mardi 24 novembre 2009
Bernard Antony répond en 10 points à Max Gallo
Article de Bernard Antony publié le 23 novembre 2009
Grand producteur de livres d’histoires, membre de l’Académie française, Max Gallo a livré dans le Figaro du 30 octobre les dix critères qui, selon lui, font l’identité française. 1) Le droit du sol. Gallo détourne ici peu convenablement Jacques Bainville écrivant : « Le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une nation. » Nous sommes bien d’accord avec ce grand historien de l’Action Française que Gallo a au moins le mérite de citer. Mais comment Gallo s’appuie-t-il sur cette phrase pour écrire « on est français non par le jus sanguini mais par le jus solii » ? Non, Mr Gallo, d’abord parce que l’énorme majorité des Français sont français par leur naissance de parents français, c’est-à-dire par la filiation, autrement dit le droit du sang.
Le droit du sol, c’est-à-dire le fait de résider en France doit-il suffire pour que soit conféré à quiconque la nationalité française ? Bien évidemment non ; qui ne sent qu’il y a là quelque chose d’outrancier ?
Droit du sol sans service rendu ? Sans amour du pays qui accueille ? Sans connaissance de sa langue ? Sans épouser son identité ? Sans serment de fidélité au drapeau et le cas échéant à son armée ? Le seul fait d’habiter ou de naître de parents étrangers dans une suite avenue Foch, ni le fait d’être un « sans-papiers » régularisé ne devraient conférer la nationalité française. Au droit de la filiation, on ne saurait ajouter pour devenir français que le droit ou plutôt le devoir du service rendu, et au plus haut, comme l’ont fait bien des soldats de notre armée issus d’autres peuples, le droit du sang versé !
Étranges français vraiment que ceux qui, parce qu’ils sont nés à
Tourcoing ou Vénissieux, reçoivent une carte d’identité française et
militent sans vergogne au Hezbollah irano-libanais ou adhèrent au parti
communiste vietnamien !
L'égalité
Selon Mr Gallo, c’est un des facteurs identitaires les plus forts ! Il affirme cela sur la base d’un proverbe médiéval qui convient à sa théorie : « Celui qui est plus haut que nous sur terre est l’ennemi ». Horrible proverbe, à l’envers de toute la belle civilisation du Moyen-âge, à l’opposé de la conception chrétienne de l’égalité devant Dieu.
Mr Gallo toujours jacobin robespierriste s’appuie encore sur le
sanguinaire « ça ira ! » des révolutionnaires où selon lui l’on
chantait : « Celui qui s’abaisse, on l’élèvera, celui qui s’élève, on l’abaissera »,
ce qui n’est qu’un plagiat de l’Evangile… Mais Gallo s’aperçoit-il que
jamais « l’élevé » et « l’abaissé » ne restent au même niveau ? Mais
surtout, le principe d’égalité, bien ou mal compris, n’est nullement
spécifique de l ‘identité française ! Sur ce point, 0 sur 20, à ce si
haut académicien…
L'Etat
Gallo écrit : « Dès lors qu’il y a cette revendication, cette diversité de « races » réunies par le sol et non par le sang, le français reconnaît à l’État central, monarchiste ou républicain, un rôle essentiel : il tient pour liées ensemble les parties que séparent leurs origines : le Comtois et le Poitevin, le Flamand et le Provençal. » Relevons ici l’heureux emploi du mot « race » au sens mistralien du mot (la race provençale : « Abouro te, raço latino ! »), hors de toute l’obsession d’interdiction par l’inversion raciste de l’antiracisme. Mais ces provinces chrétiennes que l’État français monarchiste a unifié, ce n’est pas à Max Gallo que nous apprendrons qu’elles fournissaient ensemble des chevaliers pour les Croisades. Unifier des Basques, des Corses et des Bretons, au demeurant tous chrétiens, c’est en effet le beau tour de force de nos rois, mais quel État aujourd’hui peut vraiment unifier des Français arméniens et des Turcs, des Français juifs et des musulmans, des Algériens et des Egyptiens, et cinquante autres ethnies de plus en plus communautaristement structurées ?
La Citoyenneté
Vraiment sur ce point Gallo, déjà bien terne, ne brille vraiment pas. Il écrit : « L’individu
est citoyen par un rapport personnel direct : on touche le roi, on élit
le président de la république au suffrage universel ». En fait de
citoyenneté, c’est tout de même bien court. Surtout, on ne voit pas
bien ce que cette citoyenneté a à voir avec l’identité française. Et si
c’est cela l’identité française, pauvre identité !
L'école
« On devient français par l’école », écrit l’académicien ; et il ajoute « être français, c’est avoir un lien tendu, intime, intense avec l’école ».
On est là dans l’incantation de la république des « instits ».
Malheureusement, les faits sont têtus : l’école hélas ne fait guère
devenir français. Son échec est total. Il faudrait pour le moins à
cette fin que la plupart des « enseignants » veuillent transmettre
l’amour de la France. Difficile lorsque l’on considère les idéologies
dominantes dans ce corps. Et lorsque tout est mis en œuvre avec les
vieilles pédagogies gauchisantes pour que les malheureux enfants ne
sachent plus lire et écrire le français, distinguer les fonctions des
mots et connaître leur sens.
La laïcité
Sur ce point encore, Max Gallo déçoit par la pauvreté de sa pensée. Certes son mérite est de ne pas faire commencer la France en 1789. C’est bien pour un admirateur de Robespierre. Mais ensuite, le voilà confondant sans vergogne la laïcité moderne, qui est un laïcisme agressif, avec la distinction des pouvoirs qui fut le propre de la Chrétienté. Il écrit : «Mais cette école, clé de voûte de la nation – toujours en formation, puisque fondée sur ce lien individuel, citoyen, à l’État, et à une mémoire – se doit d’être au-dessus des factions, des « croyances » : elle est laïque, et la laïcité est l’un des ressorts essentiels de la problématique de la nation. Le baptême de Clovis aux environs de l’an 500 n’est pas la soumission du chef franc à l’autorité de l’Église, cette conversion au Dieu unique, au catholicisme, manifeste aussi la séparation entre le Glaive et l’Église. Et même quand le roi est Très Chrétien, que la France est fille aînée de l’Église, cette séparation – racine de la laïcité – sera sauvegardée ». Gallo confond bien piètrement la notion de séparation avec celle de distinction. Cette distinction des pouvoirs est, avec l’annonce du Salut, un apport décisif du message évangélique : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Malheureusement l’histoire de l’école laïque en France, depuis Ferry, Combes, Viviani est celle qui rend tout au César radical ou socialiste et rien à Dieu que les « pères » fondateurs de la laïque entendaient vouer à la disparition.
En 1906 , sans craindre l’emphase, la grandiloquence et le ridicule, le frère Viviani (du Grand Orient), ministre du travail, concluait un de ses inénarrables discours par ce morceau d’anthologie laïcarde : « Tous ensemble, par nos pères, par nos aînés, par nous-mêmes, nous nous sommes attachés dans le passé à une œuvre d’anticléricalisme, à une œuvre d’irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous l’avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n’y avait que des chimères. Ensemble et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus ! »
Pauvre Viviani bien vite éteint, dont Dieu seul, l’arrachant à Satan , se souviendra peut-être dans sa grande mansuétude.
L'éclatement
Gallo écrit maintenant ceci : « La France est toujours menacée d’éclatement ou de fragmentation ». C’est vrai et encore plus vrai avec l’euro-régionalisme et avec la multi culturalité qui est d’ailleurs surtout une sous-culturalité. Il continue : « Le sang ne l’unit pas. Le sol peut être partagé. »
- Le premier terme est proprement stupéfiant, Mr Gallo n’aurait-il jamais médité devant un monument aux morts ? Car, Mr Gallo, c’est le sang versé dans toutes nos guerres qui a été jusqu’ici l’élément essentiel de coagulation de la substance française. Et quelle connaissance avez-vous donc du sang de vos compatriotes ? Je vais vous en révéler la vérité : le sang alsacien ou le sang bigourdan, qui sont les miens, sont les mêmes sangs ; et les mêmes sangs celui du Breton et de l’Auvergnat, du Provençal et du Corse. Ce sont les sangs de la même sève française et européenne et ils ont pu sans dommage, car nous ne sommes pas racistes, être versés pour la France avec des sangs pas bien différents d’autres origines.
- Le deuxième terme est partiellement vrai. Le sol peut en effet être partagé, il peut aussi être envahi, conquis, enlevé aux Français. Et l’on a même vu dans l’histoire comme en Turquie, et le sol et le sang enlevés aux chrétiens…
Max Gallo poursuit : « La France n’existe que par un choix politique. Le Français est un animal politique ». Si la France résulte certes de la patiente élaboration politique de ses quarante rois, elle n’existe pas que par cela ! Elle existe par une continuité d’âme, d’amour, de labeur, et de culture et parce que, depuis longtemps, des petits français naissent dans des familles françaises, alors que l’État na fait plus le choix politique de la France.
Quant à dire que « le français est un animal politique », selon l’expression d’Aristote définissant ainsi l’homme en général, cela fait bien peut-être, c’est une formule propre à épater quelques lecteurs superficiels. Nous ne suivrons pas Mr Gallo dans cette formule démagogiquement chauvine.
Les Grecs, les Italiens, les Suisses, les Anglais ne sont-ils pas
eux aussi, selon leur génie propre, des animaux politiques ? Et même
les Allemands, les Hollandais et autres slaves ? Que dans d’autres
peuples l’homme soit moins un animal politique c’est peut-être ce que
l’on peut émettre avec une grande prudence. Serait-il alors
aristotéliciennement moins homme ? On frémit à l’idée de ce à quoi
pourrait conduire une telle réflexion ! Imaginons que l’on profère (pas
nous bien sûr !) que le Monégasque ne serait pas autant un animal
politique que le Papou ou l’Esquimau. Nul doute que les ligues de vertu
anti-racistes déclancheraient leurs foudres. Attention Mr Gallo, en
République, il ne faut pas dire n’importe quoi, ça peut coûter cher.
Même votre collègue, Madame Carrère d’Encausse a bien failli passer
devant le Grand Inquisiteur pour avoir proféré librement en Russie des
propos indécents que la loi française réprime.
La langue française
Facteur d’unité et élément majeur de notre identité. Enfin un
point, Mr Gallo, sur lequel nous sommes d’accord. Du moins presque.
Vous écrivez en effet : « Est français celui qui parle le français et qui est né sur le sol de la nation ». Le
plus fréquemment c’est en effet le cas. Mais pourtant, ne vous en
déplaise, il ne devrait pas suffire d’être né sur le sol français et
parler français pour être français. Car on peut naître ainsi, de
parents patagons vous élevant dans le patriotisme patagon et vous
apprenant à brandir des drapeaux patagons les soirs de victoire
patagone au hockey sur glace. Ne pensez-vous pas que, comme aux
États-Unis, une déclaration de choix préférentiel pour la France serait
une bonne chose ? Français ou Patagon, il faudrait choisir, quelle que
soit la douleur de Jean Raspail qui tout de même, sans vouloir vous
vexer Mr Gallo, écrit, moins peut-être, mais beaucoup mieux que vous.
L'égalité des femmes
Oui, bien sûr, si vous y tenez, un des points, peut-être, de
l’identité française. Il faut demander à Mme Lauvergeon…Ce que vous
écrivez est exact quant au rôle séculaire des femmes dans la société,
la politique, les salons. Vous écrivez joliment et je partage : « Est français celui qui sait pratiquer l’amour courtois, reconnaître l’égalité ou la supériorité des femmes ».
Moi, je les trouve en général plutôt supérieures sauf, Dieu merci, au
marteau-piqueur, ou à la cuisine car les grands cuisiniers comme les
grands peintres ou les grands chefs d’orchestre sont majoritairement
des hommes. Mais Max Gallo, c’est, bien sûr, je l’espère, de l’égalité
fondamentale de la femme, de l’égalité en dignité, que vous parlez, et
qui ne relève pas de la stupidité égalitariste. Mais vous ne dites pas
que cela, c’est essentiellement le legs du christianisme que vous ne
citez même pas dans vos dix points sur l’identité de la France sauf
pour magnifier la laïcité. Et l’égalité de la femme, n’est-ce point ce
qui, entre autres, nous sépare de l’islam ?
L'universalisme
Selon vous « l’universalisme – les valeurs humanistes et universelles – est un trait qui définit le Français». Ce sont là des propos que l’on entend à la fin de presque tous les discours et banquets politiciens.Là vous êtes bien peu original et simultanément chauvin. Car les valeurs universelles, si elles sont vraiment universelles, sont tout de même à peu près universellement partagées ! Citez donc une de ces valeurs que les autres oseraient affirmer ne pas partager. La tolérance ? Tous les diplomates du monde, tous les politiciens de l’univers défendent la tolérance, la leur. Mais en fait uniquement pour ce qu’ils jugent tolérable… La vérité, la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la santé, le respect et la prospérité : partout on se targue de les promouvoir en tous temps et en tous lieux. Même Staline, même Mao, même Castro et même le roi d’Arabie ou monsieur Ahmadinedjad.
Le Français n’est donc pas tellement défini, ne vous en déplaise, par son universalisme. Et d’ailleurs ce n’est pas l’universel qui définit le particulier.
Ainsi votre identité, Mr Gallo, ne réside pas seulement dans le fait que vous êtes un homme, mais aussi dans tout ce qui vous distingue des autres hommes. De même, ce qui fait l’identité de la France, ce n’est pas seulement ce qui la rapproche mais aussi ce qui la distingue des autres pays : sa géographie, ses peuples constitutifs, son histoire, ses religions, ses beaux-arts, sa langue et ses œuvres littéraires, sa musique, son génie militaire, ses vins et ses fromages, ses formes d’éloquence et d’humour, et aussi tous ses défauts…
Là résident la chair et l’esprit de l’identité nationale. La France, ce n’est pas l’abstraction de l’universalisme, c’est le rayonnement universel des plus beaux joyaux de son génie créateur.
lundi 23 novembre 2009
Les deux patries
Europae Gentes
édition du 20 novembre 2009
En ces temps de débat sur l’identité nationale,
nous republions un article de fond sur la notion de patrie et
l’antinomie entre la conception républicaine et la conception
identitaire de notre pays.
« Et le spirituel est lui-même charnel et l’arbre de la grâce est raciné profond »
Charles Péguy
"La force de la Cité n’est pas dans ses remparts ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses hommes"
Thucydide
La distinction entre le concept de souveraineté
et d’identité doit nous amener à discerner les deux notions
antagonistes de la nation et en particulier de la nation française :
une conception charnelle et spirituelle d’une part et une conception
idéologique et contractuelle d’autre part. Si elles ont pu cohabiter
par le passé du fait que le sentiment identitaire était fort et
enraciné dans les mentalités et que la France respirait, malgré les
scories anticléricales, l’atmosphère chrétienne et celle du terroir, la
configuration d’aujourd’hui a changé. La rupture est consommée entre
ces deux conceptions.
