Drapeau corse

Les termes du communiqué sont sans appel : « Monsieur le Premier ministre (…) vous n’êtes pas sans connaître l’appréciation extrêmement négative de notre majorité s’agissant du résultat des réunions organisées depuis le début de l’année entre votre gouvernement et les élus corses. Notre profonde conviction est que nos différentes demandes ont été traitées par le mépris et que Paris a fait ce qu’il avait décidé de faire avant même l’ouverture des débats (…) ». Ces mots, signés du président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, ne sont pas totalement une surprise, tant les tensions entre le gouvernement et l’exécutif corse semblent exacerbées.

C’est également la raison pour laquelle la réunion à huis-clos de cet après-midi entre le Premier ministre Edouard Philippe et Gilles Simeoni, président du comité exécutif corse, est très importante. D’une part, cela prouve que le dialogue existe encore, même s’il est très faible, entre l’île et le continent. Et pourtant, rien ne semble forcément gagné d’avance pour Matignon. Le communiqué de Gilles Simeoni, publié samedi, donne le ton : « l'État, en choisissant de nier la dimension politique de la question corse et de mépriser l'expression du suffrage universel, commet une faute politique grave, et (...) cette attitude, si elle perdure, va nous conduire les uns et les autres à l'échec ».

Des revendications au cœur des tensions

Car le dossier Corse, que le chef de l’Etat pensait rapidement résoudre, est une véritable épine dans le pied pour la Macronie, depuis de nombreux mois. Tout commence aux élections territoriales de l’exécutif corse au mois de décembre dernier, où un nationaliste et un indépendantiste remportent largement la victoire. Ainsi, le duo législatif Simeoni-Talamoni a clairement exprimé ses revendications. Parmi les plus fortes : la co-officialité de la langue corse avec la langue française, le statut de résident corse, afin d’éviter une trop forte spéculation immobilière sur l’île (il faudrait avoir résidé cinq années consécutives avant de pouvoir acheter un bien sur l’île) et l’amnistie des prisonniers dits politiques. Mais après plusieurs mois de négociations (dont une visite pourtant prometteuse de la secrétaire d’Etat Jacqueline Gourault, officieusement “Madame Corse” du gouvernement), de visites et de déclarations sous tensions, Emmanuel Macron lui-même a stoppé net les espoirs des nationalistes lors de sa venue le 7 février dernier. Pas de co-officialité de la langue corse, pas de fiscalité spécifique… le chef de l’Etat n’a pas cédé.

Dernier épisode de la relation tourmentée Corse-continent : l’accueil des migrants. Alors qu’Emmanuel Macron se murait dans le silence à défaut d’exprimer une opinion claire sur le sort qui devait être réservé à l’Aquarius, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni avaient proposé que le bateau accoste dans un port de l’île pour mettre en sécurité les migrants.

Le chef de l’Etat est désormais face à une crise d’autorité sans précédent : il ne peut pas nier le résultat d’un scrutin démocratique, ou autonomistes et indépendantistes sont arrivés très largement en tête. Les différentes négociations, des plus médiatisées aux plus discrètes, ont toutes échoué. Comme sur de nombreux sujets, Emmanuel Macron apparaît dans le dossier corse comme autoritaire, voulant imposer sa vision. Quitte à nier le scrutin démocratique de décembre dernier.

Reste à savoir comment va réagir le peuple corse.

Le 02/07/2018

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