Enseigne Police 2

Un commissariat au bord de la crise de nerfs. Dans le Jura, les 20 000 habitants de la circonscription de sécurité publique de Lons-le-Saunier, la préfecture, doivent désormais se passer de brigade anticriminalité à partir de 2 heures du matin, en semaine, ainsi que le week-end. La faute à des effectifs policiers très nettement insuffisants.

C’est notamment la députée locale qui l’affirme et l’écrit. Le 18 avril, selon un courrier que nous avons pu nous procurer, Danielle Brulebois alertait le ministre de l’Intérieur de cet état de fait. L’élue ne peut être soupçonnée d’en faire un combat politique. Un temps vice-présidente de l’Assemblée nationale, elle fait partie du groupe La République en marche. « Les moyens humains opérationnels du commissariat apparaissent sous-dimensionnés, prévient-elle. Des éléments concrets font état de dysfonctionnements pouvant porter atteinte à la sécurité des policiers en intervention, mais aussi à celle de nos concitoyens du fait du manque d’effectifs sur le terrain. »

Les candidats ne manquent pas

« Tout le monde le sait et personne ne fait rien, dénonce en écho Nicolas Combet, délégué départemental du syndicat Alliance police nationale, lui-même brigadier à la BAC de Lons-le-Saunier. Le préfet a écrit, le directeur départemental de la sécurité publique a écrit, la Direction centrale de la sécurité publique nous dit qu’elle nous comprend, mais rien ne se passe… »

La faute, en partie, à des recrutements policiers insuffisants ces derniers temps au niveau national. En conséquence, rien ne dit que la prochaine commission administrative paritaire (CAPN), qui avalise l’ensemble des mouvements de mutation, ne sera clémente avec le Jura. C’est même l’inverse. Cette CAPN se tiendra tout début juillet mais des arbitrages ont déjà été rendus.

Selon nos informations, alors que Gérard Collomb promettait dans sa réponse à Danielle Brulebois un examen attentif de sa demande, aucun poste n’est prévu à Lons-le-Saunier, quand la députée en réclamait dix, et ce alors même que les candidatures ne manquent pas. « Ça va être difficile de tenir, anticipe Nicolas Combet. Car plusieurs départs du commissariat sont par ailleurs prévus dans le courant de l’année 2018, et cela signifie qu’ils ne seront pas remplacés avant au mieux l’année prochaine. »

Des retraités réservistes assurent les permanences

En attendant, les policiers locaux gèrent la pénurie. « Entre les gardes, les audiences au tribunal, les déplacements à l’hôpital ou à Paris en cas d’expulsion de sans-papiers, ça laisse peu de monde sur le terrain », déplore le délégué syndical. A tel point que le dimanche, les permanences police secours ne sont assurées que par deux réservistes, des retraités d’une soixantaine d’années.

Au-delà d’un manque d’intérêt pour la situation des départements ruraux, Danielle Brulebois rappelle également que « l’actualité récente (NDLR : les attentats dans l’Audea démontré que les villes moyennes n’étaient plus épargnées par les actes terroristes ». « Vous imaginez un attentat le dimanche, avec ces deux papys qui arrivent ? glisse un autre policier local. Le seul conseil que l’on peut donner à nos concitoyens, c’est de courir vite, ou d’attendre le RAID » Contacté, le service communication de la police nationale n’a pas donné suite.

Par Nicolas Jacquard le 10/05/2018

Le Parisien