Dans un ouvrage paru en 1998, l’historien Jean de Viguerie
s’interroge sur le sens du mot patrie. En substance, la thèse
principale de l’auteur est qu’il existe deux visions antinomiques de la
patrie, qui ont pu cohabiter voire se confondre dans l’histoire. Mais
cette confusion s’est faite au détriment de la conception
traditionnelle.
Celle-ci est la terre des pères, le pays de la naissance et de
l’éducation, pour reprendre la définition de Saint Thomas d’Aquin dans
la somme théologique.
La seconde est l’enfant des lumières et de la révolution française.
Elle repose sur une vision idéologique et contractuelle de la société,
héritée de Rousseau. Est national ou français celui qui adhère à
l’idéologie des droits de l’homme.
La première définition est fondée sur l’identité et l’enracinement
alors que la seconde est fondée non sur le réel mais sur l’idéologie.
L’intérêt de cette distinction n’est pas purement intellectuel.
Nous examinerons donc la notion de patrie pour insister d’avantage
ensuite sur celles de nation et d’état et des liens très particuliers
qui unissent ces deux notions.
La conception traditionnelle de la Patrie
La patrie est, étymologiquement, la terre des pères. « C’est donc avant
tout un sol, un territoire. Mais ce n’est pas seulement un morceau de
carte. C’est le territoire tel qu’il a été transformé par la lente
succession des générations humaines qui s’y sont succédées avec ses
paysages, ses campagnes, ses champs, ses vignes ou ses vergers, ses
villes et ses villages, ses usines, ses monuments, ses cimetières, ses
églises et ses cathédrales... » "Une patrie, ce sont des champs, des
murs, des tours et des maisons : ce sont des autels et des tombeaux
(...). Il n’y a rien au monde de plus concret" .
Dans l’un de ses ouvrages, Bernard-Henri Lévy s’inquiète de ce qu’il
appelle "l’idéologie française" à savoir la France "concrète, charnelle
à souhait, pétrie de sang et de morts, dont on peut fouler le sol,
humer les odeurs familières, contempler les cimetières et entendre les
angélus". Cette France-là lui paraît suspecte : elle évoque par trop la
"peste brune", il vaut mieux s’en méfier. Il lui préfère une "France de
nuées et de langues haut gravées. France de papier et de lettres si
fragiles, France sans odeur...", une "communauté de mots et de papier
".
De même pour Guy Scarpetta, dans son "Eloge du cosmopolitisme", il faut
dire : "adieu patrie, paternité, patois, vieux pathos, adieu terroir,
territoire et terrines"
Pour nous, la patrie est la terre charnelle.
Mais elle n’est pas que cela. « Elle est aussi l’ensemble de l’héritage
intellectuel, moral et spirituel que nous recevons de ceux qui nous ont
précédés : tout le patrimoine d’un peuple (sa langue, sa littérature,
ses mœurs, ses coutumes, ses traditions morales et religieuses, sa
législation, ses œuvres artistiques, techniques, scientifiques...) » .
Henri Spade confirme :
“ La patrie, ce n’est pas seulement le territoire, c’est l’ensemble des
valeurs, des traditions, des élans qui, au long des siècles, ont
associé les individus, animé les peuples ” .
C’est donc une "réalité" à la fois charnelle et spirituelle, ce que
Péguy résume dans un de ses poèmes: "Et le spirituel est lui-même
charnel et l’arbre de la grâce est raciné profond" .
La patrie désigne donc surtout un héritage, un héritage constitué de la
terre mais aussi de legs matériels, intellectuels, spirituels et
moraux.
La nation est fortement liée à cette idée de patrie. « Si la patrie est
l’héritage, la nation désigne la communauté des héritiers, la
communauté vivante des héritiers qui se transmettent et gèrent
l’héritage. L’Etat quant à lui n’est pas à lier nécessairement avec
l’idée de patrie-nation. Parce que les grandes nations sont
ordinairement constituées en États, on tend à inclure dans les
caractères essentiels, sinon indispensables, d’une patrie, d’une
nation, ce caractère étatique de souveraineté, d’indépendance,
d’autonomie politique. La définition des termes de nation et d’Etat en
première partie nous montrera que l’Etat et la nation ne s’identifient
pas. Ce peut être une erreur grave aux conséquences désastreuses que de
confondre la vie nationale avec la vie spécifiquement politique,
juridique de l’Etat, problème que nous aborderons en deuxième partie »
.
Avant 1789 en France, il existe un sentiment national, mais
qui ne se connaît pas comme tel. C’est-à-dire que la nation est vécue
avant même d’avoir été définie. La personne et l’institution royales
incarnent la nation, et c’est la fidélité au roi qui constitue "le nous
commun". Ce qui unifie la France, c’est la personne du roi: il est le
père commun autour duquel la nation se rassemble et grâce auquel se
maintient la cohésion du peuple.
La conception jacobine de la nation
Avec la Révolution triomphe une conception abstraite et désincarnée de
la nation : l’idée nationale devient une idéologie. C’est au cri de
"vive la nation !" que les révolutionnaires ont détruit l’Ancien
Régime, mais ce qui caractérisait ce nouveau sujet collectif, ce
n’était pas l’originalité de son âme, c’était l’égalité régnant entre
ses membres. Voyez Sieyès : " la nation est un corps d’associés vivant
sous une loi commune et représentés par la même législature". Associés
: "ce seul vocable effaçait un passé millénaire et, au nom de la
nation, donnait brutalement congé à l’histoire nationale».
« Ce qui fait la nation, c’est l’adhésion volontaire aux principes
publiquement proclamés dans la Déclaration des droits de l’homme; on ne
naît pas Français, on le devient par cet acte d’adhésion. Les
révolutionnaires procédèrent d’ailleurs à des naturalisations
symboliques d’autres révolutionnaires de diverses origines, au motif
que la France pouvait désormais être définie abstraitement comme "le
pays des droits de l’homme"; quiconque approuvait les droits de l’homme
était Français. La nation est une "nation-contrat" qui repose sur une
"libre association de citoyens. L’unité nationale se fonde alors sur
une identité de droits et sur la reconnaissance réciproque d’une telle
identité » .
Les révolutionnaires rompent avec la tradition et avec leurs attaches.
Pour reprendre la formule de Marie-Madeleine Martin dans son "Histoire
de l’unité française" , l’idée de nation l’emporte sur l’idée de patrie
et cesse de lui être intimement liée. La France n’est plus une réalité
concrète, une patrie charnelle, mais une représentation intellectuelle.
« L’homme s’approprie toutes choses et d’abord la société. Il s’en
proclame Dieu et roi. L’homme est devenu d’ailleurs l’Homme avec un
grand H. Le révolutionnaire est Homme avant d’être Français. Et
qu’est-il donc ce prétendu Homme, sinon un homme abstrait, une entité
purement imaginaire ? »
Aussi lorsque les jacobins proclament que la souveraineté appartient à
la nation, par ses représentants, cela revient à dire, que les pouvoirs
politiques de l’Etat n’existent qu’en tant que pouvoir de la nation.
Or, la souveraineté ne peut être un attribut à la fois de l’Etat et de
la nation que si l’un et l’autre sont confondus. Donc la nation
révolutionnaire s’identifie à l’Etat. La France ne peut exister qu’à
travers le prisme de ses « représentants ». Elle n’a pas d’identité
propre, transcendante. Elle n’existe qu’à travers un régime politique.
« Cette idéologie, que la Révolution veut répandre dans le monde
entier, est alors récusée Outre-Rhin au nom du génie allemand. Avant la
Révolution française, il n’existait pas vraiment de conscience
nationale en Allemagne, du fait de l’émiettement du pays en une
multitude de principautés. C’est la prétention des révolutionnaires
français à faire adopter la Déclaration des droits de l’homme,
considérée comme universelle par tous les pays - façon habile de
masquer derrière un idéal aux allures généreuses leurs visées
hégémoniques - qui conduit l’Allemagne, par réaction de défense, à
affirmer sa spécificité nationale » .
La conception allemande de la Nation
Alors que la théorie jacobine repose sur une conception «
contractualiste » et universaliste de la nation – puisque quiconque
adhère à l’idéologie des droits de l’homme peut y adhérer- la théorie
allemande repose essentiellement sur des facteurs objectifs et
déterministes tels que la langue, la race ou le territoire, facteurs
totalement indépendants de la volonté des êtres humains qui y sont
soumis. "La nation est constituée de tous ceux qui parlent la même
langue et forment un tout que la pure nature a liés par avance de mille
liens invisibles..." , écrit Fichte, dans son "Discours à la nation
allemande". Il est alors quasiment impossible de perdre sa nationalité
et corrélativement, il est exceptionnel de pouvoir l’acquérir autrement
que par la naissance. Du reste, le mot « Volkisch » en allemand n’a pas
d’équivalent en français puisqu’il renvoie aussi bien à la notion de
peuple qu’à celui de race et d’ethnie.
« Telles sont les deux conceptions qui s’affrontent et qui
sont habituellement présentées comme les deux écoles-types de la nation
moderne : la nation rousseauiste, jacobine, nation-contrat, et la
conception allemande de la nation, ancrée sur des données biologiques,
naturalistes » .
La vision de l’héritage selon Barrès
En France,
face à la vision désincarnée des lumières, Maurice Barrès va réagir et
défendre une conception charnelle : "Nulle conception de la France ne
peut prévaloir dans nos décisions contre la France de chair et d’os,
contre les héritages imposés par les vicissitudes de l’histoire" . Et
il déplore le fait que ses compatriotes ne s’accordent pas sur une
définition et une idée commune de la France.
« Il faut, revendiquer tout l’héritage, tous les héritages, si
contradictoires soient-ils (…) Notre patrimoine, écrit-il, est fait de
tous les éléments que les dialecticiens s’efforcent de maintenir
séparés et en opposition". Loin d’être sectaire et idéologue, Barrès a
le souci de rassembler les Français de tous horizons... Seule façon de
donner à notre pays son unité morale. « Nous ne sommes ni de droite, ni
de gauche, nous sommes de partout ». Tout est à nous. Jacques Trémolet
de Villers évoque souvent la formule de Jeanne d’Arc lors de l’assaut
d’Orléans : "Entrez, tout est vôtre",. "Cette expression ne signifie
pas une conquête sauvage, ni surtout une légitimation radicale des
misères de notre destin, elle signifie non l’appropriation aveugle mais
l’application d’une infinie miséricorde pour tout ce qui se trouve dans
le patrimoine". Cela nécessite évidemment d’être capable d’avoir une
vision critique et de porter un jugement sur les divers éléments de
notre histoire pour y distinguer le bon grain de l’ivraie. Il reste que
cet amour n’a de sens que s’il est vécu, partagé et qu’il anime sont
qui sont les débiteurs de cet héritage. Ce qui amène jean de Viguerie à
s’interroger sur cette perte de conscience patriotique :
« Aujourd’hui le vrai patriotisme semble mort. Dans leur très grande
majorité les français ignorent la patrie, et beaucoup ne veulent même
pas connaître la France. La plupart des jeunes gens qui ont vingt ans
aujourd’hui ne ressentent aucun attachement pour la patrie, et même ne
voient nullement la nécessité d’un tel attachement. Doit-on s’en
étonner ? Qu’on-ils reçu de la patrie ? Que leur a-t-on enseigné ? On
ne leur a rien appris du passé de leur pays. On ne leur a même pas
enseigné leur propre langue. Celui qui n’a rien reçu peut-il se sentir
débiteur ? La question aujourd’hui est de savoir si la patrie vit
toujours, et si la France existe encore, si la patrie vit toujours. Car
la patrie n’est pas un mythe. Elle n’est pas seulement un souvenir.
Elle n’est pas seulement la terre et les morts. Elle est aussi et
surtout cette force qui permet à une cité, à une nation de durer,
c’est-à-dire de transmettre de génération en génération les vertus qui
constituent son être, et de garder ainsi l’espérance. La partie est en
quelque sorte la force de la nation. Une nation sans cette force n’est
plus qu’un cadre administratif, un ensemble politico-culturel, un
parking, un simple nom. Une nation sans patrie n’a plus qu’une
existence nominale. Est-ce le cas de la France d’aujourd’hui ?
Regardons la réalité en face. Dire que la France est éternelle ou
qu’elle est immortelle, ne sert qu’à se rassurer. La France ne vit que
si elle transmet ses vertus de génération en génération. Sinon elle
n’est plus qu’une dépouille momifiée. Nous avons bien aujourd’hui une
nation sans patrie. Une nation qui porte le nom de France, mais qui
n’en a que le nom. Une nation qui n’est plus qu’un cadre administratif,
uns machine à prélever des impôts. Mais nous avons aussi une patrie
sans nation, car cette force de vie existe encore, mais elle existe en
dehors de la nation, car tout ce qui fait la nation actuelle, ses
institutions, ses politiciens, son système économique et social et sa
culture officielle, l’ignore ou la rejette. La patrie n’est donc plus
là où elle devrait être. Elle ne meurt pas complètement : il est encore
des français qui la connaissent et lui rendent le devoir de piété, mais
elle est menacée de dépérir, car elle ne peut vivre indéfiniment dans
l’exil. Elle ne peut vivre trop longtemps séparée de la nation » .
Autrement dit, si l’héritage est un élément substantiel, il n’en reste
pas moins qu’il ne suffit pas sans une dimension « volontariste ».
La conception volontariste de Renan
Trop souvent à
tort, Ernest Renan est présenté comme le défenseur de la théorie
révolutionnaire de la nation en raison de cette définition célèbre : «
la nation est un plébiscite de chaque jour ». Il a au contraire tenté
de concilier les deux conceptions prédominantes à cette époque, et
antagonistes: la nation-contrat et la conception déterministe.
Cet extrait de la célèbre conférence qu’il a prononcée à la Sorbonne en
1882 : "Qu’est-ce qu’une nation ?" en témoigne :
"Une nation, c’est un principe spirituel résultant des complications
profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe
déterminé par la configuration du sol... Une nation est une âme, un
principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une,
constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé,
l’autre dans l’avenir. L’une est dans les possessions en commun d’un
riche legs de souvenirs, l’autre est dans le consentement actuel, le
désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir
l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, Messieurs, ne s’improvise
pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé
d’efforts, de sacrifices, de dévouements. Le culte des ancêtres est, de
tous, le plus légitime, les ancêtres nous ont fait ce que nous sommes.
Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le
présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire
encore, voilà la condition essentielle pour être un peuple... On aime
la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet" .
Le désir de conjuguer ces deux conceptions de la nation est manifeste.
On trouve dans ce propos tant l’idée du contrat (la volonté de vivre
ensemble) à laquelle s’ajoute un certain héritage historique – « un
riche legs de souvenirs » -puisque cette association doit être animée
par le désir de "faire valoir l’héritage". Mais elle est fondée non «
sur son appartenance à une race - entendue comme unité historique,
linguistique, territoriale... - mais sur la reconnaissance de notre
condition d’héritiers et de débiteurs » .
