Macron banquier

Plus d'un an après la fin de la campagne présidentielle, les comptes de campagne d'Emmanuel Macron font polémique. Le candidat victorieux de la dernière élection a-t-il bénéficié d'avantages financiers, notamment pour la location de salles où il a tenu meeting, par rapport à d'autres candidats? Comme Mediapart et Le Monde en avril et en mai, Franceinfo fait aussi état jeudi de "prix cassés" et de "ristournes cachées". L'Elysée s'en défend et la commission de contrôle a réaffirmé jeudi midi qu'il n'y avait pas eu d'irrégularités.

Des tarifs avantageux auprès de plusieurs sociétés

Selon Franceinfo, l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron a "obtenu un tarif au minimum 75% moins cher" que les prix habituellement réclamés pour un meeting le 6 février 2017 dans la salle Bobino puis un autre le 8 mars au Théâtre Antoine. Ces deux salles appartiennent à Jean-Marc Dumontet, présenté par la radio comme "un personnage incontournable du théâtre français" et un "proche du couple Macron".

Toujours selon Franceinfo, l'équipe d'En Marche a loué une autre salle parisienne, la Bellevilloise, pour une réunion publique à laquelle Emmanuel Macron n'a pas participé, pour 1.200 euros, alors que le candidat socialiste Benoît Hamon a dû débourser 4.838 euros "pour une soirée assez similaire", explique la radio. Selon Mediapart et Le Monde, l'équipe du candidat avait également bénéficié d'importantes remises de la part de la société  GL Events, le leader français de l'événementiel, la société  Jaulin, un de ses concurrents, ou encore l'entreprise de captation vidéo MVision.

Des avantages contraires au Code électoral?

Comme le note Franceinfo, le Code électoral indique qu'une remise peut être considérée comme une aide illégale si elle n'entre pas dans une "pratique commerciale habituelle". La différence de traitement entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon pour la location de la salle parisienne La Bellevilloise pourrait être, à ce titre, problématique. "Emmanuel Macron semble être le seul candidat à avoir bénéficié de tels avantages", écrit Franceinfo sur son site.

"Quand on a plusieurs candidats qui demandent la même prestation, je pense qu'on doit les traiter de la même façon", a réagi Régis Juanico, trésorier de la campagne de Benoît Hamon, jeudi sur BFMTV. Pour le député LR Julien Aubert, "chaque ami (de  Macron) a voulu dire : 'Je vais te financer, te donner à bas prix telle ou telle salle' et à la fin on se retrouve avec un problème sur les bras, qui est une campagne financée par les entreprises". De son côté, le député du Rassemblement national (RN, ex-FN)  Louis Aliot a dénoncé "une affaire Macron puisque les autres candidats n'ont pas bénéficié des mêmes avantages sur les mêmes salles. Et de ce point de vue-là, il y a une rupture de l'égalité entre les candidats".

L'Elysée rappelle que les comptes ont été "validés"

"Les comptes de campagne du candidat Emmanuel Macron ont été validés par les autorités compétentes en la matière", a réagi l'Elysée auprès de l'AFP.

Pour Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, les comptes de campagne d'Emmanuel Macron "ont été ceux, parmi les grands candidats, les moins réformés, puisqu'il y a 120.000 euros de réformation [correction dans les comptes, NDLR]". Il a rappelé, sur France Inter, jeudi, que Jean-Luc Mélenchon avait "eu 450.000 euros de réformation" et Marine Le Pen "870.000 euros".

Pas d'"irrégularités" selon la commission de contrôle

"Les rapporteurs n'ont pas retenu d'irrégularités et la commission a suivi leur appréciation" sur ce point, a affirmé jeudi son président, François Logerot. "Personne n'est infaillible, mais nos rapporteurs ont fait un travail sérieux", a-t-il fait valoir. Celui-ci a longuement défendu le travail de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) en présentant son rapport annuel d'activité

Interrogé sur les "remises" dont Emmanuel Macron aurait bénéficié, il a souligné l'absence de "prix du marché" dans le secteur de l'événementiel. Les éléments de comparaison des tarifs appliqués pour des locations de salles et autres prestations publiés par plusieurs médias "ne sont pas suffisamment probants", a-t-il estimé. "Très souvent, les comparaisons portent sur des prestations de natures différentes, à des dates différentes. Il n'y a pas de comparaison possible."

François Logerot a indiqué qu'il avait "personnellement réexaminé" 19 cas de dépenses "apparement sous évaluées" relevés par les rapporteurs dans les comptes d'Emmanuel Macron. Après élimination de 8 d'entre elles, "il reste 10 cas de remises commerciales, dont 6 seulement dépassaient les 20% acceptables", a-t-il précisé. L'ensemble représente un total d'environ 150.000 euros, soit 0,9% du compte du candidat Macron et 1,3% pour les seules réunions publiques. "Certains médias ont fait état d'autres cas de remises", "sans nous convaincre", a-t-il poursuivi. "Nous n'avons pas retenu dans nos décisions des faits qui seraient relatifs à un éventuel abus de remises commerciales."

Par Thomas Liabot le 07/06/2018

JDD

Note BYR : Ouahhh, je serais à la place du camarade Hamon je serais furax contre Manu