Le blog de Yann Redekker

Un regard neuf sur une vieille idée : la Nation

13-06-08

La patrie trahie par la République

Jean_RaspailLe Figaro

Article de Jean Raspail publié le 17 juin 2004 dans Le Figaro. L'article quatre année plus tard garde toute sa force et son actualité...

J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d’un colis piégé. Difficile de l’aborder de front sans qu’il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C’est pourtant l’interrogation capitale. J’ai hésité. D’autant plus qu’en 1973, en publiant Le Camp des saints, j’ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.

Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu’« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d’une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu’au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié - la plus âgée - de la population du pays, le reste étant composé d’Africains, Maghrébins ou Noirs et d’Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l’islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer(1).

La France n’est pas seule concernée. Toute l’Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas - rapport de l’ONU (qui s’en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment -, mais ils sont systématiquement occultés et l’Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l’Europe des Quinze est l’un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme...

Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’homme, de « l’accueil à l’autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique charité chrétienne, n’auront plus d’autre ressource que de baisser les bras et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050. Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français - et pas nécessairement tous de race blanche - qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.

Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte - je cherche un terme approprié - d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.

Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l’autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?

Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l’ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait l’espèce française et n’annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé. Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr...

Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’éternelle qui révulse les belles consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française.

Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini, on le sait jusqu’à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie, idéologie avec un grand « I », l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République... »

Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)

Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée. »

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01-06-08

Réalisme socialiste ou ciné-réalité ?

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Article de Elisabeth Lévy publié le 1er juin 2008

Sean Penn avait annoncé une palme d’or politique. Elle fut politiquement correcte. Dans ce registre, aucun poncif ne nous a été épargné depuis que le jury cannois, dirigé par une grande conscience de l’Amérique, a accordé sa plus haute distinction au film de Laurent Cantet tiré du livre de François Bégaudeau, Entre les murs. Un festival de bons sentiments, de propos édifiants et de jeux de mots à deux balles – comme “la grande classe”. Que Jérôme Béglé, mon confrère de Paris Match, soit remercié pour avoir produit une fausse note dans ce concert si consensuel que cela en devient comique. De retour de Cannes, Béglé a ironisé sur la schizophrénie du festivalier contraint de compatir aux malheurs du monde le jour et de noyer sa compassion dans le champagne la nuit. Elle est pas belle, la vie ?

Après d’atroces hésitations, on décernera la palme du commentaire benêt à la journaliste qui, sur France Inter, a découvert avec effroi “une situation totalement anachronique” : “Derrière la Palme d’or et son tapis rouge se cachent des sans-papiers.” “Il est primé à Cannes et sa mère n’a pas de papiers.” S’il est encore permis de faire appel à la raison, on aimerait comprendre le rapport entre la performance d’acteur du fils et le statut juridique de la mère. Encore qu’il y en a un : la France étant, et c’est heureux, l’un des pays les plus généreux du monde, toute personne entrée sur le territoire national peut inscrire ses enfants à l’école.

Le législateur peut décider demain que le fait d’avoir des enfants scolarisés en France donne le droit d’y rester – ce qui reviendrait peu ou prou à renoncer à avoir une politique migratoire. En attendant cette “avancée” (qu’aucun gouvernement de gauche ou de droite n’a jusque-là proposée), on se contentera d’inscrire l’obtention d’une Palme d’or à Cannes dans la liste des motifs de régularisation automatique. Ainsi, peu à peu, disparaîtra, au grand soulagement de notre compassionnelle consœur, “cette situation anachronique” que l’on nomme frontière. Il faut saluer la candeur et la franchise d’une militante de RESF (Réseau Education sans Frontières), laquelle, stimulée par l’intervieweuse, lâche le morceau. Petit dialogue bien plus instructif qu’il n’y paraît.

“RESF est habitué à tout mais là, disent-ils, on est vraiment dans l’envers du décor”, s’émeut la journaliste qui pléonasme à tout-va sur les “futures stars en herbe” (ou alors, elle veut parler de nourrissons). C’est pas marrant, l’envers du décor.
“Cela paraît étonnant, répond la militante, que dans un monde où l’on nous parle de paillettes et de stars, la réalité ce soit autre chose.

Elle a raison, cette dame. Le réel, c’est étonnant. Et bien embêtant. Surtout quand il y a des enfants. Merde au réel, vive le décor : avec les mômes, il faut du gentil. De l’édifiant. Du benettonnisme bon teint. D’ailleurs, Bégaudeau l’a dit : c’est un film destiné à l’édification des vieux. Il s’agit de leur montrer que, contrairement à ce que disent les anachroniques, les jeunes sont sympas. Ainsi que me l’a obligeamment soufflé Marc Cohen, Entre les Murs, ce doit être une version des Choristes pour lecteurs de Télérama et de Libération – qui, eux aussi, ont droit à leur shoot de bonne conscience malheureuse.

Cela n’a échappé à personne : Entre les Murs est un film à message. Et même à multi-messages. Ce sont ces messages que célèbrent les commentateurs. Et ce sont ces commentaires que l’on prétend ici analyser. François Bégaudeau aimerait que personne ne s’exprime avant d’avoir vu le film. Il me pardonnera de ne pas céder à cette injonction et de trouver ses interventions et d’autres fort intéressantes par elles-mêmes. Elles méritent donc d’être décryptées. Il n’est pas exclu que le film, échappant au didactisme de ses auteurs, soit réussi – et on le souhaite ardemment.

En attendant de voir le film, la vague Entre les murs a valeur de symptôme. Laissons la parole à un journaliste du Parisien qui s’est étourdiment réjoui de la mort du cinéma : “Sean Penn, laissera sur la Croisette sa signature de Zorro, privilégiant un cinéma à double vocation, politique et sociale.” On craignait que le cinéma soit un art, ce truc bourgeois, voire élitiste, en tout cas vieux, qui prétend parler du monde à travers des situations et des personnages inventés. Nous voilà rassurés. Retour au bon vieux temps du réalisme socialiste, avatar vingtièmiste de la littérature édifiante du XIXe. On ne risque pas de revoir un mauvais coucheur dans le genre de Pialat gagner la Palme d’or.

Au cas où cela aurait échappé à quelques téléspectateurs distraits, le film palmé entend être un plaidoyer pour “la richesse de la diversité culturelle”, selon Nicolas Demorand, une ode à “la sociologie bigarrée”, pour Bégaudeau. Il est assez rigolo, d’ailleurs, d’observer à quel point le thème de la diversité fait l’unanimité, jusque dans les rangs du gouvernement qui s’est empressé de voler au secours de cette victoire. En somme, plus on est divers culturellement, plus on se doit d’être idéologiquement homogène. Entre les murs, on cultive l’entre-soi.

On s’en veut de gâcher telle fête en rappelant, par exemple, que le film défend un des points de vue qui s’affrontent dans le débat sur l’Ecole. Ce point de vue a autant de légitimité que ceux auxquels il s’oppose – cela ne lui donne pas valeur de vérité, n’en déplaise à François Bégaudeau qui semble penser pour sa part que la distinction accordée par Sean Penn – “un homme connu pour être nerveux en matière de politique” – devrait réduire au silence “ceux qui parlent de l’Ecole sans y mettre les pieds”. Il est surprenant qu’un professeur décrète, l’air de rien, la nullité d’une longue tradition appelée “pensée critique” et qui suppose, justement, la mise à distance. Au passage, si le seul point de vue légitime sur un phénomène, une institution ou une situation est celui des acteurs, il va falloir songer à une reconversion expresse pour les journalistes. Et au fait, il y était, Tolstoï, avec les armées napoléoniennes ?

Bégaudeau a raison : ainsi que l’a judicieusement noté un éditorialiste du Républicain lorrain, la Palme d’or consacre “un peu la revanche de l’Education nationale sur la Culture”.

Les déclarations de Cantet et de son principal acteur permettent de se faire une idée de la thèse du film : en somme, tout ne va pas si mal à l’école. “Face aux fondamentalistes de l’école républicaine, il fait partie des réalistes qui pensent que l’école doit s’adapter et non exclure. Il récuse la baisse de niveau, récuse toute nostalgie, ne prône pas l’approche exclusive de la langue française par les grands textes”, résume parfaitement Le Monde. On ne sait si Bégaudeau prône l’instauration de cours de langue SMS, mais il ne cache pas la raison pour laquelle il a écrit son livre : “J’en avais assez de tous ces livres de profs qui se réduisent à des essais au ton apocalyptique. Ils filtrent la réalité pour la faire correspondre à leurs a priori idéologiques, le plus souvent réactionnaires”, déclarait-il en mars 2006, dans un chat commun à Télérama et au Monde. Il va sans dire que l’optimisme progressiste de l’auteur ne révèle aucun a priori idéologique. Le metteur en scène n’a-t-il pas estimé (sur Canal +) que son film était “porté par des évidences” ? Et comme on sait, les évidences ne se discutent pas.