Toutefois, cette définition n’est pas entièrement satisfaisante. En
premier lieu parce que la conception qu’il se fait de la nation reste
quelque peu abstraite. Renan fait reposer l’héritage uniquement sur un
principe spirituel et néglige les facteurs objectifs de l’existence
d’une nation (ethnie, langue, religion...).
Ensuite « parce qu’on ne voit pas très bien comment s’incarne
concrètement "la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a
reçu indivis". Qu’une nation, pour vivre, doive défendre et transmettre
l’héritage, c’est un fait. Mais les volontés individuelles y
suffisent-elles ? Elles évoluent : que devient alors la nation ? Renan
lui-même butait sur cette difficulté et reconnaissait qu’il y avait là
une "faille" dans sa réflexion » .
La recherche d’une nécessaire synthèse
Daniel Masson s’interroge, "n’est-il pas dangereux d’opposer
l’impératif du sang, qui est la théorie allemande et la théorie
élective, théorie jacobine ? La nation n’exige-t-elle pas de n’exclure
- autant qu’il est possible - ni l’unité ethnique, ni l’unité
historique qui sont en quelque sorte le corps de la nation, ni l’unité
de destin et de volonté qui est en quelque sorte son âme ?" .
Une nation n’est pleinement nation que si elle fait vivre cet
héritage, si elle l’enrichit, et elle est fidèle en somme à sa patrie
(patrimoine). Jean Ousset le rappelle "A la semelle de nos souliers". «
Il y a des patries pauvres marquées par une histoire modeste, un passé
sans éclat, un unique héritage, mais défendues par des nations
généreuses, comme il y a des patries magnifiques dotées d’un patrimoine
d’une richesse infinie, desservies, ruinées par une nation qui a perdu
le sens de son héritage ».
La dimension spirituelle enfin nous semble essentielle. Loin de faire
fi de l’élément charnel, elle l’intègre mais pour mieux le purifier.
C’est bien à tort que certains reprochent au christianisme sa dimension
universaliste pour en faire un instrument de subversion et de
destruction des identités charnelles. Le Christ lui-même s’est fait
chair et a vécu au sein d’un peuple. Quant à l’universalisme, il
convient de ne pas le confondre avec le mondialisme qui en est la
contrefaçon sécularisée et il est parfaitement compatible avec le
respect des diversités. Les grecs et les romains appréhendaient
l’univers et le cosmos comme une totalité sans pour autant renier leur
spécificité. Et à ce titre, la nation est un point de jonction entre le
particulier et l’universel.
Quant à la conception jacobine de la nation, parce qu’elle fait fi de
cet héritage et qu’elle fuit le réel en se projetant dans une
conception à la fois matérialiste et désincarnée de la vie, elle est
insusceptible de susciter un élan intégrateur, à le supposer possible
et souhaitable, auprès des populations nouvelles qui vivent sur notre
territoire, notamment les populations musulmanes. Elle est en outre
source de désorientation pour les jeunes générations de français en
perte de repères. Dés lors que l’on ne se sent plus héritier ni
débiteur, on devient à l’image du fils prodigue, un enfant ingrat et
individualiste qui considère que tout lui est dû. Et vers qui se
tourne-t-il dés lors que les solidarités communautaires ont disparu
sinon l’Etat ?
Aussi l’hypertrophie étatique n’est que la marque la plus manifeste de
la dégénérescence regrettable de l’identité nationale. Le sentiment de
responsabilité ne peut naître que par l’éducation et une conscience
forte d’appartenir à une communauté de destin mais aussi d’héritage
dont on est débiteur. Faute d’enracinement, la notion de patrie se
perdra dans les limbes de l’idéologie : dans le meilleur des cas elle
demeurera une vague idée sans prise avec le réel. Mais elle peut
devenir aussi une source de guerre civile en faisant la distinction
entre les bons citoyens qui adhèrent à l’idéologie dominante et les
réprouvés à qui la sentence de Saint Just « Pas de liberté pour les
ennemis de la liberté » sera appliquée.
En résumé, aujourd’hui, plus que jamais il faut donc en finir
avec le jacobinisme et le mythe de la république une et indivisible
pour renouer avec une conception à la fois identitaire et charnelle
d’une part, et une dimension spirituelle et volontariste d’autre part
samedi 7 novembre 2009
L’Europe doit changer complètement sa vision de la Russie
Europae Gentes
Article de Marc Rousset auteur de « La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou » -Editions Godefroy de Bouillon-538p- 2009 publié le 2 novembre 2009
Sommes nous des citoyens transatlantiques ou des
citoyens paneuropéens ? Pourquoi les Européens devraient-ils s’insérer
dans un quelconque Commonwealth Transatlantique du XXIe siècle piloté
par Washington ? Les États-Unis ne se sont-ils pas déclarés
indépendants de l’Angleterre le 4 Juillet 1776 ? L’Atlantique n’est pas
du tout une mare (« the pond »), comme se complaisent à le dire les
Anglo-saxons, mais un véritable océan que Christophe Colomb a eu le
premier l’audace de franchir. L’Europe ne va pas de Washington à
Bruxelles, mais de Brest à Vladivostok.
La Russie est européenne par ses morts qui ont scellé par deux
fois le destin de l’Europe : 23 200 000 morts pendant la deuxième
guerre mondiale contre seulement 182 070 pour les États-Unis, 1 700 000
pendant la première guerre mondiale de 1914 à 1917 (plus que la France
et légèrement moins que l’Allemagne) contre seulement 100 000 en 1918
pour les États-Unis. La Russie est aussi européenne par les influences
des cultures française et allemande ainsi que par le centre de gravité
de sa population à l’ouest de l’Oural ; l’ethnie russe est
fondamentalement blanche et chrétienne.
Si le catholicisme et l’orthodoxie sont les deux poumons de l'Eglise,
ils sont aussi ceux de l’Europe. Il n’est donc pas possible d’opposer,
comme le fait Samuel Huntington dans le « Choc des Civilisations », les
catholiques et protestants ouest-européens d’un côté, proches des États-Unis, au monde orthodoxe de l’autre.
Le contrôle de la Sibérie sera le grand enjeu du XXIe siècle entre la
Grande Europe et la Chine. La Russie est à la fois l’ « Hinterland »,
le « Far East » de l’Europe par ses grands espaces et un avant poste
par rapport à la Chine et à l’Islam de l’Asie centrale. Dans ces
régions, l’Européen, c’est le Russe.
L’objectif ultime à atteindre serait la constitution d’un arc
boréal paneuropéen de nations allant de Brest à Vladivostok qui
intégrerait le monde slave et orthodoxe. Il se concrétiserait par le
rapprochement entre l’Europe carolingienne, capitale Strasbourg, et la
Russie, seule alliance bipolaire capable d’arrimer efficacement sur le
Rhin et la Moskova cette nouvelle Grande Europe. L’avenir de l’Europe
n’est donc pas dans une Union européenne qui gonfle démesurément,
jusqu’à en perdre son identité, mais dans la création de deux alliances
ouest et est européennes qui s’équilibrent mutuellement et rivalisent
amicalement
Il importe par ailleurs de donner à la Grande Europe, à défaut
du français, et suite à la trop grande difficulté du latin, une langue
véhiculaire et utilitaire neutre qui ne soit pas la langue des
Américains, l’espéranto, afin d’assurer la survie et le rayonnement de
toutes les grandes langues nationales européennes.
Les Européens ne doivent plus avoir peur de la Russie. Suite à sa perte
de vitalité démographique, la Russie n’est plus un danger pour l’Europe
tout comme l’Allemagne et il importe au contraire d’aider cette
sentinelle historique européenne face à la Chine et l’Asie centrale. «
J’ai à maintes reprises demandé aux puissances occidentales de ne pas
identifier le communisme soviétique à la Russie et à l’histoire russe »
disait Alexandre Soljenitsyne. D’ici à 2035, l’Allemagne perdra 7.7
millions d’actifs et la France 1.7 millions. En Russie, c’est un
véritable cataclysme avec une diminution encore plus drastique de la
population. Il est possible qu’il n’y ait en 2050 que 100 millions de
Russes, autant que de Turcs à cette date !
L’Allemagne et la Russie,
étant donné leurs pertes de vitalité démographique, ne représentent
donc plus un danger d’expansionnisme, et bien au contraire, ces deux
pays sont à la recherche d’alliances défensives et d’équilibre
géopolitique. Le déclin démographique russe accéléré, la très rapide
diminution allemande et le léger déclin français rééquilibrent
paradoxalement l’ensemble de l’Europe, selon un processus inverse de
celui qui l’avait déstabilisée au XIXe et XXe siècle. La stagnation
démographique française à partir des années 1800 avait fait une France
apeurée de 40 millions d’habitants, soit la moitié très exactement de
la population allemande, à la veille de la première guerre mondiale. A
l’Est, l’expansion encore plus rapide de la population russe avait
engendré, de la même façon en Allemagne, une véritable phobie du danger
slave pour le monde germanique.
L’Allemagne d’aujourd’hui, diminuée territorialement et
démographiquement après la deuxième guerre mondiale, ne peut plus être
la grande puissance au cœur de l’Europe. Certains démographes ont même
prétendu que « l’Allemagne est morte, mais qu’elle ne le sait toujours
pas ». Les Européens, pour les mêmes raisons, n’ont plus à redouter
d’être submergés par une nation-continent russe en pleine expansion
démographique, cette dernière craignant bien au contraire d’être
envahie subrepticement par l’immigration des populations du Caucase et
d’Asie Centrale en Russie de l’Ouest et de la Chine en Sibérie.
L’Europe ne peut rejeter la Russie qui lui fournit 30 % du
gaz et 25% du pétrole. Il convient donc de développer le partenariat
stratégique franco-russo-allemand bâti sur les deux piliers que sont
les faramineuses richesses énergétiques des uns et les investissements
massifs des autres. L’Eurasie est peuplée, industrieuse et dispose, de
plus, des matières premières.
Une Alliance continentale avec Moscou, pendant d’une Alliance
atlantique renégociée avec Washington devrait voir le jour à terme.
Cette alliance paneuropéenne , cette coopération militaire du XXIe
siècle entre une Europe carolingienne avec des forces intégrées d’une
part et la Russie d’autre part ne représenterait pas seulement un
contrepoids à la puissance militaire américaine , mais aussi une
alliance supplémentaire tout court pour l’Europe face à divers risques
géopolitiques possibles tels que le Moyen Orient, le terrorisme, le
danger nucléaire d’ États voyous, crise énergétique, puissance
chinoise… où il n’est pas du tout certain que l’Amérique interviendra
toujours systématiquement, au fil des décennies, compte tenu de ses
intérêts propres, de l’évolution des rapports des forces ou des risques
courus. L’Europe est dans l’œil du cyclone et se croit dans une
pouponnière. L’Europe carolingienne, noyau dur de l’Europe politique,
serait équidistante de Moscou et de Washington
La crise irakienne a montré que l’Europe puissance ne pouvait
se réaliser que sous l’impulsion des trois acteurs stratégiques que
sont la France, l’Allemagne et la Russie et non dans la patiente
recherche de l’unanimité à 27 ou 38 pays, un grand nombre de pays
européens poussés par les États-Unis, l’Angleterre et la Pologne ayant
même signé un texte d’allégeance aux États-Unis.
Une politique européenne commune et indépendante avec 27 pays
est un mythe. Le risque est au contraire que l’Europe dérive vers
l’impuissance et prenne, comme le prédisent déjà certains, le chemin du
Saint Empire romain germanique, un assemblage de principautés et de
villes à la fin du Moyen Age qui n’avait plus qu’une fiction de
puissance commune.
Une majorité des partenaires européens est ralliée à la
conception américaine d’un simple espace de libre échange abrité, pour
sa sécurité, par le parapluie de l’OTAN. L’impulsion ne peut donc venir
que de la France et de l’Allemagne, partageant la même vision de
l’Europe, celle d’une communauté de destin ayant la volonté de peser
politiquement, économiquement et culturellement. L’adjonction de
quelques pays continentaux de l’Europe de l’Ouest pourrait constituer
une heureuse préfiguration de « l’Europe européenne ».
Par ailleurs, dans la conduite des relations internationales,
il semble que les Européens aient abandonné Hobbes et Machiavel, comme
l’a fortement souligné le géopoliticien américain Robert Kagan. Les
Européens doivent se garder de réduire la politique étrangère à la
notion abstraite et inopérante des droits de l’homme, veiller d’une
façon réaliste à l’évolution du rapport des forces géopolitiques, et
défendre plutôt la morale du droit international fondé sur la
multilatéralité ainsi que sur l’égalité de droit entre nations. Face à
l’Empire, la Chine, l’Islam, le terrorisme ou le Moyen Orient, les
Européens devraient s’inspirer davantage de Richelieu, Bismarck, de
Gaulle, Churchill et un peu moins de Chamberlain et Daladier.
Selon le mot de Winston Churchill, la Russie c’est une « charade à
l’intérieur d’une énigme entourée de mystère » L’inclusion avec une
vision historique de la Russie du XXIe siècle dans le monde européen,
ce qui permettrait d’en assurer sa survie, telle pourrait être la
réponse du destin au mystère que représentait la Russie pour ce
perspicace, réaliste et courageux anglo-saxon. En fait, c’est la Russie
qui montre la vraie voie à l’Europe donneuse de leçons avec les excès
humanistes de sa propre civilisation, mais impuissante et décadente en
réalité. La Russie est un des derniers peuples européens à ne pas se
détester lui-même. La Russie peut contribuer dans l’immédiat à sauver
l’Europe de son malaise existentiel et du protectorat américain (OTAN,
capitalisme financier anglo-saxon, usage exclusif de l’anglo-américain,
libre échange destructeur d’emplois industriels, immigration
extra-européenne conduisant à une société multiethnique à l’instar des États-Unis et destructrice de l’identité européenne).
Quant à l’Europe,
elle peut aider à long terme la Russie face à la Chine et à l’Asie
centrale. Les Européens de l’Ouest doivent faire aujourd’hui vis-à-vis
de la Russie la même révolution intellectuelle qui a été effectuée par
le Général de Gaulle envers l’Allemagne d’après 1945 !
Il y a quelques années, l’écrivain Vladimir Volkfoff posa la question
suivante à un diplomate américain : « Je ne comprends pas, dit-il,
Souhaitez vous que l’Europe se fasse ou qu’elle ne se fasse pas ? ». Le
diplomate lui répondit : « Nous souhaitons qu’elle se fasse, mais
qu’elle se fasse mal ». La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou est une
méthode pour qu’elle se fasse… bien, sans se soucier du nom du
Président des États-Unis, qu’il s’appelle George Bush ou Barack Obama.
mercredi 2 septembre 2009
Bienvenue à Trouilleland !
