Police brassard arme

Mounia Haddad, 29 ans, conseillère départementale de La République en Marche en Indre-et-Loire a été séquestrée par sa famille qui, selon son avocat, refusait son mariage et souhaitait lui imposer un époux en Algérie.

Ils sont tous deux musulmans, d'origine algérienne et quasiment du même âge. Pourtant, la famille de Mounia Haddad, 29 ans, n'a pas l'intention de lui laisser épouser l'homme qu'elle aime: elle veut même lui en imposer un autre. Cette jeune conseillère départementale (LaREM) de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), cadre administratif au CHU de Tours, a été retrouvée, jeudi dernier, dans une chambre du domicile parental. Jeudi 2 août, son père, deux oncles ainsi que son frère comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Tours, révèle la Nouvelle République. Ils sont poursuivis des chefs d'«enlèvement et séquestration de moins de sept jours» pour les trois premiers, et de «menace de mort écrite» pour le dernier.

Aujourd'hui, indique son avocat, Me Abed Benjador fils au Figaro, la jeune femme se cache dans un autre département, «apeurée et extrêmement triste» de cette situation qui «doit rester, pour elle, un simple problème d'ordre familial». Même si elle est consciente que sa qualité d'élue pourrait lui apporter «une autre dimension». «Tout une série de personnalités, collègues ainsi que le président du Conseil départemental, Jean-Gérard Paumier, dont elle était le «binôme», ont d'ailleurs envoyé des témoignages de sympathie», relève l'avocat.

«Tais-toi salope!»

Quand, au printemps, son compagnon a demandé la main de Mounia, les parents n'ont pas accepté. Aussitôt s'est organisée la riposte: la jeune femme est emmenée de force en Algérie, où on lui présente un parti jugé plus convenable. Elle fait mine d'accepter et revient début mai, «régler les préparatifs» en France. En présence de son père, elle retire la somme de 41.000 €, sous la contrainte, raconte Me Benjador.

Mais le 18 juillet, précise France Bleu, la jeune femme affirme avoir été enlevée par son père et ses deux oncles, alors qu'elle se trouvait avec celui qu'elle aime dans les Alpes Maritimes. Des traces de contraintes ont été relevées sur les bras de la jeune femme, tandis qu'un témoin aurait entendu des cris et des insultes, notamment «tais-toi salope!». Elle est poussée dans une voiture. Son fiancé signale sa disparition à la police, qui géolocalise son portable au domicile parental de Saint-Pierre-des-Corps. Le lendemain matin, les policiers sont appelés pour une rixe en pleine rue, entre la famille du fiancé et des proches de Mounia Haddad. Quand ils pénètrent dans le domicile des parents de la jeune femme, poursuit France Bleu, celle-ci se précipite sur eux, leur disant qu'elle a été enlevée puis séquestrée. De leur côté, le père et les oncles de Mounia Haddad assurent qu'elle les a suivis de son plein gré.

Aujourd'hui, les deux amoureux se cachent, et «n'aspirent qu'à une chose, insiste Me Benjador, retrouver le cours normal de leur vie et se marier». Les quatre prévenus sont sous contrôle judiciaire, et ont interdiction d'entrer en contact avec Mounia Haddad. Qui hésite, «encore sous le choc», à aller affronter sa famille au procès la semaine prochaine.

Par Stéphane Kovacs le 25/07/2018

Le Figaro