Il est bien dommage, cependant, que le mouvement lycéen ait cessé au moment même où Sean Penn et son orchestre décernaient un brevet d’universalisme à la jeunesse française en lutte. “Espérons que Xavier Darcos a entendu le message”, a souligné Demorand face à un Laurent Cantet qui n’en demandait pas tant. “Pensez-vous que ce film devrait être projeté dans toutes les classes de France ?”, s’est pour sa part enquis un journaliste de Canal + qui sait au moins manier l’interrogation rhétorique. Christine Albanel a trouvé l’idée bonne, tandis que le ministre de l’Education nationale s’arrachait un commentaire ému sur “l’hommage rendu à tous les professeurs de France”. On se demande pourquoi l’Elysée n’a pas encore annoncé qu’Entre les murs serait désormais inscrit au programme, de la 6e à la terminale.

De plus, grâce au film, les jeunes issus de milieux défavorisés ont désormais un modèle de réussite alternatif à celui du footballeur (dont on ne dit pas assez à quel point il est discriminant pour les filles). Presque toutes les “futures stars en herbe” se rêvent désormais en acteurs, ce qui signifie, selon un de leurs camarades, interrogé par Le Parisien, qu’ils vont peut-être “arriver en limousine et avoir des gardes du corps”. A une jeune comédienne qui, dans le film, déclare qu’elle veut être policier, Sean Penn a dit : “Je ne parle pas aux flics.” Compris, les mômes ? On ne vous a pas récompensés pour faire n’importe quoi.

Puisqu’il s’agit de cinéma, il serait dommage de ne pas souligner à quel point la forme du film est cohérente avec le fond annoncé. Cantet insiste sur le fait que son film est une fiction. Sans doute. Certains professeurs trouveront même qu’il s’agit de science-fiction. Il n’en a pas moins choisi un dispositif hybride, au croisement du documentaire et de la fiction. “Le Festival est capable de supporter, et même de très bien réagir, une forte dose de réalité”, s’enflamme Thomas Sotinel dans Le Monde, la preuve de la réalité étant, suppose-t-on, la présence de “vrais gens”, en l’occurrence un vrai prof (ou presque) et d’authentiques élèves – dont la plupart se sont déclarés bien décidés à ne pas le rester trop longtemps. On connaissait déjà le docu-fiction qui permet à un auteur de donner à une thèse les couleurs de la vérité. Laurent Cantet vient d’inventer le ciné-réalité.

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18-05-08

Les trotskystes, larbins avoués de Mendès-France et de Mitterrand en 1968

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Article de Gustave Lefrançais publié le 18 mai 2008

Dans le film de Philippe Harrel, Mémoires de mai, diffusé sur Canal Plus pour la première fois le mardi 13 mai 2008 et qui sera rediffusé à plusieurs reprises, Monsieur Henri Weber, ancien dirigeant de la J.C.R., ex-auteur avec Monsieur Alain Krivine d’un livre intitulé Mai 68, une répétition générale aux Éditions Maspero, et aujourd’hui sénateur socialiste, a reconnu, deux fois de suite, que « notre perspective » (sic !) c’est à dire celle de la J.C.R. était en mai 1968 d’amener Mendès-France et Mitterrand au pouvoir et que « cela avait failli réussir ».

Comme on le voit, on est donc là très loin d’une lutte radicale visant à renverser l’empire de la marchandise. Monsieur Henri Weber trotsko-capitaliste en 68, socio-capitaliste en 2008 vient là confirmer la vraie nature de toutes les organisations gauchistes (trotskistes, maoïstes et ex-maoïstes, anarchistes divers) qui constituent, de fait, l’extrême gauche de l’appareil politique du capital puisque toutes leurs tactiques et pratiques ne servent depuis toujours qu’à contenir, torpiller et détourner les luttes ouvrières.

En 68, c’est la C.G.T., la gauche et les gauchistes qui ensemble bien qu’en concurrence se sont employés à vouloir casser et enfermer les luttes dans une simple modernisation de la prison marchande. En 2008, Besancenot, petit télégraphiste du MEDEF, est à l’avant-poste du combat pour la régularisation des sans-papiers afin d’offrir à la classe capitaliste l’armée de réserve soumise et bon marché dont celle-ci a besoin à mesure qu’elle entend se débarrasser des vieilles contestations ouvrières européennes. Bref, la Ligue Capitaliste Révolutionnaire demeure parfaitement égale à elle-même.

Hier, aujourd’hui et demain, elle est par essence un organe cohérent de modernisation du spectacle de l’ordre marchand et elle ne vise qu’à encadrer et à saboter tout ce qui pourrait surgir contre les mensonges fondateurs et re-fondateurs de ce qui fait l’abondance tyrannique de la non vie triomphante.

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11-05-08

Russie, les impasses d’une mémoire blessée : complexe post-impérial et perspective alter-européenne

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Article de Pascal Lassalle publié le 10 mai 2008

Dans un contexte de tensions et d’incompréhension croissantes entre une Russie renaissante et un Occident américanocentré, les Éditions des Syrtes ont été bien inspirées de publier un petit essai qui tombe à pic.

Celui-ci est l’œuvre de Natalia Alexeevna Narotchnitskaïa, une des figures de proue de la mouvance patriotique russe et, de ce fait, porte-parole de bon nombre de ses compatriotes (1).

Née en 1948, personnalité éminente de l’Orthodoxie politique, cette historienne membre de l’Académie des sciences, fut élue député du parti Rodina et occupa le poste de vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères de la Douma.

Farouche partisane d’une « civilisation orthodoxe » singulière fondée sur la prédominance des Russes ethniques, Narotchnitskaïa s’est signalée par ses critiques de la globalisation et des mécanismes supranationaux.

Partisane d’un maintien des souverainetés étatiques et nationales, elle s’est fait aussi connaître par ses vigoureuses prises de positions contre la désagrégation de la Yougoslavie et l’implication de l’O.T.A.N., jusqu’à la récente proclamation d’indépendance du Kosovo.

Son premier ouvrage traduit en français est donc un événement éditorial, d’autant plus qu’elle dirige depuis peu un Institut russe de la démocratie et de la coopération basé à Paris qui vise notamment à observer les atteintes aux droits de l’homme en Occident.

Polémique et passionné, son livre, desservi par une traduction parfois approximative, se présente comme un appel véhément lancé à l’opinion publique occidentale.

Narotchnitskaïa bâtit son propos autour de la question sensible de la victoire soviétique du 9 mai 1945 au terme de cette Grande Guerre Patriotique menée contre l’envahisseur « fasciste ».

Cette dernière aurait rétabli le territoire de la Russie historique et permis à l’U.R.S.S. de retrouver son statut de grande puissance perdu en 1917, puis ultérieurement en 1990. Elle aurait, de plus, sollicité le sentiment national et la solidarité spirituelle du peuple russe.

Narotchnistskaïa s’élève vigoureusement contre ce qu’elle décrit comme des tentatives répétées de l’Occident pour ternir la mémoire de ce moment clé, celles-ci devant prouver que « le souvenir de la victoire est la pierre angulaire de la conscience nationale séculaire qui empêche la disparition de la Russie ».

Dès lors, toute ébauche de critique, qu’elle émane d’historiens dénonçant les détachements de barrage du N.K.V.D. ou de Lettons réécrivant l’histoire « à des fins politiques » est vouée aux gémonies. Ne parlons même pas du pacte Molotov - Ribbentrop et ses fameux protocoles secrets, de l’héritage de Yalta ou des thèses de l’historien allemand Ernst Nolte concernant le « nœud causal » entre communisme et national-socialisme (2).

Les pages sombres de cette période, sujets qui fâchent, sont allègrement passées à la trappe : rien sur les millions de victimes de la répression, des déportations ou du Holodomor,  la famine-génocide en Ukraine de 1932 - 1933 (3).

Bien entendu, l’auteur ne se cantonne pas à ce moment historique particulier et en profite pour dresser une vaste généalogie des agressions occidentales contre la Russie sur la longue durée, en fait depuis la fin du XIXe siècle.

Elle s’appuie, pour cela, sur une approche strictement géopolitique (thèses de Mackinder principalement) et toute une série de références glanées chez des auteurs russes autant qu’occidentaux pour démontrer la permanence d’une politique hostile de refoulement et d’affaiblissement de la Russie de la part d’un Occident souvent ingrat.

L’Allemagne et surtout les puissances anglo-saxonnes se taillent la part du lion, de la guerre balkanique de 1878 jusqu’aux tentatives d’élargissement de l’O.T.A.N. à l’Ukraine et à la Géorgie.

La plupart des faits évoqués sont fondés, mais on sent qu’ils ont été soigneusement choisis pour justifier le postulat de base, énoncé de manière totalement réductrice et passionnelle.