Polémia
Article de Michel Geoffroy publié le 1er septembre 2009
Des vacances à l’étranger ( pour ceux qui peuvent encore se les
payer… ) sont parfois l’occasion, au retour, de voir notre beau pays
avec un œil neuf. Petit témoignage.
Avant d’atterrir à Roissy, on vous a indiqué dans l’avion que si dans
une semaine vous avez de la fièvre vous devez contacter d’urgence votre
médecin : vous avez en effet peut-être contracté une mauvaise grippe A
(H1 N1). Dans l’avion quelqu’un tousse : tout le monde le regarde avec
inquiétude.
Descendu d’avion, vous montez dans le car qui vient vous chercher en
bout de piste : sur l’écran intérieur vous lisez alors le message
défilant suivant : méfiez vous des pickpockets : surveillez vos effets
personnels.
Vous voici arrivé dans l’aéroport. Vous entendez alors un haut parleur
indiquer qu’un bagage semble abandonné et que son propriétaire est prié
de venir le récupérer. Las, le propriétaire n’étant visiblement pas
assez rapide, vous apprenez, quelques minutes après, qu’il s’agit
désormais d’un « colis suspect » : voici donc tous les passagers
empêchés de sortir du terminal par un cordon martial de parachutistes
au regard d’acier. Sans doute pour les protéger dudit colis suspect.
Qui n’a finalement rien de suspect. Ouf on respire !
Trouilleland : le pays où l’on cultive la peur
Vous prenez le taxi pour rejoindre votre domicile : le véhicule est
heureusement pourvu d’un détecteur de radar : il faut se protéger du
risque de « perdre ses points » en effet. Les portes se bloquent
automatiquement après le démarrage : sans doute craint-on que les
passagers ne sortent en marche ? Ou que des autostoppeurs ne montent à
l’arrêt ? Sur la banquette traine un journal gratuit : la première page
est consacrée à l’imminence d’une grippe qui nous menace tous : on dit
pandémie cela parait plus terrible encore.
La radio gentiment allumée par le chauffeur, déverse pendant ce temps
son flot « d’informations » destiné à vous rassurer : réchauffement
climatique, inondations en Asie, nucléaire iranien, meurtres,
enlèvements, attentat au Pakistan, déclarations tonitruantes de tel ou
tel ministre contre les algues vertes. Si vous regardez dehors, vous
pouvez lire sur les panneaux publicitaires que « l’abus d’alcool est
dangereux pour la santé » ou qu’il faut « éviter les nourritures trop
grasses ou trop sucrées ».
Vous arrivez enfin chez vous, non sans avoir franchi un grand nombre de
« ralentisseurs » car chacun sait que la vitesse est dangereuse :
heureusement vous n’avez pas (encore) été cambriolé et il n’y a pas de
fuite d’eau !
Ce petit parcours n’a rien d’imaginaire malheureusement.
La France est en effet devenue Trouilleland : le pays où l’on cultive la peur.
La peur : axe principal de la communication de l’oligarchie européenne
Cette situation résulte de plusieurs facteurs.
D’abord les français vieillissent : comme tous les vieux ils se
préoccupent de plus en plus de leur santé et veulent éviter l’inconnu
ou le risque.
Mais surtout la promotion de la peur est devenue l’axe principal de la
communication de l’oligarchie européenne à l’égard du bon peuple. La
France est en effet le pays où les autochtones sont priés fortement par
les pouvoirs publics, ceux de Paris comme de Bruxelles….d’avoir peur de
tout.
La peur, un fructueux marché en expansion
On pensait pourtant jusqu’à présent que le pouvoir devait procurer la
sécurité et donc rassurer : c’était d’ailleurs le fondement de la
légitimité depuis Hobbes ou Montesquieu. Ainsi par exemple si l’on
constatait qu’il y avait des tire-laine dans les aéroports, il
appartenait à la police et à la justice –c'est-à-dire à la puissance
publique– de les mettre hors d’état de nuire.
Mais si vous pensez cela, c’est que vous n’êtes qu’un franchouillard
réactionnaire, sinon pire encore. Car aujourd’hui le schéma s’est
inversé : les pouvoirs publics se bornent à vous indiquer que des
pickpockets « sont susceptibles d’opérer dans cette gare » : à vous de
vous en prémunir en ne les tentant pas. On vous a averti, débrouillez
vous tout seul. Tel est le sens du message subliminal qui s’imprime
alors dans votre esprit.
En d’autres termes, c’est désormais en faisant peur et non plus en
garantissant la sécurité, que l’oligarchie occidentale assure sa
domination : la peur est devenue son dernier argument politique.
C’est aussi un fructueux marché en expansion, en particulier animé par
le durcissement perpétuel des normes « de sécurité », qui conduit au
renouvellement rapide des services et des matériels. L’oligarchie, en
faisant peur, joint ainsi l’utile à l’agréable : conforter à la fois
son pouvoir et ses bénéfices.
Trouilleland repose ainsi sur les ressorts psychologiques suivants.
D’abord nos concitoyens sont sommés périodiquement d’avoir peur de
périls ou de « risques » hypothétiques sinon forgés de toutes pièces
par le Système : trou de la couche d’ozone, montée des eaux, OGM,
huîtres malsaines, violences conjugales, nationalisme russe, racisme,
antisémitisme etc.…
L’hygiénisme despotique : une méthode orwellienne
On se rappellera que l’écrivain G.Orwell dans son livre 1984 mettait en
scène dans la société despotique qu’il décrivait, le « quart d’heure de
la haine » : celui où les sujets du nouvel ordre étaient priés de haïr
périodiquement un être imaginaire et malfaisant, coupable de tous les
dysfonctionnements .Cette liturgie de la haine était un moyen de
contrôler psychologiquement les individus.
L’oligarchie occidentale nous impose, elle, chaque jour « le quart
d’heure de la peur » : mais la finalité reste la même que dans le livre
d’Orwell. Car progressivement s’instaure au nom de la précaution contre
les « risques », une sorte d’hygiénisme despotique qui n’est qu’un
nouveau moyen de contrôle des populations. Trouilleland est de plus en
plus une société de contrôle et de prohibition.
L’indifférence de l’oligarchie vis-à-vis des vrais périls
Mais la peur se nourrit ensuite aussi de l’indifférence manifestée par cette même oligarchie occidentale vis-à-vis des vrais
périls auxquels sont confrontés nos concitoyens : insécurité,
immigration, islamisation, crise économique, fiscalisme, dénatalité.
Nos concitoyens ont alors raison d’avoir peur parce qu’ils voient que
l’oligarchie non seulement ne fait pas grand-chose pour juguler ces
périls, mais trouve des tas de bonnes raisons pour justifier son
incompétence : l’immigration n’est elle pas « une chance pour la France
» ? Ne faut –il pas distinguer le bon musulman du méchant islamiste ?
La prospérité n’est elle pas au coin de la rue ?
Mais dans tous les cas Trouilleland renforce son emprise.
Alors comment s’échapper de ce pays terrifiant ?
En faisant peur tout simplement à l’oligarchie : il parait que cela s’appelle le populisme.
dimanche 23 août 2009
Vers l'infantilisation et l'américanisation de la société française
Polémia
Article de Georges Yang publié le 19 août 2009
Labourage et pâturage ne sont plus depuis longtemps les deux
mamelles de la France. Elles sont aujourd’hui devenues Psychologie et
Judiciaire. A chaque semaine sa nouvelle loi ou son nouveau règlement
en réponse à chaque dernier fait divers. A chaque nouvel incident, sa
horde de psychologues s’abattant tel un vol de criquets pèlerins sur
les « victimes » aux frais de l’Etat et des collectivités locales.
Autour de nous, ce n’est que procès, plainte, récrimination et
victimisation. Tout devient judiciaire, on ne sait plus se parler et
répondre par le bon sens ou le courage aux petits inconvénients de la
vie. La plainte est l’avenir de l’homme aurait dit Aragon en rimant sur
notre triste époque. Et ce qui n’est pas judiciarisé est psychiatrisé
dans le mauvais sens du terme.
Il n’est pas un jour où l’on lise dans la presse ou sur Internet, où
l’on voit à la télévision ou que l’on entende à la radio que la
désormais célèbre « cellule psychologique d’urgence » a sévi. Passager
du car qui s’est renversé, familles et voisins du petit loubard heurté
par un voiture de police, enfants, parents et personnel de la crèche où
l’enseignante s’est pendue, de la piscine où le gérant a pris un coup
de couteau, tous y on droit sans discrimination.
Jadis, ceux qui supportaient mal les vicissitudes de l’existence, les
mauvais coups et les traumatismes soit faisaient avec tant bien que
mal, soit s’engageaient dans la voie volontaire et payante de la
psychanalyse ou de la psychothérapie.
Maintenant, il n’est même plus nécessaire de demander, le psychologue
et sa cellule de crise arrivent quasiment avant les flics et les
pompiers sur les lieux du drame. Être pris en charge psychologiquement
devrait être une démarche individuelle et réfléchie. Or que voyons nous
le plus souvent, des individus à qui certes il est arrivé quelque chose
de fâcheux, mais le plus souvent de simples témoins qui s’en
remettraient d’eux même la plupart du temps. Ils vont subir les poncifs
et les lieux communs de soit disant professionnels du malheur pour les
aider à supporter le choc. Et puis, comme les pouvoirs publics du plus
haut de l’Etat au maire de la plus petite commune ne veulent pas passer
pour des irresponsables et se montrer compatissants et ne pas être
impliqués, on envoie l’équipe de psychologues qui le plus souvent ne
fera qu’un séance collective tout près de la carcasse du bus, de la
chapelle ardente ou de la cage d’escalier du HLM qui a pris feu.
Résultat nul au niveau du soutien, car seul une écoute prolongée et
structurée peut être efficace pour des personnes psychologiquement
fragiles.
Et puis, quand un autocar rempli de Slovènes se rendant
Portugal s’écrase dans un fossé à trois heures du matin du côté de
Sauveterre en Guyenne, on peut se demander où le maire va trouver à
cette heure une équipe de soutien psychologique maîtrisant la langue
des occupants du véhicule accidenté.
De plus, ce soutien est gratuit, même s’il coûte à l’Etat. Les «
victimes » ne faisant pas de démarche volontaire et ne déboursant pas
le moindre euro, l’impact psychologique est différent de celui créé par
la relation avec un thérapeute que l’on a choisi et que l’on rémunère,
quelque soit sa formation. Il y a fort à craindre que l’assistance tous
azimuts, dispensée larga manu, peut avoir plus d’effets secondaires que
prévu. D’abord la fixation de la scène traumatisante à force d’en avoir
parlé. L’oubli est aussi utile à la reconstruction se soi après un
traumatisme. Ensuite peut se greffer l’idée que « si l’on s’intéresse à
moi, c’est qu’il y a eu faute ».
Cela débouche rapidement sur la
revendication et dans certains cas sur une pathologie revendicative
appelée sinistrose, avec des effets encore pire que quelques possibles
mauvais rêves post traumatiques.
A croire que les pouvoirs publics veulent venir en aide à la profession
des psychologues qui pourtant est loin d’être sinistrée. Déjà les
entreprises y ont recours tant au niveau du recrutement que de la
gestion des ressources humaines. Mais là au moins, c’est le patronat
qui paie, pas le contribuable. Et puis, le service rendu aux victimes,
aux témoins de drames n’en est peut être pas véritablement un. Il y a
aussi des risques de fixation du traumatisme subit indirectement quand
on vient vous expliquez que vous venez d’en subir un et que vous
risquez d’en souffrir toute votre vie si vous ne vous exprimez pas en
vidant votre sac devant un professionnel.
Le recours au tout psychologique a pour corollaire l’inflation du tout
judiciaire. En effet, lorsque l’on vous a fait comprendre que vous êtes
quelqu’un digne d’intérêt parce que votre voisin a été tué à coups de
hache, ou que votre car ne se serait pas retrouvé dans le fossé si la
compagnie de transport avait suivi toutes les procédures de sécurité,
que le maire du patelin aurait dû faire établir des ronds-points à
grand frais dans sa commune et qu’à cause de ces irresponsables vous
allez souffrir psychologiquement pendant des années parce que votre
voisin de siège s’est cassé la clavicule dans l’accident, alors il vous
vient rapidement le désir revendicatif et l’espoir de toucher quelque
chose au titre du préjudice moral.
Souvent, après avoir été requinqué par le psychologue, le témoin, le
rescapé, bref celui ou celle qui n’a pas souffert grand-chose est mûr
pour devenir plaignant. Un plaignant qui va au tribunal stimulé par une
démarche bipolaire. D’abord, le désir vindicatif et punitif le motive,
mais le versant mercantile de la plainte n’est pas à négliger, même
s’il se drape dans les oripeaux de la juste revendication.
La société française entière a été gangrenée par un recours au légal,
au pénal pour un oui ou pour un non. La victime expiatoire a été
remplacée par le coupable expiatoire qui permet à la fois de toucher
des indemnités sonnantes et trébuchantes, mais aussi de considérer la
justice comme l’émonctoire de la peur. Il y a aussi de nos jours, du Millénarisme dans le recours au juridique ainsi que du sacré. Le citoyen a une peur irraisonnée de Fin du Monde, d’Apocalypse et de Jugement dernier.
L’environnement, de potentiellement dangereux, devient ressenti comme
obligatoirement hostile. Manger un fruit, un bonbon, une salade ou un
kebab, c’est s’exposer aux pesticides, aux cancérigènes et aux germes
et de ce fait rechercher un bouc émissaire à dénoncer avant même le
premier incident. Aller dans un parking toute seule, c’est prendre le
risque d’un viol. Envoyer ses enfants en car scolaire, c’est la très
forte probabilité de l’accident « qui aurait pu être évité » ou alors
de tomber sur un chauffeur pédophile. Les exemples se ressemblent tous
dans leur essence. La peur règne en maître, elle est érigée en dogme et
débitée ad libitum durant les journaux télévisés. Le citoyen pense
qu’il peut, qu’il doit se protéger de l’adversité en portant plainte,
espérant ainsi une juste compensation. Cette forme d’exorcisme place
l’action judiciaire au niveau du sacré, si ce n’est du magique et du
sacrifice propriatoire. Le recours au psychologue le renforce dans
cette dérive.
Les inconvénients de la vie ordinaire n’ont cependant pas tous le
tragique d’un drame atridien. Les prud’hommes, le civil et le pénal
sont utiles, mais pas à tout bout de champ. Il existe des licenciements
abusifs évidents, certains inconscients peuvent laisser déambuler une
meute de bergers allemands sans surveillance devant une école
maternelle. Le viol, l’attaque à main armée et le meurtre, fût il petit
et entre amis doivent avoir une réponse pénale avec sanction et
réparation matérielle, c’est évident.
Mais en plus de la démarche individuelle, il se développe une stratégie
collective de la plainte. Les associations de consommateurs et de
victimes se comportent de plus en plus en associations de malfaisants,
si ce n’est de malfaiteurs. Ces groupes se portent partie civile, le
plus souvent non pour faire éclater la vérité et faire châtier le
coupable, mais pour faire condamner un responsable avant tout solvable.
