Réflexion

Après la reconnaissance par Emmanuel Macron de ce que la mort du membre du parti communiste algérien Maurice Audin, 25 ans, capturé par les parachutistes français en pleine bataille d’Alger, et porté disparu, avait été le fait d’un « système institué alors en Algérie par la France », la mairie de La Courneuve (93) a décidé, vendredi 14, au premier jour de la Fête de l’Huma, de donner son nom à une place de la ville. La cérémonie s’est déroulée en présence de la veuve de Maurice Audin, du maire (PC) de La Courneuve, Patrick Hyaric, de Pierre Laurent, première secrétaire du Parti communiste, mais aussi du député (LREM) Cédric Villani (Maurice Audin était mathématicien), proche de la famille.

Si le combat d’une veuve pour obtenir que la lumière soit faite sur la disparition de son mari est tout à fait respectable, on peut s’interroger sur l’intérêt qu’il y a, pour les autorités publiques présentes ce jour-là, à mettre ainsi en avant la figure d’un homme qui, à un moment compliqué de l’histoire de France, avait pris parti pour ceux qui combattaient les soldats de son pays. Au cœur de la Seine Saint Denis, un département où les regards portés sur la France, son histoire, sa culture, oscillent le plus souvent, notamment auprès de la jeunesse, entre la méconnaissance, le mépris et la haine, on peine à imaginer signe plus manifeste du renoncement de certains responsables politiques à toute volonté d’intégration. Comment espérer en effet celle-ci encore possible quand tout ce qui est donné à voir de ce pays entraînera, chez les populations locales, un mouvement de rejet souvent mêlé de colère ? 

Il est vrai que les participants à la Fête de l’Humanité n’ont fait que copier, à près de quinze ans de distance, l’ancien maire de Paris. Bertrand Delanoë avait en effet, dès mai 2004, sans attendre les conclusions d’une enquête qui est toujours restée obscure, inauguré une place Maurice Audin « militant de la cause anticolonialiste », dans le 5e arrondissement. Une spécialité pour l’élu qui avait déjà baptisé une « place du 19 mars 1962 » ou une autre dédiée « à la mémoire des nombreux Algériens  tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». Quand l’inculture la plus pénible s’associe aux bons sentiments les plus niais, et le calcul politique le plus médiocre au goût enfantin de la provocation, il n’y a plus rien à faire

Par chance, si l’on peut dire, il est  à peu près certain que la population de La Courneuve (ou de la Seine-Saint-Denis en général) ne se soucie en aucune façon du sort, et encore moins de la mémoire, d’un militant communiste – c’est-à-dire d’un blancassassiné par d’autres blancs voilà soixante ans ; en réalité ce geste souligne avant tout l’état de décomposition mentale des derniers fossiles de l’extrême-gauche française, définitivement le parti de la haine de soi, c’est-à-dire de la haine du père.

Par Mickaël Fonton le 18/09/2018

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