Pour l’auteur, les représentants du « projet antirusse du XXe siècle » combattent la transmission de la conscience russe et soviétique » car sans cela « la guerre cesse d’être patriotique, et donc les Russes du XXe siècle n’ont pas d’histoire nationale, ni de structure d’État légitimes. En conséquence, toute ingérence extérieure et toute révolte intérieure, tout séparatisme sont juridiquement valables ».

Les catégories négatives englobant les ennemis de la Russie sont bien délimitées et comprennent, outre les Occidentaux précités, les ennemis de l’intérieur comme les « libéraux occidentalistes post-soviétiques » ou les « bolcheviks internationalistes » incarnés par le trio Lénine - Trotski - Boukharine.

L’« interprétation marxiste nihiliste de l’histoire russe » sous forme de « phraséologie libérale et anticommuniste » sous l’ère Eltsine est aussi dénoncée.

Suivant ce dernier ordre d’idée, Narotchnitskaïa affirme que les diverses campagnes de propagande pour la défense du « monde libre », de la Liberté et de la Démocratie ont servi à dissimuler l’enjeu véritable de la Guerre froide, à savoir discréditer l’U.R.S.S. en la privant de son statut de grande puissance rendu par la victoire de 1945 et la refouler à l’Est, loin des mers Noire et Baltique. Cela n’est pas trop mal vu dans l’ensemble.

Cependant, s’il apparaît clairement que l’anticommunisme a bien été instrumentalisé par les États-Unis durant cette période, la réalité de la lutte entre systèmes idéocratique rivaux est un peu facilement négligée dans son argumentation.

En Occident, depuis les années 90 du siècle dernier, nous avons vu se mettre en place une réalité post-démocratique (4) avec la chape de velours du « politiquement correct », de la part d’un « Monde libre » qui n’a plus à donner le change face à « l’Empire du mal ».

Une tendance regrettable de l’auteur à essentialiser dans la durée certaines catégories historiques et politiques utilisées est décelable. C’est le cas pour la notion de « Russie historique », c’est-à-dire envisagée dans son extension territoriale maximale avec une obsession des façades maritimes baltique et méridionale, ceci avec l’idée sous-jacente que tout territoire « réuni » au noyau initial moscovite est voué à le rester éternellement.

De même, « l’espace géopolitique russe » est considéré dans sa plus grande extension, en incluant le glacis des pays du Pacte de Varsovie.

À aucun moment, l’auteur n’envisage de mettre en doute le bien fondé de ces catégories et la légitimité éventuelle des tendances centrifuges de la part des populations non russes.

Au contraire, elle affiche une nostalgie impériale décomplexée qui dépasse largement le cadre des frontières de la Fédération de Russie.

Tout cela sonne comme un air de déjà-vu et entendu, que ce soient le fameux discours de Vladimir Poutine du 9 mai 2005, les déclarations dont sont régulièrement coutumiers les officiels russes ou le nouveau manuel d’histoire de Vladislav Sourkhov.

L’ouvrage de Narotchnitskaïa a l’immense mérite de rendre ces points de vue et ces sentiments largement partagés, beaucoup plus intelligibles pour les observateurs attentifs de ce grand pays.

L’auteur donne la clé qui sous-tend sa conception du monde lorsqu’elle décrit chez ses compatriotes « un sentiment d’appartenance à une Patrie sacrée qui ne s’identifie pas à l’État » et relève d’une conscience orthodoxe inscrite dans « une perception de la continuité historique ».

Une Patrie conçue donc comme une notion métaphysique, opposée au régime du moment, fût-il celui de Staline ou de ses successeurs et contre lequel il était funeste de se dresser, que l’on s’appelle Vlassov ou Sakharov.

On retrouve ainsi dans ces propos toutes les contradictions inextricables auxquelles sont confrontés tous ceux qui, pour des raisons diverses, ont fait l’économie d’un nécessaire et véritable bilan du communisme dans l’espace post-soviétique.

Au terme d’une démonstration désireuse de montrer que les responsabilités pour les affrontements et les malentendus des siècles passés sont équitablement partagées, notre historienne invite Français et Allemands, noyau dur « carolingien » d’une avant-garde européenne chère à Henri de Grossouvre (5), à tirer un trait sur la Guerre froide en ouvrant la voie d’un véritable axe Paris - Berlin - Moscou.

Nous ne pouvons que souscrire à cela ainsi qu’à l’affirmation que les destinées de l’Europe et de la Russie sont étroitement liées.

Prenons-la au mot tout en étant bien conscients que cela devra se faire sur des bases saines, avec un inventaire historique complet et serein, bien au-delà des pathologies de la repentance en vogue en Occident, afin de sortir une fois pour toute de ce jeu de miroir mémoriel où chacun se renvoie les images douloureuses de blessures non cicatrisées.

Nos amis russes devront s’efforcer de s’extirper d’un complexe post-impérial qui les empêche d’opérer une analyse lucide du moment communiste de leur histoire, ce « passé qui ne veut pas passer », en assumant les erreurs et les crimes commis, puisque la Russie se considère elle-même comme l’héritière exclusive de l’Union soviétique.

Ils devront également reconnaître les peuples jadis subjugués comme des entités politiques, historiques et culturelles distinctes (cas notamment des Baltes, des Ukrainiens ou des Biélorusses) en rétablissant avec eux des relations normales et équilibrées, conformes à l’esprit d’un nouveau Jus publicum europaeum.

Ce qui implique d’essayer de penser l’identité russe au-delà de l’expérience historique d’un empire araseur des différences.

Cela permettrait à l’ethnos russe d’opérer un véritable un retour à une Europe envisagée comme matrice ethno-historique (nos origines boréennes) et communauté de destin communes, au sein d’un vaste ensemble intégré, afin d’affronter ensemble les immenses défis qui se profilent à l’horizon d’un nouveau siècle chaotique.

Un travail historiographique judicieusement orienté pourrait contribuer à gommer progressivement les traces durables de la longue parenthèse « asiatique » ainsi que les tentations néo-eurasistes de doctrinaires comme Alexandre Douguine ou Alexandre Panarine.

Les autres Européens devront également dépasser le moment occidental de leur histoire en mettant en œuvre cette capacité de régénération métamorphique qui leur est propre, mode de dévoilement de leur identité faustienne dont ils ont maintes fois fait preuve au cours de leur histoire multimillénaire.

Plus que jamais, veillons à ne pas renoncer au rêve d’un empire-puissance conjuguant souveraineté et subsidiarité dans une perspective alter-européenne et eurosibérienne, afin que puisse se réduire une fracture infracivilisationnelle, sciemment entretenue et instrumentalisées, entre pôles européens romano-germanique et slavo-orthodoxe.

Notes

1 : Les lecteurs russophones pourront consulter son site : http://narotchnitskaia.ru/

2 : Ernst Nolte, La guerre civile européenne 1917 - 1945, Éditions des Syrtes, 2000. Le lecteur pourra se référer également au débat entre Nolte et Dominique Venner dans Éléments, n° 98, mai 2000, pp. 22 - 24.

3 : Notons à ce sujet que la chambre basse du Parlement russe a nié le caractère génocidaire du Holodomor et condamné une instrumentalisation politique de ce drame par le gouvernement de Kiyv au moment où se tenait le sommet de l’O.T.A.N. à Bucarest, dans une résolution datée du 2 avril. Celle-ci a été soutenue par l’écrivain Alexandre Soljenitsyne qui a évoqué une « fable insensée » à destination de l’Occident, dans les colonnes des Izvestia.

4 : Voir Éric Werner, L’après-démocratie, L’Âge d’Homme, 2001.

5 : Voir Henri de Grossouvre (éd.), Pour une Europe européenne, Xenia, 2007.

Natalia Narotchnitskaïa, Que reste-il de notre victoire ? Russie - Occident : le malentendu, Éditions des Syrtes, 2008, 208 p., 18 €.

Note YR : La photographie que j'ai intégrée à l'article a été prise le ... 9 mai 2008 lors du défilé militaire devant le président Medvedev et le Premier ministre Poutine.

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09-05-08

Israël exige des autres Etats qu’ils boycottent l’Iran et… achète du pétrole iranien

P_trolePolémia

Article publié le 9 mai 2008

Israël est censé observer un boycott des plus fermes contre l’Iran, mais achète du pétrole iranien. Si vous vous êtes déjà demandé ce qu’était la définition du mot hypocrisie, vous trouverez la réponse ici.

Le mois dernier, la ministre des Affaires étrangères suisse a fait une visite en Iran et, ensemble avec le président Ahmadinejad, ils ont participé à la signature d’un contrat de plusieurs milliards d’euros pour la fourniture par l’Iran à la Suisse de grandes quantités de gaz naturel pendant les 25 prochaines années.