Il est remarquable de constater que les « lampistes » ne paient
quasiment jamais, même quand ils sont véritablement impliqués dans une
affaire pouvant déboucher sur des dommages et intérêts. Les
associations savent que les subalternes ne sont pas solvables et sont
souvent défendus bec et ongles par les syndicats. Il est nettement plus
rentable de se retourner contre l’Etat, une compagnie aérienne, une
grosse entreprise, un médecin, un maire ou un architecte si on espère
une forte indemnisation. Ce comportement participe à l’inflation
judiciaire et à la pénalisation, mais aussi à l’inflation tout court,
car les coupables potentiels sont obligés de se couvrir en s’assurant
et en créant des provisions pour frais de justice.
Par contre, le « Respect pour Farid ! » scandé aux
alentours d’une cité après le décès d’un délinquant est beaucoup plus
significatif d’un désir revendicatif incantatoire, d’une recherche de
reconnaissance, voire d’une forme de victimisation. A l’inverse, il ne
s’agit pas de l’influence de la télévision sur le citoyen, mais de
l’imprégnation des médias et de la classe politique par un cri venu du
peuple. Le mot respect étant ensuite récupéré avec démagogie à des fins
électorales par les politiciens de tous bords.
De nos jours, le milieu judiciaire lui permet d’exprimer sa citoyenneté. Le Français rejoint le thème aphorique, « Je plaide donc je suis ! ». Plaider reviendrait à une démarche identitaire individuelle.
L’accent mis sur le lien ressenti par le plaideur entre la sanction et le dédommagement. Le « quelqu’un doit payer » est devenu le leitmotiv du plaignant. On a gloussé sur le fameux « responsable mais pas coupable ». Personnellement, je ne vois pas le mal dans cette réplique, peut-être du bon sens. En terme trivial, on pourrait dire : « Si
je ne peux obtenir les cinq mois ferme minimum requis contre le
coupable, je veux au moins un gros paquet de fric ! Les deux ensembles,
ça ne serait pas plus mal ! » Cette dérive explique en parti
pourquoi de nombreux maires de petites communes hésitent à se
représenter, craignant de se retrouver au pilori et leur compte en
banque vidé à la suite de la chute d’un arbre sur une poussette par
jour de grand vent.
L’ « américanisation » des comportements de la société française est de
plus en plus visible dans le domaine médical. Les plaintes sont de plus
en plus fréquentes et le médecin n’est plus le notable respecté de
jadis mais une volaille à plumer. Les vrais canailles médicales,
cependant passent encore entre les gouttes car bien organisées. Mais
les malchanceux, responsables de fautes professionnelles, condamnables
mais compréhensibles sont de plus en plus attaqués. On n’a cependant
pas atteint en France le niveau américain avec ses avocats véreux
attendant les patients à la sortie de la clinique avec un formulaire
pré rempli. La première conséquence de cette dérive procédurière se
retrouve dans les tarifs des assurances des professionnels de santé et
de ce fait dans le déficit de la sécurité sociale.
La solution passerait donc par une éducation juridique du citoyen.
Beaucoup de français n’ont qu’une idée très vague de la différence
entre une infraction, un délit et un crime. Peu savent ce qui relève du
civil, du pénal ou des assises. Cet enseignement devrait être acquis à
l’école, mais on lui préfère les activités d’éveil. On est mal parti
quand on regarde la télévision ou bien quand on lit la presse populaire
qui a érigé le fait divers en fait historique. La pire catégorie de ces
nouveaux Fouquier-Tinville veut pénaliser tout ce qui est
potentiellement agressif même au niveau subjectif. Tirer un colvert
hors saison, stationner sur une place de handicapé, ne pas indiquer un
colorant sur un emballage, ne sont que des infractions bénignes ne
méritant qu’une simple amende quelquefois amnistiable. Mais, ces
adulateurs dévoyés du droit voudraient les voir pénalisées et
sanctionnées, regrettant le temps des galères et du bagne pour le vol
d’un pain.
La France s’américanise au niveau de ses comportements : recours au
religieux, au psychologique, au pénal, au règlement en permanence. De
nombreuses plaintes qui finalement entravent l’application de la
justice, la recherche de coupables et de responsables à tout prix
paralyse les institutions. Les Français s’orientent vers cette dérive
américaine qui les rend de plus en plus processifs et intolérants et de
moins en moins résistants à l’adversité.
Peut-être en arriverons nous un jour à un pays de geignards et de
procéduriers, totalement incapables de réagir aux moindres vicissitudes
et inconvénients de la vie quotidienne.
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/vers-l-infantilisation-et-l-60107
dimanche 19 juillet 2009
La chute de l’Empire d’Occident
Article de André Waroch publié le 19 juillet 2009
L’heure est à l’homme nomade, au sans-patrie, au citoyen du monde. L’heure est à celui qui n’a d’autres attaches que celles qu’il peut emporter du jour au lendemain dans sa valise. Le monde de demain appartient à ceux qui sauront ne plus encombrer leurs errances terrestres, voire spatiales, d’un quelconque « terroir », archaïsme dont l’exaltation fleure bon son populisme rance.
Voilà le discours, à peine caricaturé, tenu par un certain nombre d’intellectuels venus de la gauche ou de l’extrême gauche et convertis au « libéralisme », c’est-à-dire, pour être plus précis, au libre-échangisme mondialisé. C’est une traversée moins rude qu’il n’y paraît, les fondamentaux idéologiques de ces intellectuels ne subissant, entre ces deux rives, que fort peu de dommage.
Le noyau dur de leur engagement n’a pas changé, c’est toujours la haine de l’enracinement, du particularisme, de la singularité irréductible des peuples, de la nation au sens grec du terme.
Une hyper-caste mondialiste, dont les contours se dessinent de plus en plus clairement, veut croire encore à un « progrès » à la Jules Verne. La nature domestiquée par une technologie hissant les hommes au rang des dieux ; une culture universelle et uniformisée rayonnant sur toute la surface de la terre ; une gouvernance mondiale sage, bénéfique, consensuelle, qui, dans ce monde post-historique, n’aura plus qu’à gérer et administrer. Bref, le paradis sur terre pour ces hommes qui portent en eux le rêve chrétien sécularisé des Lumières.
Dans la mentalité occidentale, dont cette caste relève plus que de n’importe quoi d’autre, l’avenir est supposé meilleur que le présent, et le présent meilleur que le passé. Le destin irrévocable de l’humanité semble être de monter toujours plus loin dans l’intelligence, la bonté, la joie, le bonheur, jusqu’à un zénith improbable.
Il régnait au Moyen Âge le sentiment exactement inverse. Les lettrés avaient la conviction d’une chute inexorable du monde vers l’abîme. Un monde arrivé au stade ultime de la vieillesse. S’il est vrai que le passage de l’Antiquité au Moyen Âge s’accompagna de l’abandon d’une certaine conception cyclique du temps (« L’éternel retour ») au profit d’une vison linéaire due au christianisme, encore faut-il préciser que cette linéarité a, en quelque sorte, changé de sens, du bas vers le haut, quelque part entre le XIIe siècle et la Révolution française. L’Europe de l’Ouest est passé de la chute à l’ascension. Au Moyen Âge, le passé était vu comme meilleur que l’avenir, et ce fut l’inverse qui s’imposa définitivement à partir du XVIIIe siècle.
Cela ne relève pas que de la simple croyance religieuse : le Moyen Âge fut vraiment une régression par rapport à l’Antiquité, et le progrès, au sens matériel du terme (expansionnisme au-delà des mers, découvertes scientifiques), une réalité incontestable pour l’Europe de l’Ouest à partir du XVe siècle.
Pas qu’une croyance religieuse, donc, mais aussi une croyance religieuse.
Il faut sûrement voir l’origine de ce changement de direction dans la Réforme grégorienne, événement capital que l’historien Harold J. Berman a rebaptisé « Révolution papale ». Quoiqu’il en soit, la croyance est là. D’où le célèbre et stupide adage : « C’est incroyable de voir encore des choses pareilles au XXIe siècle ! » Le temps, encore une fois, étant vu comme une montée inexorable de l’humanité vers la civilisation suprême.
La réalité, pour l’Europe de l’Ouest, semble pourtant de nouveau inverser le sens de sa marche. L’évolution actuelle s’apparente de manière frappante au processus qui caractérisa la dégénérescence finale de l’Empire romain d’Occident, à partir du IIIe siècle, jusqu’à la déposition du dernier empereur en 476 (début du Moyen Âge pour les historiens).
Ce processus, qui mit fin au monde antique, se caractérisa par :
— Un chaos ethnique grandissant. Après l’édit de Caracalla accordant en 212 la citoyenneté romaine à tous les mâles non esclaves des provinces, les Barbares germaniques puis hunniques commencent à déferler en Gaule. À la fin du IVe siècle, la plupart des soldats et même des généraux « romains » sont en fait des germains naturalisés. Les souches proprement romaines sont, de fait, écartées du pouvoir.
— Un gigantisme mortel. L’Empire, à son apogée, s’étend du sud de l’Écosse jusqu’à la Mer rouge. Assailli de toutes parts, son économie désorganisée, les effectifs de l’armée et de l’administration augmentant sans cesse, il accable le peuple sous les taxes et les impôts. En Gaule apparaît le phénomène des Bagaudes, paysans « prenant le maquis » pour échapper au fisc. Un de leurs chefs, Eudoxe, trouvera même refuge auprès d’Attila. L’impuissance de l’armée romaine (environ 400 000 hommes sous Dioclétien) à protéger un territoire aussi gigantesque, ajoutée à l’interdiction faite aux civils indigènes de porter les armes et d’organiser eux-mêmes leur défense, ouvre un boulevard aux envahisseurs. Wisigoths, Francs et autres Burgondes soumettent les populations de l’Empire, et prennent peu à peu possession des terres de l’Ouest.
— Un exode urbain. L’économie de l’Empire, à partir du IIIe siècle, se voit peu à peu totalement désorganisée par les raids barbares. La circulation des marchandises de province à province décline, voire s’arrête. Les villes, à partir du Ve siècle, commencent à se vider. La population urbaine, « groupe de consommateurs qui s’alimente d’importations » (Jacques Le Goff), se voit contrainte d’effectuer un « retour à la terre », c’est-à-dire un retour à l’exploitation directe des matières premières, la circulation des produits manufacturés et des importations de denrées de base étant devenue trop faible pour alimenter les villes.
— Un basculement religieux. En 312, Constantin, premier empereur converti, instaure l’égalité de droits entre le christianisme et les autres religions, ce qui est déjà, dans la logique conquérante des monothéismes issus du judaïsme, un pas décisif vers la religion unique et obligatoire. Dans la décennie suivante, Constantin démontre clairement ou vont ses préférences en commençant à interdire certaines pratiques païennes comme la divination. Il intervient, parallèlement, dans les affaires internes de l’Église, y compris dans les débats théologiques. C’est lui qui convoque, en 325, le concile de Nicée, central dans l’histoire du catholicisme.
Les successeurs de Constantin vont continuer la politique de christianisation forcée de la société. En 354 est décrétée la fermeture des temples païens et l’interdiction des sacrifices.
En 381, Théodose, véritable bourreau du paganisme, adresse un édit par lequel il impose à tous les peuples de l’Empire le christianisme comme religion obligatoire. Dans les deux décennies suivantes, c’est en fait le coup de grâce qui va être porté juridiquement aux anciennes religions, avec comme point culminant l’interdiction définitive en 395, par l’Empereur Arcadius, de toute pratique religieuse autre que celle du catholicisme romain (les hérésies chrétiennes comme l’arianisme étant au moins autant combattues que les pratiques polythéistes).
— Une régression démographique soulignée par beaucoup d’historiens. La dépopulation de certaines zones est évidemment un appel d’air pour les Barbares qui n’ont plus qu’à coloniser des terres déjà vides.
L’Europe de l’Ouest catholique et protestante, héritière de l’Empire d’Occident, se trouve confrontée à une situation dont l’analogie avec ce qui précède est hallucinante. Le chaos ethnique est là, incontestable. Les nouveaux arrivants ne se convertissent pas, comme les anciens Germains, à la religion des autochtones, mais apportent avec eux l’islam, idéologie belliqueuse, conquérante, totalitaire. Les nationalités françaises, britanniques, belges et maintenant allemandes (liste non exhaustive) sont accordées à tour de bras aux enfants d’immigrés nés sur le sol européen. Ils sont alors inexpulsables dans le système juridique actuel et deviennent le vecteur d’une substitution de population qui, commencée avec l’immigration, se poursuit de l’intérieur, comme un cancer.
L’Union européenne, qui s’étend de plus en plus rapidement, devient une sorte d’immense terrain vague. Pendant que les entreprises sont pressurées d’impôts destinés à mettre en place ou maintenir une politique sociale, les produits manufacturés en provenance de Chine ou d’autres pays émergents (qui ne pratiquent aucune politique sociale) arrivent aux frontières quasiment sans aucun droit de douane.
Le résultat est prévisible : liquidation des industries, transformation totale de l’économie des pays de l’U.E. en économie de services, et dépendance de plus en plus gigantesque de l’Europe de « l’atelier du monde » néo-confucéen.
L’exode urbain, quant à lui, a déjà commencé, mais il est en trompe l’œil. Les villes ne perdent pas d’habitants (sauf Paris) mais voient disparaître les classes moyennes européennes au profit des nouveaux arrivants, attirés par une vie de parasitage qu’il ne peuvent pas trouver dans les campagnes. De plus en plus de Français, et plus seulement issus des classes aisées, choisissent même la fuite à l’étranger (Londres a maintenant son « quartier français »).
La baisse dramatique du pouvoir d’achat occasionne le développement croissant des achats directs aux agriculteurs. Comme au Bas-Empire, on assiste donc à un début d’effondrement de l’économie développée, économie normalement basée sur un réseau très dense d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur.
La hausse continue du prix de l’essence, associée à une paupérisation croissante, fait que l’Européen se déplace en fait de moins en moins. Destinations de vacance comme de fin de semaine sont de plus en plus proche du domicile (de plus en plus de gens ne partent même plus du tout). On assiste en réalité à une véritable immobilisation des individus, totalement en contradiction avec les théories de « l’homme nomade ».
L’horizon mental et physique de l’homme européen, en ce début de XXIe siècle, rétrécit d’autant plus que le niveau culturel des jeunes générations, il est vrai de moins en moins européennes, s’effondre à toute vitesse. On estime que plus de 25 % des bacheliers français sont illettrés, et que 20 % de la population adulte de l’Hexagone est analphabète (Guillaume Corvus, La convergence des catastrophes, 2005). Comme dans l’Empire romain finissant, on assiste à une acculturation, à une perte de mémoire collective qui précède et cause la détechnicisation, prélude à un nouveau Moyen Âge.
