Pinson

Leur chant annonce les beaux jours, mais les leurs sont comptés.

Une étude publiée ce mardi 20 mars, date officielle du printemps, par le Muséum d'histoire naturelle et le CNRS met en garde contre la disparition inquiétante des oiseaux dans les campagnes françaises. Les institutions ont publié les résultats de deux réseaux de surveillance indépendants et n'utilisant pas les mêmes méthodologies. Le premier, baptisé STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) et piloté par le Muséum d'histoire naturelle, regroupe les observations d'ornithologues professionnels et amateurs sur l'ensemble de l'Hexagone. Le deuxième réseau est géré par le CNRS sur un territoire de 10 hectares recouverts de 160 points de mesure.

Ces deux réseaux d'étude arrivent à la même conclusion : ils « notent une chute marquée des espèces spécialistes de plaines agricoles, comme l'alouette », constate un chercheur au Centre d'études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres), dans Le Monde. « Ce qui est véritablement alarmant, c'est que tous les oiseaux du milieu agricole régressent à la même vitesse, même les plus généralistes ou les oiseaux des milieux boisés, qui ne diminuent pas ou peu dans leur milieu de prédilection », explique Vincent Bretagnolle au Journal du CNRS. « Les perdrix se sont presque éteintes en zone d'étude », précise-t-il. Le merle, le pigeon ramier, le pinson et la tourterelle sont aussi en danger.

La disparition des invertébrés

Pour les scientifiques, ce déclin est à imputer à l'intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, avec la fin des jachères imposées par l'Union européenne et l'arrivée des néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d'abeilles très persistants. Comme l'indique Le Monde, 85 % de la population du carabe, un coléoptère faisant partie du régime alimentaire de certains oiseaux, a disparu depuis la fin des années 1990. « La disparition des invertébrés provoque naturellement un problème alimentaire profond pour de nombreuses espèces d'oiseaux et ce problème demeure invisible », explique au quotidien du soir Christian Pacteau, référent pour la biodiversité à la Ligue de protection des oiseaux. « Il n'y a plus d'insectes, c'est ça le problème numéro un », confirme Vincent Bretagnolle au Journal du CNRS.

Pour les chercheurs de ces différentes institutions, la disparition de ces oiseaux est le symptôme d'un déclin plus important. « Que les oiseaux se portent mal indique que c'est l'ensemble de la chaîne trophique qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c'est-à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles », confie Frédéric Jiguet, professeur de biologie de la conservation au Muséum d'histoire naturelle. Pour endiguer ce phénomène, inutile de songer à des aménagements à la marge, prévient Vincent Bretagnolle. Les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni ont essayé, en vain. C'est tout le modèle agricole qu'il faut revoir de fond en comble.

Le 20/03/2018

Le Point