Le Département d’Etat américain a immédiatement condamné l’accord et a dit qu’il enquêterait pour voir s’il était en violation avec le « Iran Sanctions Act » (…) Israël s’est également plaint, décrivant la visite de la ministre suisse à Téhéran comme un « acte inamical à l’égard d’Israël ». Différentes institutions juives se sont également jointes aux protestations, dont le World Jewish Congress.

Cette vertueuse indignation était tout à fait prévisible, mais néanmoins quelque peu bizarre. Le 30 mars 2008, le journal suisse « Sonntag », en représailles, a révélé qu’Israël, censé observer un boycott des plus fermes sur tout ce qui est iranien, achète depuis des années du pétrole iranien.

L’article  est en allemand mais le journaliste israélien Shraga Elam m’a fourni une  traduction que je vais citer :

« Israël importe du pétrole iranien en grande quantité, même si les contacts avec l’Iran et l’achat de ses produits sont officiellement boycottés par Israël. Israël contourne le boycott car la livraison du pétrole se fait via l’Europe. Un bulletin israélien fiable sur l’énergie, EnergiaNews, a rapporté cela la semaine dernière (18 mars)…

« EnergiaNews a obtenu l’information sur le commerce avec l’Iran de sources ayant des liens avec la direction d’Israeli Oil Rafineries Ltd… Selon EnergiaNews, le pétrole iranien est apprécié en Israël parce que sa qualité est meilleure que d’autres pétroles bruts.

"L’article du responsable de publication d’EnergiaNews, Moshe Shalev, déclare que le pétrole iranien est livré dans différents ports européens, principalement à Rotterdam. Il est acheté par des Israéliens et les papiers nécessaires pour le chargement et les assurances sont fournis. Puis il est transporté à Haïfa en Israël. L’importateur est EAPC Eilat –Ashkelon Pipeline Co, qui tient secrètes les sources de son pétrole. »

EAPC a été crée en 1968, société israélo-iranienne, destinée au transport du pétrole d’Iran vers l’Europe. Après la chute du Shah, l’Iran a cessé de jouer un rôle actif dans ses affaires, et les relations entre les deux partenaires ne sont pas bonnes.

Toujours  selon l’article suisse :

« On ne sait pas trop si les exportateurs iraniens ont connaissance des achats de leur pétrole par les Israéliens. En revanche, les acheteurs israéliens et les institutions gouvernementales sont tout à fait au courant de la provenance du pétrole de haute qualité, bien que cela soit en flagrante contradiction avec le boycott. L’article d’EnergiaNews a même traversé les chicanes de la censure israélienne, qui a seulement demandé quelques aménagements du texte. Le fait que l’article ait été accepté par la censure accroît la crédibilité de l’information. Par le passé, de tels articles étaient interdits. »

« Quand le “Sonntag” a posé des questions à un expert en énergie d’un des journaux israéliens les plus lus, celui-ci a confirmé l’article d’EnergiaNews. Israël importe du pétrole iranien depuis de nombreuses années. L’expert a fait cependant remarquer que les achats avaient lieu sur le marché libre et non pas directement de l’Iran. »

Le « Sonntag » cite un porte-parole de Oil Refineries Ltd niant que sa société importait et transformait le pétrole iranien. Cependant, « Sonntag » publie un article paru dans le journal « Haaretz » d’octobre dernier selon lequel une société d’énergie israélienne du nom de Paz allait raffiner du pétrole iranien pour approvisionner l’Autorité palestinienne à partir de début 2008.

Cela suscite une question : si l’Iran est, comme l’affirme Bibi Netanyahu, une menace existentielle pour Israël, pourquoi son gouvernement autorise-t-il un tel commerce ? Est-ce qu’Israël fera en sorte que les Etats-Unis attaquent le programme nucléaire de l’Iran, provoquant un conflit potentiellement régional, alors qu’il ne peut pas se passer du pétrole brut de très bonne qualité de l’Iran ? On est en droit de penser que si les Israéliens tremblent de peur à l’idée d’une bombe iranienne lancée par le supra-antisémite Ahmadinejad (ce qualificatif n’est pas juste : qu’il soit antisioniste oui, antisémite non. NDT), ils ne voudraient pas commercer avec un tel ennemi.

Quand un boycott n’est-il pas un boycott ? Apparemment quand c’est dans votre propre intérêt économique de le contourner. Mais on devrait demander : Si Israël ne respecte pas son boycott autoproclamé de l’Iran, pourquoi le reste du monde devrait-il respecter le boycott du Hamas et de Gaza ? Si Israël ne respecte pas son boycott, alors pourquoi les membres du Congrès votent-ils avec l’AIPAC (puissant lobby pro-sioniste à Washington) quand il propose des mesures que même Israël enfreint ?

Il est intéressant de noter que, lors d’une discussion sur le site en hébreu de Kadima (parti du premier ministre israélien Ehud Olmert. NDT), Israël ne qualifie pas officiellement l’Iran de « nation ennemie» et que, par conséquent, dans un sens strictement légal, un tel commerce est autorisé. Ironie de l’histoire : l’Iran a aussi mis en place un boycott contre Israël, et, sur ce point, viole ses propres mesures. De plus, le même commentateur note que, la semaine dernière, Israël a dit que les tentatives de négociations avec la Syrie, lors d’un processus diplomatique, ont été un échec en raison du fait que la Syrie refuse de renoncer à ses liens avec l’Iran. Qui parle d’hypocrisie ?

Richard  Silverstein
04/04/08
The  Guardian.co.uk
Traduction  Mireille Delamarre

 

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04-05-08

Des oranges pour Brigitte Bardot ?

A_d Liberty Vox

Article de André Dufour publié le 19 avril 2008

«Notamment»


Le PS est prêt à mettre de l’eau dans son vin oppositionnel si la modification de la Constitution, concoctée en ce moment, étend le droit de vote aux «immigrés» lors des élections locales. Ce parti se garde cependant de préciser quels sont les étrangers en question. Certainement pas les Portugais, les Allemands ou les Polonais par exemple, qui, en vertu de la règle de réciprocité entre pays membres de l’UE, bénéficient déjà d’office de ce droit. «Faux culs» comme d’habitude, ces partisans du vote des étrangers n’on en effet eu de cesse de clamer que les élections locales n’ayant aucun caractère politique, les électeurs étrangers ne seront en aucun cas les arbitres de la politique française. Ce qui n’a pas empêché les mêmes socialos de présenter leur récent succès aux élections municipales comme une victoire politique. Dommage que les grands classiques soient de moins en moins enseignés dans nos écoles. On aurait pu présenter les socialos comme la chauve-souris de la fable : face aux oiseaux, ils se prétendent oiseaux par leurs ailes ; face aux souris ils se prétendent souris par leurs poils. La différence, c’est qu’au lieu de mentir à une catégorie, ils mentent à tout le monde.

C’est ce que l’on désigne communément par imposteurs. Ce qu’ils veulent, c’est le pouvoir pour caser dans des postes juteux un maximum de copains. Et le vote des étrangers se porterait majoritairement sur la gauche. «Dessine moi un électeur étranger». On m’objectera qu’en face, ce n’est guère plus reluisant ; j’en conviens mais qu’on arrête de nous faire croire que le «socialisme» n’est mû que par un idéal opposé à la «cupidité de la droite».

C’est en effet un «En bref» du Figaro du 16 avril qui me livre la clé permettant de décrypter l’objectif de la rue de Solferino. Moins cachottière que nos socialos, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (qui compte une majorité de socialos, de verts et autres alter mondialistes) a invité les 47 états membres à promouvoir l’intégration des immigrés, notamment des musulmans pour éviter qu’ils ne succombent aux sirènes de l’extrémisme. L’intégration, estiment ces parlementaires, passe par le droit de vote et l’éligibilité «au moins aux élections locales et régionales», ainsi que par une politique visant à éliminer l’inégalité des chances, (re)-notamment en matière d’emploi et de scolarité».

Nous on est plutôt pour l’intégration des immigrés, quelle que soit leur origine. Cela doit se passer, pour ceux qui en remplissent les conditions, par la voie de la naturalisation. Mais l’implantation continue, massive et massivement musulmane est justement un obstacle à l’intégration de cette population extra-européenne. Ce n’est certainement pas le droit de vote, et d’éligibilité, aux élections municipales qui évitera aux «musulmans» de succomber aux sirènes de l’extrémisme. On est du reste en droit de se demander s’il ne serait pas plus simple et plus efficace de commencer par interdire notre territoire à ces «sirènes» et d’expulser sans autre forme de procès ceux que l’on débusque chez nous. L’intégration ne commence pas par le droit de vote et encore moins par l’éligibilité.