Les zones de non-droit, territoires livrés aux bandes de jeunes musulmans qui y font régner une sorte d’ordre islamo-mafieux, constituent l’embryon d’une nouvelle féodalité, beaucoup plus agressive que la première, car bâtie sur le fanatisme et sur une haine d’essence totalitaire. Les Mureaux, Trappes, Argenteuil, Roubaix : autant de futurs sultanats indépendants ou, déjà, la police française n’intervient plus qu’avec des pincettes, voire pas du tout.
Les invasions barbares mirent fin à l’Empire romain, du moins en Occident. L’Empire d’Orient, appelé plus tard byzantin, continua à porter le rêve pendant un millénaire. Justinien entreprit même, au VIe siècle, une gigantesque expédition punitive pour arracher les territoires de l’ex-Empire d’Occident des mains des Germains.
Si les États-Unis ont souvent été comparés à Carthage, ce qui tient plus de la trouvaille sloganique que d’un rapport quelconque entre les deux entités, l’Europe actuelle a bien son Empire byzantin, un pays gigantesque, construit lui aussi sur des bases impériales, orthodoxes, messianiques, passé maître dans l’art de la manœuvre politique. Ce pays, que la religion et l’alphabet cyrillique ont tenu à l’écart, au moins depuis le schisme de 1054, des révolutions intellectuelles, spirituelles et politiques que connurent les Européens convertis au catholicisme puis à la Réforme (qui, comme l’a montré A.S. Khomakiov, n’est qu’une réforme interne au catholicisme, réforme dont la poussée s’arrêta aux portes de l’Europe orthodoxe comme devant un mur de béton) est la dernière pièce du puzzle qui permet une analogie quasiment mystique entre le Ve et XXIe siècle.
La Russie, puisqu’il s’agit d’elle, et malgré toutes ses faiblesses : démographie catastrophique, absence de tissu industriel, présence de plus en plus massive de musulmans russes et d’Asie centrale, a décidé de continuer à perpétuer le rêve impérial. Par là même, elle redevient un acteur quand l’Europe de l’Ouest n’est plus qu’un enjeu, situation recréant donc la dichotomie de l’Antiquité tardive. Dans cette optique, les États-Unis endosseraient plutôt le rôle de l’Empire perse sassanide.
Pour la seconde fois, l’Empire d’Occident, qui avait disparu une première fois sous sa forme étatique mais s’était reconstitué, sous une forme civilisationnelle, par le truchement de l’Église catholique romaine, est donc en train de s’écrouler.
mercredi 15 juillet 2009
La Halde, une pieuvre au service de la police de la pensée unique
Europae Gentes
Article de Frédéric Pichon publié le 15 juillet 2009
« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil. »
Ce poème de Ronsard, l’un des plus beaux textes de la littérature
française pourra-t-il encore être enseigné à nos chères têtes blondes ?
La Halde a estimé que ce texte véhiculait « une image somme toute très
négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien
de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et
chercher d’autres textes présentant une image plus positive des seniors
pour contrebalancer ces stéréotypes ».
C’est dans le cadre d’un appel d’offre lancé par la Halde,
que l’Université Paul Verlaine-Metz a concocté, pour la modique somme
de 38.000 euros une étude de 207 pages sur "la place des stéréotypes et
des discriminations dans les manuels scolaires". Cet exemple que l’on
pourrait prendre dans un premier temps pour un poisson d’avril n’est
qu’un exemple parmi tant d’autres du florilège de la Halde.
La Halde est une autorité administrative indépendante qui a été créée
par la loi du 30 décembre 2004 avec notamment pour mission de faire
entrer dans les faits le « principe d’égalité » et dispose pour cela de
pouvoirs d’investigation. Elle est dirigée par Louis Schweitzer, ancien
PDG de Renault qui s’est illustré dans la casse sociale du célèbre site
de Vilvoorde en Belgique et en imposant la langue anglaise dans les
réunions de conseils d'administration de la firme . Il arrivait en tête
en 2006, des salariés les plus riches de France avec 11,9 millions
d'euros, notamment grâce à une "belle plus-value de stock-options".
Condamné dans l’affaire des écoutes téléphoniques illégales par le
tribunal correctionnel de Paris le 9 novembre 2005, il bénéficiera de
la loi d’amnistie et sera dispensé de peine.
Une autorité administrative indépendante qui se prend pour le
commissaire du gouvernement : une ingérence dans les décisions
judiciaires.
Créée fin 2004, la Halde ne tardera pas à sévir tant dans les
entreprises que devant les Tribunaux. En mars 2005, le Rectorat de
l’Académie Nancy-Metz avait refusé à l’association homosexuelle
Couleurs Gaies l’agrément qui devait lui permettre sous couvert de
lutte contre l’homophobie dans les lycées de faire du prosélytisme en
faveur des pratiques homosexuelles. Déboutée par le Tribunal,
l’association avait interjeté appel. La Halde, avait décidé de soutenir
l’association durant l’audience à la Cour Administrative d’Appel
estimant que le rectorat avait usé de pratiques discriminatoires dans
le traitement du dossier de demande d’agrément et adopté « des
positions dogmatiques et rétrogrades en total décalage avec l’évolution
de notre société ».
Était également reprise la théorie du gender selon
laquelle « l’orientation sexuelle s’impose à l’individu, elle ne se
choisit pas ». Ainsi, non seulement la Halde recommande plus que
fortement de se conformer à l’air du temps et l’inéluctable sens de
l’histoire. Mais de surcroît, elle prétend s’ériger en autorité
scientifique voire métaphysique en remettant en cause l’élément
structurant de toutes les sociétés humaines - la différence parmi les
différences pour reprendre l’expression de l’anthropologue
Levi-Strauss- à savoir la distinction homme/ femme. Certes, les statuts
prévoient qu’elle peut, à certaines conditions, donner son avis à
l’audience. En effet, les juridictions civiles, pénales ou
administratives peuvent, lorsqu’elles sont saisies de faits relatifs à
des discriminations, d’office ou à la demande des parties, inviter la
Haute autorité ou son représentant à présenter des observations. La
Haute autorité doit être représentée à l’audience par un agent muni
d’un pouvoir spécial. Et les observations émises par la Haute autorité
doivent, en tout état de cause, être soumises à la discussion des
parties.
Cependant, dans les esprits, la confusion est souvent entretenue entre
un avis ou une délibération de la Halde et une décision de justice.
Combien de fois n’aperçoit-on pas dans des quotidiens sérieux parler de
« jugement » de la Halde, laissant ainsi croire que ces « avis »
deviendraient ainsi des sources de jurisprudence ? Il en va de même
avec ses pouvoirs d’enquête qui ne sont pas encore - mais pour combien
de temps? - aussi étendus que ceux d’un officier de police judiciaire
agissant en vertu d’une réquisition judiciaire ou dans le cadre d’un
flagrant délit. En tout état de cause, la faculté donnée à la Haute
autorité de présenter des observations devant les juridictions ne lui
confère pas la qualité de partie à l’instance ce qu’a souvent tendance
à oublier la Halde.
La Halde au dessus des lois
La Halde ne se contente pas de s’ingérer dans les décisions de justice,
elle prétend également dicter ses choix idéologiques au législateur en
remettant des principes fondamentaux du droit public. Ainsi, le 15
avril 2009, la Halde a proposé de supprimer les conditions de
nationalité pour l'accès à la fonction publique. Elle « admet »
cependant une « exception » pour ceux relevant de la souveraineté de
l’état et de l’exercice de la puissance publique (ouf ! sans cette
réserve, on aurait imaginé un fondamentaliste de nationalité afghane
saisissant la Halde pour avoir été écarté par un bureau de recrutement
de l’armée de terre !).
A ce stade, on peut se demander si la
nationalité ne constitue pas en soi une discrimination puisque par
définition, elle distingue ceux qui sont nationaux de ceux qui ne le
sont pas.
Pour la Halde, Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme
La revue Gasface, spécialisée dans le hip-hop, avait récemment défrayé
la chronique en titrant en couverture son dernier numéro : « Faut-il
avoir peur de ces enculés de Blancs ? » Un rédacteur du site Novopress
Aquitaine avait décidé de saisir la Halde à la suite de cet article. Le
29 novembre 2008 il recevait une lettre signée de la directrice
juridique adjointe de la Halde. Dans sa réponse, elle indiquait que la
Halde ne pouvait poursuivre le magazine incriminé car « les propos ou
images à caractère raciste ne constituent pas une discrimination ».
Pourtant qu’est ce que le racisme sinon le fait de discriminer une
personne en raison de son appartenance ou non appartenance à une race ?
Ce raisonnement n’est malheureusement pas seulement partagé par la
Halde. Car il y a un « bon racisme » dirigé contre les français, les
européens, les blancs et les chrétiens et un racisme forcément mauvais
lorsqu’il est dirigé contre la France de la « diversité ».
Ainsi la 17ème Chambre correctionnelle saisie d’une plainte pour
discrimination contre l’Oréal, a-t-elle débouté l’Agrif de sa demande
et l’a au surplus condamnée à des frais pour procédure abusive. En
l’espèce, Jean-Paul Agon, président de l’Oréal, dans le cadre d’une
interview accordée au journal Le Monde le 13 juillet 2007 avait déclaré
: « Aujourd’hui, lorsque nous rencontrons un candidat qui a un prénom
d’origine étrangère, il a plus de chance d’être recruté que celui qui
porte un prénom français de souche ». L’Agrif dont l’objet est de
lutter contre les discriminations anti-chrétiennes et le racisme
anti-français, avait fait citer L’Oréal pour provocation à la
discrimination.
Par une pirouette, contraire à sa jurisprudence habituelle en la
matière, la 17ème correctionnelle estimait que l’Oréal n’entendait pas
susciter un sentiment de rejet à l’encontre des français de « souche »
mais plutôt favoriser un équilibre et s’inscrivait dans le cadre d’un
libre débat public. On imagine la sanction de la 17ème correctionnelle
si un patron se vantait dans les colonnes d’un quotidien de n’embaucher
en priorité que des français de souche ou des chrétiens. Il reste que
la Halde dont le rôle est de lutter contre les discriminations à
l’embauche, est resté étonnamment muette dans cette affaire. Comme le
disait La Fontaine « Selon que vous serez puissants ou misérables, les
jugements des Tribunaux et des Cours vous feront blancs ou noirs ».
On pourrait d’ailleurs mettre en parallèle l’affaire de l’Oréal avec
celle de la revue Gasface. Dans le premier cas, la 17ème « botte en
touche » en relevant qu’il y a certes discrimination positive mais pas
d’appel à la haine raciale. Dans l’affaire Gasface, la Halde –qui n’est
pas rappelons une juridiction- ne s’estime pas valablement saisie car
elle ne s’estime compétente que pour les cas de discrimination et non
de racisme. Bref, on met la poussière sous le tapis pour ne pas relever
l’évidence de racisme ou de discrimination anti-français. En réalité,
il ne s’agit à l’évidence pas d’un organisme objectif et impartial,
soucieux de rechercher le bien commun en supprimant d’éventuelles
injustices, mais bien d’une machine de guerre idéologique et nihiliste
dont le but est la destruction de tous les repères fondamentaux de la
cité et de l’identité des « autochtones ».
Des recommandations qui ressemblent fort à de la censure
C’est dans le cadre des recommandations relatives aux manuels scolaires
que la Halde dévoile ses velléités totalitaires. Dans le cadre de son
étude réalisée avec l’université Paul Verlaine-Metz relative à "La
place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels
scolaires", on peut relever les perles suivantes : « Il paraît donc
nécessaire de créer une instance chargée de l’observation des manuels
scolaires. Composée de divers spécialistes - et à ce titre les
personnels de la Halde pourraient éventuellement y trouver leur place –
le “comité de vigilance” serait un compromis acceptable entre le
respect de la liberté d’édition et le besoin d’évaluation ». Comme le
faisait remarquer François Devoucoux du Buysson, co-fondateur de
l'Observatoire du Communautarisme « Pas besoin d’être grand clerc pour
deviner que ce « compromis acceptable » ne tardera pas à faire primer
le « besoin d’évaluation » sur la « liberté d’édition ». Pour ceux qui
auraient la naïveté d’en douter, la dernière phrase du rapport lève
toute ambigüité : « Le “comité de vigilance” pourrait également être
saisi par la société civile et serait chargé d’étudier des cas
litigieux en terme de non respect de la diversité ».
Pourquoi pas un
comité de salut public avec le pouvoir de juger et d’exécuter les
coupables sur le champs ?
De même, page 130, on lit une vive critique d’un manuel
d’histoire-géographie qui met en parallèle une photo de la mosquée
d’Omar à Jérusalem et la cathédrale de Chartres au motif que « le choix
d’illustrer l’islam à partir d’une mosquée située hors du territoire
national contribue à renforcer, dans le contexte du document, le
stéréotype selon lequel l’islam est une religion étrangère à la France
». Ce qui fait dire à François Devoucoux de Buysson : «Si la Halde suit
son étude à la lettre, Clovis et Charles Martel ne devraient pas tarder
à être expulsés des manuels d’histoire… ». On attend avec impatience
les commentaires de la Halde sur « le marchand de Venise » de
Shakespeare.
L’hétérosexisme voilà l’ennemi
Mais le dada de la Halde, c’est la lutte contre l’homophobie. La palme
du grotesque est franchie lorsque la Halde croit débusquer l’«
hétérosexisme » insidieusement caché dans les manuels de SVT qui
n’envisagent les comportements sexuels des animaux que sous un angle
hétérosexuel : « Les relations homosexuelles ne sont guère plus
évoquées dans le cadre de la sexualité des animaux comme l’attestent
les extraits issus de différents manuels : “le rat est attiré par la
rate en chaleur” (SVT section Terminale S, édition Bordas) ; “les
grillons mâles attirent leurs femelles par leur chant” “les mammifères
femelles en période ovulatoire recherchent et acceptent les mâles” (SVT
4e éditions Nathan, 2007). Ces ouvrages font bien référence aux
comportements sexuels des animaux, mais l’attirance pour le sexe opposé
est l’unique conduite envisagée. » Est-il besoin de commentaires ?
Des méthodes contestées
C’est dans le
domaine dit du « testing » que la Halde démontre ses qualités de
délateur public. Le testing est utilisé pour prouver la sélection à
l’entrée de discothèques, de restaurants ou des entreprises sur des
critères discriminatoires. Cette méthode a été validée par la Cour de
cassation comme moyen de preuve. Le principe consiste à envoyer pour un
même poste deux CV identiques, l’un avec un nom à consonance étrangère,
l’autre avec un nom français. Ainsi la Halde recourt à des sociétés
privés pour réaliser ces enquêtes de « testing ». Récemment le Canard
enchaîné a révélé l’attribution du marché du testing (plus de 570 000
euros) à une PME liée à Jean-François Amadieu, membre du conseil
consultatif de la Halde. Cette enquête a été critiquée non seulement en
raison des méthodes d’attribution du marché mais également en raison de
la méthodologie utilisée. Plusieurs des faux CV ne correspondaient pas,
selon les entreprises, au profil du poste proposé. Publiés en mars
2008, les résultats de cette « enquête » stigmatisent alors trois
sociétés pour lesquelles « un écart apparaissait au détriment des
candidats d’origine africaine pour le site Accor, et au détriment des
candidats plus âgés pour le Crédit Agricole et Mercuri Urval », selon
Louis Schweitzer.
