard condamnée à quatre mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics (soupçon pesant également sur Dounia Bouzar) à concurrence de 60 000 euros, blanchiment et travail dissimulé.

Autre cuisant échec du terrible M. Valls : l’expérience entreprise au château de Pontourny (Indre-et-Loire) à l’intention de radicalisés qu’on espérait nombreux à vouloir se désintoxiquer. Inauguré en septembre 2016, ce centre rénové et aménagé à très grands frais fut fermé en juillet 2017. Faute de volontaires.

Conseil d’Etat : le ver dans le fruit

On souhaite donc bien du plaisir au nouveau Sisyphe de Matignon, qui aura déjà fort à faire pour obtenir l’adoption du projet « asile et immigration » défendu par Gérard Collomb qui l’estime « efficace et humaniste » car il prévoit l’extension du regroupement familial aux frères et sœurs des soi-disant réfugiés « mineurs » (notion très extensive, on le sait), mais néanmoins condamné par les belles âmes alors qu’il n’est pour le Front National qu’« une petite loi de police administrative sans autorité, sans fermeté, sans vision, sans moyens », et donc qu’une « imposture ». Mais cette tentative de « vider l’océan avec une cuillère à café trouée » est encore scandaleuse aux yeux de l’intelligentsia, de l’opposition de gauche et même de certains députés de La République en marche. Toujours égal à lui-même, le Défenseur des droits Jacques Toubon estime « le demandeur d’asile mal traité » et Le Point signale que « le premier opposant au projet de loi asile-immigration du gouvernement ne siège pas dans l’opposition, mais au Conseil d’Etat » : « C’est ce qu’ont découvert les commissaires du gouvernement le 15 février, lorsque l’un des deux rapporteurs appelés à se prononcer en assemblée générale sur la légalité du texte, l’a violemment fustigé », déplorant qu’il ne soit pas possible au Conseil d’Etat de « refuser d’examiner le texte », ce qui aurait, selon lui, « constitué un geste politique fort ».

Il paraît selon notre confrère que les rédacteurs du texte furent estomaqués par cette « charge aussi frontale de la part d’un haut fonctionnaire tenu au devoir de réserve ». Ils auraient pourtant dû s’y attendre, le rapporteur-procureur n’étant autre que notre vieille connaissance Thierry Tuot (voir mes chroniques des 22 mars et 17 décembre 2013 et du 30 septembre 2016), l’un des plus véhéments avocats de l’immigration-invasion comme le prouve le très long rapport intitulé La Grande Nation : pour une société inclusive qu’il avait rédigé pour Jean-Marc Ayrault en 2012 et que le Premier ministre fit poster sur le site Internet de Matignon le 11 février 2013 avant de le faire provisoirement supprimer devant les réactionsuscitées par le texte. Sous couvert de « rendre à la politique d’intégration un fondement, une cohérence, une unité et un élan, essentiels à l’apaisement des tensions », l’énarque et conseiller d’Etat  Thierry Tuot, auquel son zèle immigrationniste avait valu d’être limogé en 1999 par son ministre de tutelle  Martine Aubry (c’est dire !), préconisait en effet de créer pour tous les prétendus sans-papiers « un statut de tolérance permettant l’inscription dans un parcours d’intégration pouvant mener […] à une régularisation programmée au terme de cinq ans » et, parce que, selon l’adage bien connu, le clandestin d’aujourd’hui est notre concitoyen de demain, de naturaliser tous les immigrés ayant suivi une scolarité en France, ainsi que tous les parents d’étrangers nés en France pourvu qu’ils y soient installés depuis plus de vingt ans.

« Laissons l’islam se déployer ! »

Pis, évacuant la « question musulmane », selon lui « pure invention de ceux qui la posent », Tuot vaticinait : « Laissons à l’islam toute sa place de grande religion, laissons son culte se déployer, respectons la pleine liberté de ses croyants » car, « non, l’islam, religion paisible et respectable, ne génère pas le terrorisme ».

Ainsi ce forcené traçait-il la voie royale vers la paix civile qui, moins de deux ans plus tard, se révèlerait être la paix des cimetières. Mais si son rapport, que Marine Le Pen qualifiait fort justement de « déclaration de guerre au peuple français », a été mis sous le boisseau, lui-même est toujours en place, toujours nuisible, plus que jamais persévérant dans l’erreur diabolique. A supposer qu’Edouard Philippe puisse mener à bien son projet de débarrasser enseignement, police et armée de leurs éléments radicalisés, cette épuration ne servira de rien tant que les islamolâtres style Tuot, si nombreux dans la haute fonction publique, seront, eux, maintenus en poste. Car c’est par la tête que pourrit le poisson.

Présent