Vote et éligibilité sont l’aboutissement de l’intégration qui se traduit par une naturalisation et non un préalable. Or si nombre d’immigrés, y compris musulmans, s’intègrent parfaitement et ne posent aucun problème, tel est loin d’être le cas pour une majorité d’entre eux. Alors, en attendant une improbable expulsion des «sirènes de l’extrémisme» qui nécessiterait un minimum de probité, de civisme et de courage de la part de ceux qui «font» la politique, tout ce que nous obtiendrons c’est un électorat communautaire, majoritairement non francophone, ne voyant de légitimité que dans les lois de l’islam et non dans celles de la République, qui élira des conseillers municipaux, régionaux et quelques maires et présidents des conseils généraux issus de l’Oumma ou soumis aux diktats de ces communautés.

L’Europe «combien de divisions» ? Très divisée. Des divisions entre francophones de culture européenne, et d’arabophones dont le Coran sera la Constitution. L’Europe sera parsemée de quelques Kosovo. Il y aura certes «intégration», mais ce sera celle de l’Europe aux normes de l’islam.


Des oranges pour Brigitte Bardot ?

Dix huit mois de prison et 15 000 € d’amende, c’est ce que requiert Madame la procureur(e) contre Brigitte Bardot. Celle-ci, présidente de sa Fondation, est une récidiviste déjà condamnée à quatre reprises à des amendes de 1500 et 5000 € pour des «propos et écrits racistes» et, par voie de conséquence, Madame la procureur(e), «fatiguée et lasse, explique qu’il est temps de prononcer des peines qui sont (sic) plus marquantes». Si nous comprenons bien, le sort d’un ou d’une justiciable dépend de l’état d’humeur, de fatigue ou des glandes d’une procureur(e).

Mais venons en aux faits dont Brigitte Bardot a à répondre  devant le tribunal correctionnel ?

Dévouée à la cause des bêtes qu’elle considère comme des êtres sensibles, elle mène, à travers sa Fondation, un combat contre toutes les cruautés à leur encontre. On se souvient par exemple de ses campagnes en faveur des bébés phoques que les chasseurs écorchent vivants pour tirer un meilleur prix de leur fourrure. Ces dernières années, elle a dénoncé la façon, qu’elle juge barbare, dont les chefs de famille musulmans, bouchers improvisés et inexpérimentés, égorgent les moutons à l’occasion de l’Aïd el Kebir. Elle rappelle qu’en France, l’abattage se pratique dans les abattoirs par des professionnels qui doivent «étourdir», anesthésier en somme, l’animal avant de l’égorger. Elle demande donc que les musulmans ne puissent s’abriter derrière des prétendues prescriptions religieuses pour se dispenser de cette mesure qui a pour objectif d’atténuer et abréger les souffrances infligées à l’animal. Tout cela peut se discuter mais où gît le racisme dans ce «délit» d’opinion ? Un musulman ferait-il preuve de racisme anticatholique en dénonçant la façon barbare dont les cochons hurlant de terreur et de douleur sont suppliciés dans nos campagnes avant d’être éventrés vifs jusqu’à la gorge ? Un juif pratiquant serait-il taxé de racisme anti-ostréiculteurs quand il rappelle que les huîtres sont consommées encore vivantes ? Il est vrai que nul n’a jamais entendu une huître exprimer sa souffrance et nul Petit Prince ne demande qu’on lui dessine un cochon.

La défense des bêtes n’est ni de droite ni de gauche et n’a rien à voir avec le racisme ou l’antiracisme, elle relève simplement de l’idée que l’on se fait du respect que l’on doit à tout ce qui vit et dont nous sommes appelés à nous nourrir ou à nous vêtir. Un animal n’est pas seulement une source incontournable de protéines sur pattes indispensables à notre alimentation. Les religions disposent du reste d’assez de théologiens capables de faire évoluer les coutumes et les adapter à l’idée que nous nous faisons de l’animal.

Toutes ces considérations ont, en 2006, conduit Brigitte Bardot, elle aussi «fatiguée et lasse» devant la lâche inertie de nos autorités face à des pratiques qu’elle juge inutilement cruelles et barbares, à écrire, en sa qualité de présidente de sa Fondation éponyme, au ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy à l’époque. «Il y en a marre, lui écrit-elle, d’être menés par le bout du nez par cette population qui nous détruit, détruit notre pays en nous imposant ces actes». Cette lettre est reproduite dans le bulletin intérieur destiné aux adhérents de sa Fondation.

Or cette démarche ne vise pas toute la population musulmane mais uniquement la part, non négligeable il est vrai, de cette dernière qui ne se soumet pas aux directives et prescriptions de nos services sanitaires. C’est aussi une protestation contre le ministre de l’intérieur pour son inertie, pour ne pas dire sa complaisance, face aux manquements à nos règles sanitaires. Serait-ce un délit qui se paie de 18 mois de prison et de 15 000 € d’amende ? Au point où nous en sommes et considérant la nouvelle fonction de Sarkozy, pourquoi pas l’écartèlement ?

Mais des circonstances aggravantes semblent justifier la sévérité de la procureur(e). Le Monde du 15 avril, reprenant je crois une dépêche de l’AFP dont ce journal «de référence» pourrait bien être l’inspirateur, écrit «… elle a également fait parlé (sic) d’elle en épousant un sympathisant du Front National (parti pourtant parfaitement légal à notre connaissance) bien qu’elle ait toujours démenti soutenir ce parti d’extrême droite». «Si ce n’est toi, c’est donc ton mari».

Nous ignorerons toujours si Brigitte Bardot est poursuivie pour son hostilité à certaines pratiques bouchères, ou pour en avoir marre, ou pour avoir épousé un sympathisant du Front National. Mais il semble vraisemblable que pour mériter l’indulgence du tribunal, elle aurait mieux fait d’épouser un sympathisant de la LCR ou d’Action Directe.

 

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Pour la société fermée

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Article de Georges Feltin-Tracol publié le 1er mai 2008

En 1945, Karl Popper publiait La Société ouverte et ses ennemis. Il y défendait une société démocratique, dominée par le libre choix des individus. Soixante ans plus tard, ses épigones n’en ont retenu qu’une glorification de la « modernité » et une hostilité pathologique envers tous les « conservatismes » et autres réticences politico-historiques à la mondialisation « bénéfique ».

Alors que se termine la première décennie du XXIe siècle, force est de constater l’échec de cette utopie occidentale louée tant par les mondialistes libéraux que par les altermondialistes égalitaires qui, d’accord sur les fins, ne divergent que sur des moyens, des méthodes et la mise en œuvre ! La crise pandémique des crédits immobiliers hypothécaires d’origine étatsunienne, la hausse vertigineuse des énergies fossiles, l’explosion de la demande énergétique mondiale, le commencement de la pénurie alimentaire, la spéculation boursière sur les matières premières agricoles, les dérèglements climatiques, le remplacement du paysan par l’agriculteur quand ce n’est pas par l’agro-industriel, la montée en puissance des nouveaux pays industrialisés / pays émergents issus de l’ancien Tiers-Monde (Chine, Inde, Brésil) pulvérisent le mythe de la mondialisation bienfaisante et accélèrent le cours de l’histoire.

Les nuages noirs s’amoncellent à l’horizon de nos civilisations sophistiquées qui risquent de connaître à brève échéance de formidables tempêtes. Comment réagiront nos peuples et, en particulier, les classes moyennes fiscalement pressurées (rackettées ?), en voie de marginalisation, quand s’installeront de force les « réfugiés climatiques », éclateront d’effroyables conflits pour la maîtrise de l’eau, des ressources naturelles et des terres arables ; quand le litre d’essence s’élèvera à cent euros et que les structures étatiques s’effondreront ? On peut envisager - et espérer - que paysannerie survivante, monde salarié martyrisé et classes moyennes paupérisées délaisseront la dissidence pour la rébellion et exigeront le retour à des sociétés fermées.

Ce désir impérieux de fermeture se manifeste dès à présent chez nos voisins italiens. Les élections législatives et sénatoriales des 13 et 14 avril 2008 expriment une prise de conscience populaire qui a surpris jusqu’aux commentateurs politiques. Avec un résultat national de 8,3 % (alors qu’elle ne présentait aucun candidat au Centre et au Sud de la péninsule), trois millions d’électeurs, soixante députés et vingt-six sénateurs, la Ligue du Nord d’Umberto Bossi devient la troisième force d’Italie, derrière Le Peuple de la Liberté de Silvio Berlusconi et le Parti démocrate de Walter Veltroni. En usant d’une thématique qui fit naguère les belles heures du frontisme en France, la Lega Nord a « développé un profil ouvriériste, en valorisant son enracinement populaire », écrivent fort justement Francesco Ronchi et Jérôme Fourquet (1).