La méthode utilisée pour le recueil des données est
contestée. Il s’agit ni plus ni moins que de fabriquer de faux CV et
d’ouvrir de fausses lignes de téléphone portable pour faire suite à de
vraies annonces pour de faux candidats à de vrais postes. Accor, une
des cibles de la Halde démonte le procédé : « 57% des faux CV de
candidats d’origine africaine ou maghrébine n’étaient pas accompagnés
de lettre de motivation, contre 47% de ceux des « Jean Dubois » bien
français ». D’où un taux de recrutement forcément en faveur de ces
derniers.
Ces faits, révélés par le Canard enchaîné en avril 2008, ont conduit la
Halde à repousser la publication des résultats et à écarter près de 20
% des CV de l’enquête. Quant à la réunion entre des responsables des
entreprises concernées et la Halde, elle a manqué de tourner au pugilat…
Tel le monstre du Professeur Frankenstein, la Halde ressemble à une
créature démente dont la course folle semble ne plus pouvoir être
arrêtée. Elle prétend déroger à tous les principes essentiels de
procédure, elle s’ingère dans les décisions de justice, dicte ses
positions idéologiques au législateur et voudrait parfois s’arroger les
pouvoirs de police. Elle ne peut qu’aboutir à un résultat inverse à
celui recherché qui est le bien commun : la suspicion, l’injustice, la
délation, le ressentiment de ceux qui se sont exclus de son champs de
protection pour des raisons idéologiques.
Il est plus que temps de
dissoudre la Halde.
lundi 13 juillet 2009
Michael Jackson
Polémia
Article de Alain de Benoist publié le 11 juillet 2009
Le monde survivra-t-il à la mort de Michael Jackson ? C’est la
question qu’on peut se poser après avoir vu déferler à l’échelle
planétaire une vague de « Jacksonmania » en comparaison de laquelle l’«
Obamania » de ces derniers mois ne fut qu’une plaisanterie. Dès
l’annonce de la mort du chanteur, toutes les chaînes de télévision du
monde, ou peu s’en faut, se sont transformées en « Jackson channels »
– breaking news oblige. Certaines d’elles, depuis, ne
diffusent plus que des clips de l’inventeur du Moonwalk.
En France, les
grandes chaînes généralistes ont elles aussi immédiatement changé leurs
programmes, faisant disparaître pendant plusieurs jours toute
information qui n’émanait pas de Neverland. Plus un mot sur la
situation en Iran, sur la guerre en Afghanistan, sur les attentats en
Irak. Priorité à Michael Jackson !
Depuis, les reportages et les hommages se succèdent en boucle tandis
que, de Los Angeles à Tokyo en passant par Paris, Bueno Aires ou
Nairobi, des rassemblements spontanés réunissent des centaines de
milliers d’hallucinés munis de leurs téléphone portables et de leurs
lecteurs de mp3. On saura tout sur Jackson, ses origines, sa carrière,
ses changements de peau, ses succès (750 millions de disques vendus),
ses ultimes répétitions, ses derniers instants, ses enfants, ses
finances, son héritage. On saura tout parce qu’il faut tout savoir. Le
tout noyé dans un déluge de dithyrambes et d’hyperboles. Le plus grand
chanteur, les plus grosses ventes, le plus génial, le plus créateur, le
plus, le plus…
Cet émoi planétaire laisse songeur. Le talent, réel ou supposé, de
Michael Jackson n’est pas en cause, pas plus que ses capacités de
chanteur (et surtout de danseur). Ce qui est en cause, c’est le
traitement de l’information par les médias. Car le fait est là : aucun
événement dans le monde n’a reçu une telle « couverture » médiatique
depuis les attentats du 11 septembre 2001. Aucun. Si elles se
produisaient demain, la mort d’Obama, celle de Poutine, celle du Pape,
feraient dix fois moins de bruit. Beaucoup de journalistes
professionnels en conviennent d’ailleurs : comment serait-il même
techniquement possible de donner plus de rentissement à quoi que ce
soit ? D’où la question : la mort de Michael Jackson est-elle vraiment
ce qui s’est passé de plus important dans le monde depuis dix ans ?
Les commentaires des « fans » les plus hystériques donnent eux aussi à
réfléchir. Depuis la Californie, les télévisions les ont fait se
succéder devant la caméra pour rivaliser d’affirmations délirantes : «
Le plus grand chanteur de tous les temps », « L’homme le plus important
depuis Jésus-Christ », « C’est la mort d’un génie », « Il faudra des
années pour surmonter ce deuil », etc. Pour les funérailles de « Bambi
», près d’un demi-milliard de demandes de tickets ont été enregistrées
dans le monde. Les enchères sur e-Bay sont montées à 100 000 dollars
pour un ticket. Aux États-Unis, où l’hystérie semble être une
composante de la vie sociale, on compte déjà plusieurs dizaines de
suicides.
La planète vacille. Naissance d’une nouvelle religion !
Ce n’est certes pas d’hier que des foules immenses sont prêtes à
traverser le monde pour assister à un grand événement sportif ou
musical, alors que les partis politiques, les syndicats et les Eglises
ne touchent plus grand monde – ce qui signifie aussi quelque chose.
Mais là, en matière de démesure, toutes les frontières ont apparemment
été franchies.
La distraction, c’est cela. La
distraction au sens pascalien : ce qui distrait en détournant du reste.
Ce qui fait tout disparaître sous l’agitation des paillettes, du bruit,
des lumières multicolores et des clips. Le diversity management que seuls de pervers blasphémateurs peuvent vouloir troubler.
En septembre 1995, 500 hommes politiques et dirigeants économiques de
premier plan s’étaient réunis à San Francisco sous l’égide de la
Fondation Gorbatchev pour confronter leurs vues sur le monde futur. La
plupart tombèrent d’accord pour affirmer que les sociétés occidentales
étaient en passe de devenir ingérables et qu’il fallait trouver un
moyen de maintenir par des procédés nouveaux leur sujétion à la
domination du Capital. La solution retenue fut celle proposée par
Zbigniew Brzezinski sous le nom de « tittytainment ». Par ce terme
plaisant, il fallait entendre un « cocktail de divertissement
abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de
bonne humeur la population frustrée de la planète ».
« We are the world! », chantait Michael Jackson. Quel
monde ?
Le monde du tittytainment. Un monde sans issue de secours.
Soyons franc : on ne se sent pas tellement heureux d’habiter un monde
où désormais rien, strictement rien, ne compte plus que la mort d’un
roi de la pop music.
samedi 4 juillet 2009
L’axe paneuropéen Paris - Berlin - Moscou
Article de Georges Feltin-Tracol publié le 4 juillet 2009
En 2002 sortait Paris - Berlin - Moscou par Henri de Grossouvre (1). Un an après, l’actualité semblait avaliser cette perspective avec le refus de la France, secondée par l’Allemagne et la Russie, de cautionner l’aventure étatsunienne en Irak. Cependant, l’invasion de ce pays, puis l’arrivée à la Chancellerie et à l’Élysée d’atlantistes patentés avortèrent cette tentative embryonnaire et surtout de circonstance. Sept ans plus tard, Marc Rousset relance le concept qui présente l’avantage de dépasser à la fois le strict souverainisme national et l’utopie mondialiste.
Imposant, l’ouvrage est aussi stimulant. Nourri par les lectures d’Yves-Marie Laulan, Samuel Huntington, Julien Freund, Carl Schmitt, Alain de Benoist, Régis Debray, Emmanuel Todd, etc., Marc Rousset prend note de l’échec essentiel de la présente construction européenne et offre une alternative : l’axe paneuropéen Paris - Berlin - Moscou.
La Françallemagne ou le chaos multiculturel
Hostile à l’adhésion turque, l’auteur s’inquiète de la sous-natalité des Européens et de son terrible corollaire, l’immigration extra-européenne de peuplement. Pour lui, les petits égoïsmes nationaux devraient s’estomper au profit d’une réconciliation des « deux poumons » de l’Europe : l’ensemble occidental romano-protestant et son pendant oriental orthodoxe. L’auteur de La nouvelle Europe de Charlemagne (1995) conçoit l’Europe de l’Ouest comme un espace « néo-carolingien » polarisé par l’unité politique étroite entre Paris et Berlin. Marc Rousset veut la Françallemagne.
« Y aura-t-il un jour un État franco-allemand comme il en fut naguère de l’Autriche-Hongrie ? La France et l’Allemagne constituent une continuité spatiale de plus de cent quarante millions d’habitants. La restauration de l’espace communautaire franc est la tâche dévolue tant aux Français qu’aux Allemands. Elle est la condition préalable à toute unité européenne […]. La France et l’Allemagne sont liées par une Schicksalgemeinschaft, une “ communauté de destin ”, affirme-t-il » (p. 133) (2). Plus loin, il ajoute sans hésiter qu’« il n’y a que la Françallemagne augmentée éventuellement de l’Italie, de l’Espagne, des États de Bénélux et de l’Autriche pour présenter un bloc suffisamment homogène, puissant et crédible, capable de s’appuyer ou de s’allier avec la puissance russe » (p. 532).
Or l’homogénéité ethnique, gage et/ou facteur de la puissance selon l’auteur, est-elle encore possible quand on connaît la déliquescence multiraciale de nos sociétés ? « Une société multi-ethnique conduit tout droit inexorablement, au mieux à des troubles et des affrontements, au pire au chaos et à la guerre civile, car il lui manque la philia, la fraternité sincère, réelle et profonde entre les citoyens » (p. 523), observe-t-il avec lucidité. Une France européenne ne présuppose-t-elle pas au préalable le retour au pays massif et inconditionnel des allogènes ?
Marc Rousset dénonce avec raison l’islamisation du continent, mais il ne voit pas que ce phénomène n’est que la conséquence inévitable de l’immigration. Plus grave, l’auteur reproduit sur l’islam les lieux communs les plus banaux. Il apporte son soutien à Robert Redeker, grand contempteur naguère du mouvement national. Il assimile l’islamisme à un « nouveau totalitarisme » (p. 300) ou à un « fascisme vert » (p. 301), ce qui est erroné et préjudiciable. La notion de totalitarisme fait l’objet de discussions animées au sein de la communauté historienne. Quant à assimiler l’islamisme au fascisme, n’est-ce pas s’incliner devant l’« antifascisme » obsessionnel et perdre une nouvelle bataille du vocabulaire (Mussolini n’est pas Ben Laden !) ? Enfin, vouloir, à la suite de quelques musulmans « éclairés », un « islam des Lumières » (p. 290), n’est-ce pas une ingérence dans une matière qui n’intéresse pas au premier chef les Européens ? Est-il vraiment indispensable de promouvoir la modernisation et/ou l’occidentalisation de l’islam, c’est-à-dire la contamination de cette religion par le Mal moderne, matérialiste et individualiste ?
L’économie comme instrument de la puissance
La dépression démographique n’est pas le seul défi à une possible entente paneuropéenne. Suivant le prix Nobel d’économie Maurice Allais, l’auteur conteste le libre-échange et la mondialisation, la « fuite des cerveaux » et la désindustrialisation. Il rappelle qu’« avec la délocalisation de son tissu industriel et depuis peu de ses services informatiques et de gestion, l’Europe perd chaque année des centaines de milliers d’emplois. Ce furent d’abord les emplois les moins qualifiés. Ce sont aujourd’hui des métiers à haute technicité qui sont externalisés vers l’Asie » (p. 49). Il s’effraie par ailleurs de la généralisation des emplois précaires du fait de la concurrence exacerbée planétaire aussi bien là-bas, où le pauvre hère travaille dix heures par jour pour un salaire misérable qu’ici, avec la pression exercée sur les rémunérations par les étrangers clandestins délinquants réduits en esclavage par un patronat immonde. Il craint en outre que l’essor des services à la personne ne soit « favorisé [que] par le contexte d’inégalité sociale croissante » (p. 55). Bref, « il est vital pour l’Europe de ne pas rester à l’écart du monde industriel moderne, de concevoir un développement industriel fort, créateur d’emplois pour la prochaine génération, d’assurer un renouvellement de son tissu manufacturier » (p. 56), clame cet ancien directeur général chez Aventis, Carrefour et Veolia.
Cependant, l’industrie et le tertiaire à haute valeur ajoutée ne doivent pas mésestimer la caractère stratégique de l’agriculture. À rebours des thèses sociologiques du « déversement » d’un secteur vers l’autre ou d’une activité agricole surproductiviste et sans presque de paysans, on a la faiblesse de croire qu’une économie humainement satisfaisante suppose un équilibre entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Les questions agricole et nutritionnelle sont en passe de devenir des enjeux majeurs du XXIe siècle. Avec la maîtrise de l’eau douce et le contrôle des ressources naturelles énergétiques, la quête de terres arables devient une priorité, car elles sont à l’origine, par l’auto-suffisance qu’elle induit, de la souveraineté alimentaire. Signalons que dans cette recherche bientôt éperdue, l’Europe détient un atout considérable avec les immenses Terres noires fertiles (Tchernoziom) de Russie et, surtout, d’Ukraine (3). Ce simple fait inciterait l’Europe, la France et l’Allemagne, à régler en arbitres le contentieux entre Moscou et Kyiv afin de rendre effective une entente géopolitique respectueuse de tous les peuples.
Surmonter les querelles nationales !
Concernant les relations tumultueuses entre l’Ukraine et la Russie, notre désaccord est total avec Marc Rousset. S’appuyant sur l’historiographie conventionnelle française, il mentionne la « Russie de Kiev » alors que le terme « Russie » n’apparaît qu’en 1727. Il aurait été plus juste de parler de « Rous’ » ou de « Ruthénie ». Certes, « pour les Russes, l’Ukraine est une partie intégrante de la Russie, une simple annexe de Moscou » (p. 363). Cela implique-t-il de nier l’existence du peuple ukrainien ? Marc Rousset le pense puisqu’il affirme que « l’identité ukrainienne n’existe pas. Cette identité, exception faite de la Galicie, est une variante de l’identité russe et non une nationalité constituée qui s’interposerait durablement entre Russie, Pologne et Slaves du Sud » (p. 367). Ignore-t-il que la langue ukrainienne s’est formalisée deux décennies avant la langue russe ? L’auteur se fourvoie quand il explique que « le russe et l’ukrainien sont si proches que deux locuteurs parlant chacun sa langue se comprennent sans interprète » (p. 367). Autant écrire qu’un Castillan et un Catalan (ou un Français et un Italien) se comprennent sans mal… relevons une autre erreur : « à Kiev, il est difficile de trouver un panneau autre qu’en russe » (p. 366). En réalité, l’ukrainien domine largement l’espace public de la capitale de l’Ukraine. Sait-il enfin que les dirigeants de la « Révolution orange », Viktor Ioutchtchenko et Yulia Timochenko, viennent des confins orientaux, russophones, du pays et non de Galicie ?
