Mossoul Irak

Enfermée depuis l'été 2017, Mélina Boughedir a été condamnée ce dimanche à Bagdad à la prison à perpétuité - soit vingt ans d'emprisonnement en Irak - pour appartenance à l'Etat islamique. Cette Française de 27 ans, qui avait quitté la région parisienne en 2015 avec son mari et ses quatre enfants pour rejoindre la Turquie, la Syrie puis l'Irak, risquait la peine capitale en vertu de la loi antiterroriste.

Selon nos informations, pendant le procès, la Française - accompagnée de son plus jeune enfant - a assuré qu'elle était «contre» l'idéologie de l'Etat islamique. «Je suis innocente», a-t-elle lancé au juge en français. «Mon mari m'a dupée et ensuite il a menacé de partir avec les enfants». Des affirmations qui n'ont pas convaincu le président de la Cour, qui expliquait en mai à l'envoyé spécial du Figaro à Bagdad Thierry Oberlé que «venir sciemment dans un territoire sous le contrôle de Daech est une preuve de culpabilité».

Avant le verdict de ce dimanche, Mélina Boughedir avait écopé en février de sept mois de prison pour séjour illégal en Irak, mais les faits avaient ensuite été requalifiés. Le 30 avril, peu avant une audience devant la Cour d'appel, elle s'était confiée au Figaro au cours d'un bref entretien. «Je ne comprends pas ce qui arrive. C'est psychologiquement difficile à vivre», avait-elle alors glissé.

«La justice irakienne est légitime»

Les avocats français de l'accusée, Me Martin Pradel, Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, ont déclaré qu'ils étaient «soulagés» que leur cliente n'ait pas été condamnée à mort. «Angoissée et effondrée», Mélina Boughedir va néanmoins interjeter appel, a indiqué Me William Bourdon. «Nous notons que la procédure judiciaire n'est pas achevée et suivra son cours (...) La France continuera de respecter la souveraineté des juridictions irakiennes et le déroulement indépendant des procédures judiciaires», a déclaré le ministère des Affaires étrangères interrogé par l'AFP.

«La justice irakienne est légitime à juger, elle a pris sa décision», a plus tôt estimé Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement. «Je fais confiance à la justice irakienne», a ajouté l'invité du Grand Rendez-vous sur Europe 1 et CNews. A propos d'un éventuel retour en France de Mélina Boughedir pour purger sa peine, Christophe Castaner a considéré qu'«il existe des procédures», mais qu'«elles seront longues». Interrogée sur le même sujet, Marine Le Pen, invitée du Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro, a lancé un clair «c'est non».

Une «ingérence inacceptable»

Jeudi, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian a estimé que Mélina Boughedir était «une terroriste de Daech». «Quand on va à Mossoul en 2016, c'est pour combattre et donc elle est jugée sur les lieux de ses exactions. C'est la logique normale», a insisté le ministre, rappelant toutefois que la France condamnait «totalement» la peine de mort.

Ces déclarations ont ulcéré les trois avocats français de l'accusée, qui ont prévenu Jean-Yves Le Drian dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux que «si une peine lourde était prononcée [ce dimanche], celle-ci serait immédiatement mise en relation avec l'ingérence inacceptable dont vous vous êtes rendu responsable». Après le verdict, Me Martin Pradel a estimé que «la position de la France» avait «pesé très lourd» dans la décision.

Les avocats ont insisté sur leur «indignation» après les propos du ministre «en violation de la plus essentielle présomption d'innoncence» et ont dénoncé «une pression inacceptable sur la justice irakienne, [...] illustration de la volonté [de Jean-Yves Le Drian, NDLR] à tout prix, et au sacrifice des principes fondamentaux, que notre cliente ne revienne pas en France.

Par Aude Bariéty le 03/06/2018 avec AFP

Le Figaro