Mais ce n’est pas la seule explication. À l’heure où, en Île-de-France, les Français de racines européennes assistent, stupéfaits, à la collusion entre un patronat, fidèle à ses habitudes négrières et avide de profits immédiats, et des étrangers clandestins - dits « sans- papiers » - soucieux de se faire régulariser avec l’appui de la grosse presse libérale-libertaire qui assène, conséquente avec elle-même, que « dès lors que l’on plaide pour l’ouverture des frontières, la mondialisation plus ou moins heureuse et la circulation sans entrave des marchandises, comment les refuser aux hommes ? » (2), en Padanie, la Ligueidentitaire et « communautaire » s’inscrit sociologiquement et électoralement dans une perspective ou « communautariste ». Pour Angelo Panebianco, « le communautarisme territorial qui l’inspire lui permet de se mouvoir “ comme si ” les populations représentées étaient en leur sein homogènes. Pour l’inter-classisme communautaire, si le territoire est gagnant, ses habitants le sont aussi » (3). Que cela peut-il bien signifier ?

Francesco Ronchi et Jérôme Fourquet apportent une réponse pertinente. « La progression de la Ligue, loin de témoigner d’une “ gauchisation ” de son électorat (très peu de ses électeurs se positionnent en effet à gauche), pourrait plutôt signifier l’émergence d’une nouvelle ligne de fracture dépassant le clivage gauche - droite pour se reconfigurer sur l’opposition entre les tenants d’une société ouverte et d’une société fermée demandant protection face à la mondialisation » (4). Les auteurs de ce très remarquable article concluent par la renaissance intellectuelle du protectionnisme.

En effet, l’organisation économique de l’Italie septentrionale relève du « modèle industriel alpin » : un tissu dynamique de P.M.E. - P.M.I. à capitaux familiaux qu’on apparente au modèle industriel choletais et vendéen. Or ces entreprises alpines souffrent du désintérêt de l’État, par ailleurs défaillant et inefficace, qui préfère dialoguer avec les multinationales. Si « le “ travaillisme ” de la Ligue s’est structuré autour de l’alliance entre patrons et ouvriers dans la perspective de défendre le monde de l’usine face à la désindustrialisation et à la compétition internationale » (5), c’est peut-être aussi dû à la prise de position iconoclaste de Giulio Tremonti dans son ouvrage, La Peur et l’Espoir, paru au cours la campagne électorale.

Qu’écrit donc le très probable Grand Argentier du gouvernement Berlusconi ? « Le marché, l’idéologie totalitaire inventée pour gouverner le XXIe siècle, a diabolisé l’État et presque tout ce qui était public ou communautaire, en mettant le marché souverain en position de dominer tout le reste. Maintenant, on ne peut plus dire que c’était la ligne juste, la seule ligne. […] L’Europe que nous voulons est certes une Europe avec des portes, à condition qu’elles ne soient pas toujours ouvertes, et de surcroît seulement vers l’intérieur. […] La bataille contre la suprématie des marchés doit commencer » (6).

Les électeurs padans (ou padaniens) ont saisi l’importance des enjeux. Ils comprennent que la compétition économique mondial et le déferlement migratoire allogène sont deux facettes d’une seule et même réalité : une ruée sans fin à la réification du monde, à l’effacement voulu des frontières, à la disparition programmée des identités. Leur vote anticonformiste conteste donc cette course folle vers l’anéantissement et l’indifférenciation. Constatant l’impéritie de l’État national italien et l’inanité d’une construction européenne devenue maboule, ils se retranchent derrière cet « État-fantôme », cette « cryptarchie » (7) qu’est la Padanie.

C’est par ignorance que la presse française qualifie la Ligue du Nord d’« anti-européenne », elle dont le journal La Padania se revendique mitteleuropéenne ! Les journalistes hexagonaux oublient qu’aux débuts des années 1990, Umberto Bossi soutenait l’intégration dans la zone euro de la seule Italie septentrionale et réclamait une constitution pour l’Europe. S’il s’est ravisé depuis, c’est parce qu’il a réalisé que la présente Union européenne cherche à enfermer les peuples dans un vaste bagne avant de les broyer (de les génocider ?). Loin d’être anti-européens, la Lega et son « Sénateur » sont surtout alter-européens, partisans d’une Europe libre des peuples européens.

Le refus de la mondialisation libérale-oligarchique va de pair avec le rejet d’entériner le projet multiculturel métisseur.
Les électeurs du nord de l’Italie ont su établir les correspondances nécessaires entre une hausse des prix vertigineuse, une immigration de peuplement inacceptable et un effondrement des salaires devenus seules variables d’ajustement dans un environnement économique ouvert à tous les délires concurrentiels. Oui, comme l’évoque depuis plusieurs années Emmanuel Todd, le protectionnisme revient à la grande frayeur des profiteurs de la mondialisation ! Que les Européens redécouvrent donc Colbert, List et Schacht, retrouvent les vertus de la frontière et se ferment aux soubresauts d’une économie planétaire totalement déboussolée !

Notes:
1 : Francesco Ronchi et Jérôme Fourquet, « La Ligue du Nord, artisan du succès de la droite en Italie », in Le Figaro, 19/20 avril 2008.
2 : Laurent Joffrin, in Libération, 18 avril 2008.
3 : Angelo Panebianco, « La Ligue du Nord, populiste, populaire et incontournable », in Courrier International, 24 - 29 avril 2008.
4 : Francesco Ronchi et Jérôme Fourquet, art. cit.
5 : Francesco Ronchi et Jérôme Fourquet, art. cit.
6 : Passages traduits et cités par Le Monde, 20 mars 2008.
7 : Sur cette notion, lire Bruno Fuligni, L’État c’est moi. Histoire des monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirate , Les Éditions de Paris - Max Chaleil, 1997.

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28-04-08

Agression textuelle à Libé

SuedoiseCauseur

Article de Marc Cohen publié le 28 avril 2008

Les privilégiés qui ont la chance de me connaître le savent : peu de choses m’agacent autant que le pathos dans la presse.
Du JT de Claire Chazal aux éditos des Inrocks, qu’il s’agisse du Darfour ou de l’anorexie, c’est à sa capacité de s’indigner et de nous indigner qu’on distingue aujourd’hui le professionnel de talent. Et si je me laissais aller, en réaction au flux incessant des citations à compatir, j’en finirais par trouver les famines anodines, les Boulogne Boys spirituels et les dirigeants chinois sévères mais justes (quoique sur ce dernier point, je pense grosso modo la même chose quand je ne me laisse pas aller, mais personne n’est parfait…)

Eh bien, pour une fois, mes idées en la matière progressent ! Voilà comment Libération du mercredi 23 avril rend compte du meurtre d’une étudiante suédoise : “Vendredi soir, Susanna est rentrée seule en taxi d’une boîte de nuit parisienne “La Scala”. Mais elle n’est jamais arrivée à destination. Son corps a été retrouvé samedi, en partie brûlé, les mains menottées dans le dos dans la forêt de Chantilly.”

Jusque-là, rien d’anormal – si ce n’est en matière de ponctuation et de syntaxe. Mais l’affaire rebondit dans la suite de l’article : “En février dernier, il était arrivé une mésaventure similaire à une autre Suédoise. Elle avait emprunté un taxi en région parisienne puis avait été violée.”

Vous avez bien lu : mésaventure. Le viol, une mésaventure ? Cette approche semble novatrice dans un quotidien d’ordinaire plus sensible aux “droits des femmes” et aux arguments de leurs “défenseures”. A preuve, voici les titres et les chapeaux des premiers articles obtenus en cherchant “viol” dans les archives de Liberation.fr :

Mésaventure 1 : “La religion du silence fissurée par les plaintes des élèves : Procès. Jugé pour viol, un enseignant de Saint-Germain-en-Laye a écopé de huit ans de prison. Au collège de St-Erembert, tenu par les oratoriens, on pétrit des principes. On aime la discrétion et on abhorre le scandale. On éduque aussi des enfants1.”

Mésaventure 2 : “Congo : le viol, arme de guerre. Les violences faites en toute impunité aux femmes par les milices et les armées régulières détruisent les familles et, au-delà, la société2.”

Mésaventure 3 : “A Tawilah, les femmes entre viol et silence. Les réfugiées sont des proies faciles pour les mercenaires du pouvoir de Khartoum3.”

Mésaventure 4 : “Anita, expulsable, accuse un policier de tentative de viol. Une Serbe de 20 ans dit avoir été agressée au centre de rétention de Bobigny à l’été 20054.”

De fait, dans les colonnes du journal, tous les articles traitant d’agressions sexuelles se situent dans les mêmes registres linguistique et éthique, et pour cause : à Libé, on ne badine pas avec ces choses-là. Le viol y est toujours évoqué pour ce qu’il est : un acte de barbarie. A ma connaissance, il semble que jusque-là, cette règle n’avait souffert aucune exception.

Alors on est obligé de se poser quelques questions. Pour quelles raisons un crime est-il soudainement déclassé en mésaventure ? Ou pour quelle déraison ?

Est-ce parce que le violeur n’était ni enseignant dans une école catholique, ni mercenaire soudanais, ni policier à Bobigny ? Ou bien parce que la victime ne vient ni de Serbie, ni du Congo, ni du Darfour ? Et la nationalité suédoise de la victime est-elle une circonstance atténuante au point de transmuter la barbarie en fantaisie ?