L’axe paneuropéen ne pourra pas faire l’économie d’une résolution équitable et sereine des lancinantes questions nationalitaires inter-européennes. La nouvelle Europe Paris - Berlin - Moscou compenserait par son existence la complexe problématique impériale russe. Les Russes n’ont toujours pas fait le deuil de leur empire, tsariste puis soviétique, d’où cette politique agressive envers l’étranger proche (4) qui, par méfiance, se place sous la protection illusoire de l’O.T.A.N. Le projet paneuropéen de puissance transcenderait la frustration légitime de nos amis russes en un salutaire désir de renaissance géopolitique tant pour la Russie que pour les Allemands et les Français.
Comment alors acquérir cette puissance ? Force est de constater qu’à part les Russes, Français et Allemands ne se préoccupent guère de ce sujet. Le confort émollient de la Modernité les châtre psychologiquement. L’héroïsme est dévalorisé, remplacé par l’héroïne. En Afghanistan, les soldats allemands protestent contre leurs conditions de vie qu’ils jugent trop sommaires (5). Plus de soixante ans de rééducation mentale commencent à se payer et l’addition sera lourde. Idem pour la France. Le salut viendrait-il de la guerre économique mondiale ? En effet, le « nouveau continent » appliquerait la préférence communautaire, l’autarcie des grands espaces, le patriotisme économique et une coopération franco-germano-russe fort intense. « Il est temps que la France, l’Allemagne et la Russie coopèrent davantage pour de grands projets dans de nombreux d’une façon volontariste, que l’Eurosibérie se décide à enrayer son déclin, que les jeunes Européens désabusés, à l’égoïsme matérialiste hypertrophié, sortent de la torpeur passive et annihilante de la société de consommation futile et frustrante avec ses gadgets inutiles et loufoques, de l’idéologie américaine de la marchandise passion avec l’argent pour seul horizon, se guérissent d’une certaine forme de sida mental conduisant au renoncement à leur identité propre, à un idéal, au dépassement de soi » (p. 12). De ce fait, face à la montée des périls vitaux, « les Européens doivent […] se tourner vers les occidentalistes de la Russie, pousser les feux d’une réconciliation russo-ukrainienne et russo-géorgienne en lieu et place de la gifle inacceptable, du casus belli, que représenterait pour la Russie l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’O.T.A.N. » (p. 527).
Quel avenir pour le continent paneuropéen ?
L’enjeu est considérable. « L’Europe doit-elle être simplement un sous-ensemble d’un empire transatlantique à direction américaine, ou est-elle, au contraire, un moyen pour les nations européennes de contrebalancer, avec l’aide de la Russie, les menaces […] ainsi que le poids de “ l’Amérique-monde ” ? L’Europe occidentale doit-elle, tel un paquet bien ficelé, continuer à être intégrée au One World dirigé depuis Manhattan ? » (p. 12). Anxieux, Marc Rousset se demande si l’idée européenne « serait un moyen de créer enfin cette “ Troisième Rome ” dont ont toujours rêvé séparément la France, l’Allemagne et la Russie » (p. 198). « Cette Eurosibérie, prévient-il, serait véritablement indépendante, ne menacerait personne, mais personne également, que ce soit la Chine, les États-Unis ou l’Islam ne pourrait non plus véritablement indépendante la menacer. C’est pourquoi la France et l’Allemagne devraient remodeler l’architecture européenne en concertation avec la Russie » (pp. 198 - 199).
On retrouve encore dans ce plaidoyer l’impératif démographique. Marc Rousset rappelle que l’Extrême-Orient russe est un quasi-désert humain tandis que sur l’autre rive de l’Amour vivent des millions de Chinois. Une alliance avec la Françallemagne renforcerait la Russie face à Pékin. « Un droit à l’occupation doit donc être reconnu aux peuples européens sur l’espace allant du nord du Portugal au détroit de Behring, en incluant le Nord-Caucase et la totalité de l’espace sibérien. Sur cet espace, cinq cents millions d’Européens et cent cinquante millions de Russes devraient pouvoir prolonger jusqu’à Vladivostok les frontières humaines et culturelles de l’Europe » (p. 46).
Il importe néanmoins de ne pas confondre les thèses de Marc Rousset avec les visions de Guillaume Faye ou les ratiocinations d’Alexandre Del Valle. « Nous croyons en l’Eurosibérie comme un simple concept géographique, mais en aucun cas à un empire eurosibérien qui aurait pu être réalisé par l’U.R.S.S. si elle avait gagné la Guerre froide et occupé l’Europe de l’Ouest. L’Eurosibérie de facto et de jure avec une seule capitale ne peut être réalisée que par une nation dominante disposant des ressources militaires, humaines et naturelles nécessaires, ce qui n’est le cas aujourd’hui d’aucune nation européenne, Russie incluse » (p. 532).
Dans ce cadre grand-européen, quelle en serait la langue institutionnelle et véhiculaire ? Sur ce point, M. Rousset surprend ! Il dénie tout droit à l’anglais d’être la lingua franca de l’Europe-puissance. Il soutient le multilinguisme, mais se détourne des langues vernaculaires, ce qui est dommage. Est-il partisan du retour au latin ? A priori oui, mais, après un examen minutieux, il l’estime inadapté à notre époque. Le français aurait-il toute sa chance comme le suggéra naguère l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine ? Ce serait l’idéal parce que la langue de Stendhal est réputée pour sa richesse, sa clarté et son exactitude. Marc Rousset craint néanmoins qu’on accuse la France d’impérialisme linguistique. Il se déclare finalement favorable à l’espéranto. Envisagé comme une langue universelle, l’espéranto est surtout une marque du génie européen. Il serait une langue utilitaire européenne appropriée qui ne froisserait aucune susceptibilité linguistique tant nationale que régionale. On ne peut que partager ici son choix.
La nouvelle Europe sur terre et… sur mer !
Le destin de la nouvelle Europe Paris - Berlin - Moscou serait-il uniquement continental, terrien ? Marc Rousset n’en doute pas et reprend à son compte la célèbre dichotomie géopolitique entre la Terre et la Mer. Or l’Union européenne dispose d’un domaine d’Outre-mer (dont de nombreux archipels non peuplés), ce qui en fait potentiellement la première puissance maritime au monde. Il est fâcheux que l’auteur accepte cette opposition désormais classique, mais fallacieuse. Non, la France n’est pas qu’une « nation terrienne » (p. 36) ! Au-delà des succès navals de Louis XVI et des échecs en mer de Napoléon Ier, rappelons que l’amiral Darlan joua un rôle capital dans la création d’une remarquable flotte de guerre à la fin de la IIIe République. Des remarques similaires s’appliquent à la Russie qui dispose d’une immense façade littorale arctique prise jusqu’à maintenant plusieurs mois par an par les glaces. Mais si le fameux « réchauffement climatique » se manifestait, la Russie ne deviendrait-elle pas de fait une puissance navale ? Songeons déjà qu’au temps de l’Union soviétique, les navires de l’Armée rouge patrouillaient sur toutes les mers du globe, preuve manifeste d’une indéniable volonté thalassocratique…
Il ne faut pas que ces quelques critiques gâchent le thème central de l’essai de Marc Rousset. Il a écrit, il y a neuf ans, Les Euroricains qui était un cri d’alarme contre la « yanquisation » du « Vieux Monde ». À cette colonisation globale, il apporte maintenant une solution envisageable à la condition que les hommes politiques saisissent le Kairos et que s’établisse sur tout notre continent une communion d’esprit bien aléatoire actuellement. Le dilemme est posé : nos contemporains accepteront-ils d’être des sujets transatlantiques ou bien des citoyens paneuropéens ? Accepteront-ils l’abêtissement ou le redressement ? Comprendront-ils enfin que la France et l’Europe, que nos nations et l’Europe ne s’opposent pas, mais se complètent ? Louis Pauwels concluait son « Adresse aux Européens sans Europe » par cette évidence : « Qui s’étonnerait, à y bien regarder, du peu de patriotisme de la jeunesse française ? Trop peu d’Europe éloigne de la patrie. Beaucoup d’Europe y ramène. Ils seront patriotes quand nous serons européens. » (6)
Notes
1 : Henri de Grossouvre, Paris - Berlin - Moscou. La voie de l’indépendance et de la paix, L’Âge d’Homme, 2002.
2 : On peut dès lors très bien imaginer que Strasbourg devienne la capitale françallemande, ce qui faciliterait le transfert à Bruxelles de toutes les institutions européennes.
3 : Consciente de la qualité des Tchernoziom et de la question alimentaire, la Russie entend redevenir un grenier à blé. Elle a ainsi affiché une ambition agricole nouvelle à l’occasion du Forum mondial céréalier de Saint-Pétersbourg des 6 et 7 juin 2009. Moscou envisagerait de créer avec d’autres puissances céréalières une « O.P.E.P. des céréales » (voir Le Monde, 6 juin 2009).
4 : On appelle « l’étranger proche » les États issus de l’éclatement de l’U.R.S.S. et que le Kremlin considère comme son aire d’influence traditionnelle.
5 : in Le Figaro, 18 juin 2009. Le général quatre étoiles Wolfgang Schneiderhan, inspecteur général de la Bundeswehr, vient de déplorer publiquement les jérémiades permanentes des soldats allemands envoyés en opérations extérieures. La vraie guerre ne ressemble jamais aux jeux vidéo, ni aux films d’Hollywood.
6 : Louis Pauwels, Le droit de parler, Albin Michel, 1981.
• Marc Rousset, La nouvelle Europe Paris - Berlin - Moscou. Le continent paneuropéen face au choc des civilisations, Godefroy de Bouillon, 2009, 538 p., préface de Youri Roubinski, 37 €.
lundi 29 juin 2009
« La préférence nationale : réponse à l'immigration » : un classique à redécouvrir
Polémia
Article de Guillaume Bénec’h publié le 28 Juin 2009
Il y a vingt cinq ans deux livres majeurs furent consacrés à la question immigrée.L’immigration, une chance pour la France de Bernard Stasi. La préférence nationale : réponse à l’immigration de Jean-Yves Le Gallou et du Club de l’Horloge.
C’est l’ouvrage de Bernard Stasi qui servit de référence aux politiques
suivies par tous les gouvernements successifs. Mais c’est dans La préférence nationale : réponse à l’immigration que se trouvent le bon diagnostic et le principe susceptible de permettre une maîtrise du phénomène migratoire.
Passons sur le diagnostic : échec des politiques d’intégration, « choc
de l’islam », risque pour la paix civile, coût économique et social,
tout ce qui était décrit ou anticipé dans l’ouvrage du Club de
l’Horloge s’est vérifié. Et l’analyse n’a pas pris une seule ride !
Reste la question centrale, le principe de « préférence nationale » est il encore pertinent aujourd’hui ?
La réforme du code de la nationalité
Une première remarque s’impose. Les auteurs de La Préférence nationale
soulignaient l’importance d’une réforme du code de la nationalité. Ils
proposaient de la fonder sur la logique suivante : être Français, cela
s’hérite (par la naissance de sang français) ou cela se mérite (par
l’assimilation).
Le gouvernement Chirac de 1986/1988 s’essaya d’ailleurs à une timide
réforme du code de la nationalité avant d’en confier l’étude à une «
commission de la nationalité ». Celle-ci sous l’impulsion d’Alain
Finkielkraut et de Dominique Shnapper (la fille de Raymond Aron) se
rallia à une conception abstraite de la nationalité : être Français se
résumait pour eux à une vague adhésion aux valeurs républicaines.
Et
c’est ainsi que la nécessaire réforme du code de la nationalité n’eut
pas lieu : vingt ans plus tard plusieurs millions de personnes ont
juridiquement la nationalité française…sans être Français par
l’origine, la culture, la civilisation ni même souvent le sentiment
d’appartenance (sauf pour bénéficier des avantages statutaires et
sociaux de leur situation).
La préférence nationale, un concept qui reste pertinent
Pour autant, faut-il remiser au magasin des accessoires le concept de
préférence nationale ? Sûrement pas, pour au moins quatre raisons :
1/ D’abord, et malgré le poids des règles d’accession laxistes à la
nationalité, plus de 90% des Français par la nationalité restent
aujourd’hui encore de civilisation française. Légiférer en leur faveur
ne paraît donc pas absurde.
Préférence nationale à l’emploi
2/ De plus - et à tout prendre - il vaut mieux réserver un certain
nombre d’avantages aux nationaux français (fussent-ils de culture
étrangère à la France) que de les ouvrir à des étrangers qu’on incite
ainsi à venir en France.
Avec pour conséquence d’aggraver encore le poids démographique,
économique et social de l’immigration. Soyons concret : il est
particulièrement déraisonnable d’accorder des emplois à des étrangers
venus d’Afrique, du Maghreb ou de Turquie, alors qu’il y a des
centaines de milliers de chômeurs dans les cités de banlieues.
3/ Dans beaucoup de pays du monde la crise économique provoque
d’ailleurs une revendication croissante de préférence nationale à
l’emploi : c’est le cas notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne,
en Irlande, en Australie. Pourquoi la France ne se rallierait-elle pas
cette tendance montante ?
Mettre en panne les pompes aspirantes de l’immigration
4/ D’une manière plus générale l’expérience des politiques conduites
depuis trente ans montre qu’il est vain d’espérer maîtriser les flux
migratoires par les contraintes réglementaires et policières. Une seule
politique a des chances d’être efficace : celle consistant à mettre en
panne les pompes aspirantes de l’immigration et à faire en sorte qu’il
cesse d’être « rentable » d’immigrer en France. Cela suppose la mise en
œuvre de la préférence nationale, non seulement à l’emploi mais aussi
pour les prestations sociales (RSA, prestations familiales, aides
sociales, etc.…).
On le voit la « Préférence nationale » reste un concept d’actualité. La
réédition - sur Internet - de l’ouvrage éponyme est donc une excellente
chose. Pour se réapproprier l’essentiel en matière de politique
d’immigration.
La préférence nationale : réponse à l’immigration : un classique à redécouvrir.
Jean-Yves Le Gallou, La préférence nationale : réponse à l’immigration, Albin Michel, 1985, 272p. (épuisé). A rechercher chez les marchands de livres anciens et d’occasion.
En édition internet sur PDF (avec défilement des chapitres) :
http://www.polemia.com/pdf/prefnat.pdf
http://www.kalam-livres.com/index.php?page=preference-nationale-reponse-limmigration-gallou-domrobert-gall-albin-michel-2226022333-p-952.html%3F


