France Inter studio

L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du RN ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici

Causeur

Par Martin Pimentel le 04/06/2018

Du lundi au vendredi de 9h à 10h, Pascal Praud anime – attention jeu de mots – « L’heure des pros » sur CNews. De Vincent Lagaf’ à Elizabeth Martichoux, toute la profession salue l’excellence de ce titre. Ce n’est toutefois pas assez pour dérider France Inter. En lançant, jeudi dernier, sa chronique « médias », Léa Salamé a précisé que l’émission « marchait bien ». Et visiblement, c’est un problème.

Le contenu de « L’heure des pros » fait débat. S’il prend la forme d’un joyeux pugilat façon village d’Astérix, ce « talk » accepte les opinions les plus diverses. Pour tout vous dire, Pascal Praud a même l’outrecuidance d’inviter régulièrement Elisabeth Levyet de la laisser parler avec toute la sérénité qui la caractérise. Vous voyez un peu le genre…

Sonia Devillers, qui lui reproche ces vilaines choses, est la décrypteuse de médias de la station. Comme Jean-Marc Morandini, mais en plus féminin, plus chic, et sur le service public. Consciente qu’elle fait sonner son réveil chaque matin pour remplir le noble devoir d’informer le citoyenelle dénonce sans ambages les dérives de « L’heure des pros » : « Pascal Praud et CNews permettent tout désormais ! C’est inquiétant. » Bigre, ça a l’air grave. Tendons l’oreille, ma bonne dame…

« Un verrou vient de sauter »

Ce qu’elle reproche à son confrère ? Avoir mis en place un « grand déversoir » de fake news et de théories du complot. Original. En cause, une séquence sur Mamoudou Gassama où le journaliste droitier, André Bercoff, a déversé façon camion poubelle les théories trainant sur le Net au sujet du jeune Malien sauveur d’enfant. Si la rumeur relayée chez Praud par Bercoff est complotiste, elle était à la mesure de l’intense campagne pro-migrants coproduite par l’Elysée et les médias la semaine dernière.

Ce manque de « contrôle de l’antenne », comme on dit au CSA, c’est l’occasion trop bonne pour Sonia Devillers d’incriminer l’émission dans son intégralité. Et la rédaction entière de la chaîne CNewspar la même occasion. Salauds de jaunes ! Depuis la prise de pouvoir de l’honni Bolloré à Canal Plus et la grève à l’ex-Itélé, certains ont des petites envies de revanche et aiguisent les couteaux depuis des mois. Pff, une télé rachetée par un affreux milliardaire ultra-catho… Mais avec Bercoff, « un verrou vient de sauter », s’est indignée Sonia Devillers« CNews propose donc une version low cost de la Fox News américaine, cette chaîne très conservatrice qui fut le tremplin des Sarah Palin et autre Tea Party. » Et puis d’ailleurs, André Bercoff est le journaliste « qui se vante d’être le seul Français à avoir passé une heure et demie avec Trump avant l’élection ». Alors, « on sait à quoi s’attendre ».

En République, il n’y a pas de sujets interdits. Mais il existe une liste noireAvec des invités qui discutent, au hasard, de l’opportunité de l’immigration en France ou qui qualifient d’ « islamiste » le terrorisme, Praud et son turbulent village gaulois ont franchi la ligne jaune tracée par certains pisse-froid. Panique à bord dans les magistères médiatiques! Partout, l’idéologie France Inter prend l’eau façon Titanic. Quand l’exaltée Nicole Ferroni reproche à sa station de ne parler que des attentats un lendemain d’attentats, elle se fait remonter les bretelles en direct. Comme disent les jeunes, gênanceabsolue

 

On peut reconnaitre que l’émission de Praud ne vole pas toujours très haut. Mais elle a le mérite du débat contradictoire spontané, ce qui n’est pas si fréquent. Les centurions de notre Rome médiatique pourraient balayer devant leurs portes et « s’inquiéter » du pluralisme relatif sur leur antenne. Heureusement pour Sonia Devillers, l’émission de Pascal Praud étant programmée en même temps que la sienne, elle ne doit pas se l’infliger si souvent.

Trop occupée à disqualifier ses invités sur la base de leurs opinions, Sonia Devillers n’a pas pensé à dénoncer le manque criant de parité du casting de « L’heure des pros ». C’est d’ordinaire une autre des marottes de France Inter. Mais tout réfléchi, c’était prendre le risque d’avoir deux Elisabeth Levy pour le prix d’une.

Priorité a donc été donnée au cordon sanitaire !