En ce qui me concerne, je ne crois pas que cette banalisation d’un crime soit intentionnelle. Je plaide la bavure. Un journaliste un peu plus ignare que la moyenne, un chef de service un peu plus bourré que d’habitude, et hop, le coup est parti !

Et honnêtement, je crois qu’il n’y aurait pas eu cette bavure si le bourreau avait appartenu au camp des salauds habituels ou si la victime était issue d’une “minorité sensible” ; auquel cas, il se serait forcément trouvé quelqu’un, dans la longue chaîne qui va de la dépêche AFP à l’article imprimé, pour tirer le signal d’alarme. Manque de bol, une étudiante suédoise, ça ne suscite pas immédiatement la vigilance citoyenne et les flots d’adjectifs indignés qui vont de pair. Une étudiante suédoise, c’est tout juste si ça réveille quelques souvenirs de films polissons des années 60.

En cas de viol, mieux vaut ne pas appartenir à une minorité insensible.

1 Libération, 24 novembre 2007.

2 Libération, 8 mars 2007.

3 Libération, 20 mars 2007.

4 Libération, 9 août 2006

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27-04-08

Mai 1968 ou le vide en héritage

Mai_68

Causeur

Article de Cyril de Pins publié le 20 avril 2008

Nous sommes les héritiers de mai 68 c'est indubitable. Mais nous ne nous sommes plus que cela. Ceux qui, comme moi, sont nés après 1970, n’ont reçu en héritage que ce que leur a légué la génération précédente, celle qui avait une vingtaine d’années lors des réjouissances printanières où tant de gens ont cru voir une révolution. Et cet héritage est bien pauvre : il consiste en une propension juvénile à la déploration et à la dénonciation publique, en une confiance illimitée et aveugle en la jeunesse et en soi, en une détestation de principe de l’autorité et en un rejet haineux du passé.

“Du passé faisons table rase”, disait l’Internationale, Mai 1968 et ses petits soldats lyriques l’ont fait, en braillant : “Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.”

Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est assez réussi : plus un élève qui ne sache qui est Danton ou Marat, plus un élève qui sache distinguer une église romane d’un lavoir, plus un élève qui sache même qui furent Lénine et Mao. Les élèves font désormais le même usage de l’histoire que celui de leurs ainés : l’histoire n’est bonne qu’à proposer les ébauches imparfaites de notre modernité

Il était frappant, lors du mouvement anti-CPE, d’observer le mimétisme des enfants et voire des petits enfants des “révolutionnaires” de Mai, qui n’avaient qu’une idée en tête, répéter Mai.

Il serait intéressant, en ces temps de commémoration lyrique, de soumettre les jeunes générations à une petite épreuve. Elle consisterait à leur faire lire les slogans inscrits sur les murs des rues et des universités en 1968 et à leur demander ce qu’ils en comprennent. On se rendrait alors compte qu’ils n’y comprennent rien, ni le sens, ni, plus grave, l’humour souvent référentiel (notamment des citations de Saint-Augustin, Napoléon, Ambrose Bierce, Alphonse Allais, etc.)

Enfants gâtés de l’histoire, ils furent la première génération depuis la nuit des temps qui ne connut pas la guerre, ni même sa menace – tandis que la génération précédente avait encore connu la guerre d’Algérie –, ils furent la dernière génération à connaître une telle prospérité et ce qui l’accompagnait, à savoir des carrières nombreuses et brillantes possibles à une époque où tout se développait et s’élargissait : les entreprises, les universités, les Grandes Ecoles, etc. Ajoutons qu’ils ne connurent pas, dans leur jeunesse, la psychose sexuelle induite par l’apparition du SIDA.

Gâtés par l’histoire, ils le furent aussi par l’instruction. Les premiers, ils reçurent si nombreux une excellente formation classique (latin, grec, littérature classique, une belle langue française, etc.) et les derniers, ils reçurent l’héritage populaire de nos provinces, ses langues (dialectes français, occitan, breton, basque, alsacien, gascon, etc.) et ses traditions.

Comme tous les enfants gâtés, ils ont détruit ce qu’ils avaient reçu, ce que l’histoire avait conservé si longtemps, ces langues, ces traditions et cet enseignement hérité des jésuites et généralisé par la République. Ils remplacèrent tout cela par leurs caprices, par leurs fantasmes et par la seule mémoire de leur jeunesse.

Ma génération est la première à n’avoir rien reçu : ni langue régionale (le fameux patois dont le patrimoine est parfois éminent, si on parvient à se souvenir des troubadours – ce que font les Italiens et les Catalans, mais pas nous) ; ni formation classique (les classes de latin et grec ont fermé presque partout, en dépit de la défense menée par leurs ainés, telle Mme Jacqueline Worms de Romilly) ; ni même, et c’est plus grave, culture nationale : nos élèves ignorent presque tout de l’histoire de France, de sa littérature classique et leur maîtrise du français est confuse et laxiste, conforme au fond aux seules exigences qu’on a fait peser sur eux et qui se résument à l’expression de soi (à la place de l’expression tout cours).

Bartabas rappelait récemment le péché de la génération 1968 par ces mots : “Ce que la génération qui m’a précédé – celle de 68 – a oublié d’assumer : la transmission du savoir.”

Nous n’avons reçu que le narcissisme des enfants gâtés de l’histoire et leurs bons sentiments ; nous n’avons reçu aucun savoir, ni aucun savoir-faire. N’est-ce pas dès lors à notre génération de dresser le bilan de Mai 1968 et de l’œuvre de ses acteurs, plutôt qu’à celle qui déjà a suffisamment fait pour rendre abruties et incultes celles qui viendraient après ? Or, on n’entend qu’eux ! Depuis quarante ans, on n’entend qu’eux, comme si la France avait commencé avec leurs cris et leurs slogans ; ils pavanent tous ces jours-ci, comme des anciens combattants alors que ce sont de nouveaux rentiers. Les vrais résistants, qui devaient leur carrière à leur engagement, avaient de la pudeur et du courage, EUX.

La crise de l’identité française n’est pas difficile à expliquer. Depuis Mai 1968 et conformément au crédo de ses acteurs, la France est considérée comme le pays des droits de l’homme et n’est que cela.

Oubliées les mémoires provinciales qui permettent de comprendre que la France s’est constituée au gré d’une histoire diverse et complexe, une histoire dont la République n’est que le dernier chapitre ; oubliés les siècles sans démocratie où l’Europe admirait pourtant nos écrivains et nos savants et nos soldats ; oubliées ses racines chrétiennes, latines, grecques, germaines ; oubliés ses patois ; oubliée la langue scolaire qui, pourtant, souda la nation d’abord son élite, puis, l’école se développant (et la guerre mélangeant les gens de toutes les provinces), toutes les autres couches de la société.

Ce qui fait une nation, c’est une commune mémoire. Nous n’en avons plus. Rien n’est plus écœurant pour ceux de ma génération que d’entendre à longueur de journée le diagnostic de tous ces irresponsables qui, passées les journées de Mai, une fois arrivés aux affaires (ils y sont toujours), n’ont eu de cesse que de réaliser leurs fantasmes : l’enfant au centre (de tout), les vieilles lunes aux oubliettes (les souvenirs inutilisables symboliquement, les langues régionales (inutiles pour l’ascension sociale et trop liées au passé et à la campagne), les humanités (latin, grec et culture religieuse), toutes les formes (vestimentaires, linguistiques, la politesse, etc.) et la sélection).

Les fossoyeurs de la mémoire et des langues s’érigent, depuis quarante ans, en médecins de celles-ci, qui prennent leurs modèles là où la mémoire survit moins encore.

Les pays scandinaves, sans cesse donnés en exemple, sont malades plus encore que nous : leurs enfants n’y apprennent presque rien (l’anglais qu’ils parlent si bien, ils l’apprennent à la télévision où rien n’est doublé), ils se désintéressent de leur histoire – les départements de scandinave ancien sont désertés par les Danois et les Suédois (où d’ailleurs ils ont même tendance à fermer).

Mais ils ne sont pas nombreux et les sociétés sont assez homogènes et prospères, aussi l’identité nationale est-elle préservée – mais pour combien de temps et dans quelles conditions ?

Les acteurs de Mai détestent la France, ils n’en aiment que les quelques symboles utilisables : la Révolution française, la Résistance (et encore) et une partie de son patrimoine artistique et culinaire. Ceux-là (et certains de leurs disciples dociles des générations suivantes) invoquent dès qu’ils peuvent les autres périodes de notre histoire comme des repoussoirs dont les gens ne savent plus rien désormais de toute manière : l’Ancien Régime (dont on confond tous les rois et toutes époques), le Moyen Âge (dont on ignore tout et qu’on caricature sous les traits de l’Enfer de Dante, auteur aujourd’hui ignoré universellement), l’Empire (Napoléon est de plus en plus décrit comme un Hitler – selon une lecture anglo-saxonne), le Second Empire (dont on ne retient rien alors qu’il permit de moderniser le pays et de développer un grand nombre de nos régions, dont le Sud-Ouest), Vichy (la référence et le résumé de la France selon BHL, dans L’idéologie française qui fut la Bible de nombreux acteurs de Mai)…

Comment s’étonner que le résultat de leurs travaux politiques, sociaux et idéologiques soit une générale détestation de la France, de son passé, de son présent et de tout ce qui y est associé, qu’une partie de notre jeunesse aille au stade pour siffler son hymne national, qu’elle n’hésite pas à quitter le pays ou la langue française ?

Le sentiment national est nécessairement un sentiment particulier : c’est le sentiment d’appartenir à une histoire particulière, de participer à une aventure particulière, de parler une langue particulière et de vivre sous des lois particulières.

Tout à leur lyrisme, les acteurs de Mai, ont décidé de renoncer au particulier pour embrasser l’universel : la France n’est plus que la patrie des droits de l’homme, l’expérience française, libérée de son lourd héritage historique, n’est qu’une promesse de justice sans cesse trahie – une bonne raison de redescendre sans cesse dans la rue commémorer Mai.

Aucune nation ne peut se nourrir que d’universel et chaque fois qu’une nation s’est pensée comme universelle, encore que cette pensée ne fut alors jamais qu’un horizon, cela se traduisit par des guerres et de l’expansion. La colonisation en fut un symptôme : si la France est universelle, pourquoi devait-on en priver les peuples ?

Il est évident qu’on ne restaurera pas l’identité nationale en se contentant d’expulser sans grand discernement un maximum d’étrangers et qu’on n’enseignera pas l’amour de la France et de sa langue (voire de ses langues) par un catéchisme scolaire vidé de toute mémoire et des coupes du monde.

La France est un pays fort de traditions savantes, linguistiques, historiques et universitaires riches et nombreuses. C’est un pays au patrimoine inépuisable mais menacé, par l’indifférence (on détruit de plus en plus d’églises et les châteaux sont massacrés les uns après les autres par de funestes transformations ou, tout simplement, la ruine).

Les acteurs de Mai détestent tant l’héritage qu’ils considèrent qu’on ne le taxe jamais suffisamment, qu’on ne l’entrave jamais suffisamment, car rien n’est plus inique que l’héritage. Je m’étonne souvent qu’ils n’aient pas encore envisagé d’égaliser les patrimoines génétiques (les héritages biologiques)… mais soyons patients : leur passion de l’égalité et leur haine de l’héritage les y conduiront un jour.

Les acteurs de Mai ont oublié une chose importante : tout héritage s’accompagne de dettes ; les premiers, ils ont joui de l’héritage en ignorant les dettes, à commencer par celle qu’on contracte en recevant tout héritage : celui de le transmettre à la génération suivante. Cette dette est une dette laissée non seulement par ceux qui nous ont précédés, mais aussi et surtout qui nous lie à ceux qui viennent et à qui nous devons confier mémoire et savoir car ils sont l’avenir.

Que transmettront ceux de ma génération et ceux de la génération suivante ? On ne fait pas une nation et une histoire avec de la bonne conscience et quelques symboles réconfortants. La nation se bâtit dans les mémoires et dans la langue, pas sur le pavé à hurler des slogans ineptes – les mêmes depuis trente ans (les seules chansons que les plus jeunes partagent avec les plus vieux sont ces chants fort laids des manifestations…).

Ceux qui ont acquis leur rente en jetant des pavés voudraient qu’on les admire d’avoir joui sans partage de leurs privilèges pendant tant de temps en cherchant à nous faire verser une larme émue sur leurs faits d’arme. Ce n’est plus odieux, c’est obscène.

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16-04-08

Constitution du Kosovo: des voiles sans amarres

Kosovo_PristinaRia Novosti

Article de Andreï Fediachine publié le 11 avril 2008

Les Catalans ont été les premiers mortels, en dehors du parlement de Pristina, à réagir vivement à la nouvelle Constitution du Kosovo. On pourrait même dire que l'événement les a "carrément excités" (l'expression est, certes, familière, mais convient parfaitement à la situation). Le 10 avril, c'est-à-dire au lendemain de l'adoption de la Loi fondamentale de la république indépendante - rappelons-le, illégale selon toutes les normes du droit international - ils en ont publié sur leur site 26 chapitres en anglais. Le titre écrit en gros caractères annonçait: "Nous sommes les suivants!" Et l'on dit encore, après cela, que l'indépendance du Kosovo ne crée aucun précédent, que c'est un cas particulier... Ce n'est pas par hasard que Madrid refuse de reconnaître le Kosovo. Pourtant, les Catalans ne sont pas ses "enfants les plus turbulents". Il y a encore les Basques...

Aussi bien le premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi que le président Fatmir Sejdiu ont déclaré que la Constitution était extrêmement progressiste et qu'elle garantirait les droits de toutes les minorités nationales sans exception. Naturellement, les Serbes l'ont rejetée comme un nouvel "acte illégal" d'un Etat illégal. Et on le comprend aisément.

En lisant tous les 40 chapitres et 160 articles de la nouvelle Constitution kosovare, il est impossible de douter de son caractère progressiste. Le fait qu'elle n'ait pas été écrite par les Kosovars eux-mêmes n'est pas grave: en effet, peut-on trouver parmi eux des auteurs qualifiés pour rédiger un modèle de constitution occidentale? Il fallait certainement les y aider. Et l'on sait bien qui précisément l'a fait. On comprend donc pourquoi la Constitution contient des schémas juridiques anglo-saxons, bien qu'elle n'ait pas été écrite par des Britanniques. Sur ces questions, les Britanniques sont trop pointilleux et, d'ailleurs, pouvait-on confier la rédaction d'une Constitution à des professeurs issus d'un pays qui n'en a jamais eue ? Les auteurs ne sont pas britanniques, ce sont de très respectables professeurs de droit américains, des juristes, et mêmes des juges, dont la compétence dans les hautes matières juridiques anglo-saxonnes n'est mise en doute par personne.

Mais il convient de mentionner aussi plusieurs bizarreries, pour ne pas dire plus. Et il y en a beaucoup. Tout d'abord, ceux qui croient que la Constitution du Kosovo a été rédigée sur la base du Plan Ahtisaari (qui n'a, au passage, pas été approuvé par le Conseil de sécurité de l'ONU) se trompent lourdement. La rédaction de la Constitution du Kosovo a commencé bien avant février 2007, lorsque l'ex-président finlandais avait soumis son plan à l'ONU. Son projet avait été commandé dès 2004 par l'organisation non gouvernementale américaine Public International Law and Policy Group, et rédigé très rapidement la même année par Bruce Hitchner, professeur de droit à l'Université de Tufts, aux Etats-Unis. Il a commenté ces jours-ci son rôle dans les journaux - manifestant une ambition toute américaine - afin qu'on sache qu'il était le premier. En 2007, le projet a été "perfectionné" par Christie Warren, professeur de droit au William and Mary College (Virginie), Louis Aucoin, professeur à l'Université de Tufts, et le juge fédéral du Minnesota John Tunheim.

Les deux premiers avaient rédigé la Constitution du Cambodge en 1993. S'il est difficile de juger des particularités de la Constitution cambodgienne, il faut relever qu'ils ont abordé celle du Kosovo en courageux expérimentateurs. Elle proclame des idées juridiques si progressistes qu'on a même l'impression qu'elle a été écrite non pas pour le Kosovo, mais pour un Etat idéal, presque utopique, pour un pays d'un niveau très élevé qui n'a pas encore été atteint même par les Pays-Bas ou le Danemark, considérés comme super-démocratiques. Les juristes britanniques soulignent que l'article 26 qui garantit le "droit à la vie" régit le "droit à la vie après la naissance" et accorde à chaque Kosovar le "droit de contrôler lui-même sa vie ou son corps, conformément à la loi". Il s'agit presque d'une reconnaissance du droit à l'avortement. Un autre article autorise, en fait, les "mariages non traditionnels" et protège les droits des "minorités sexuelles". Tout cela pour un pays musulman.

Bref, les bévues ne manquent pas. La Constitution proclame tant de libertés qu'elle s'inscrit parfaitement dans la définition donnée il y a 150 ans par Thomas Macaulay, écrivain, philosophe et homme politique britannique, de la Constitution américaine: "Votre Constitution n'a que des voiles, et aucune ancre". Pour le Kosovo où il y a encore trop de fumée et d'étincelles, cela est extrêmement hardi.

Mais l'essentiel n'est même pas là. En fin de compte, les constitutions ne sont pas écrites pour être respectées: s'il en était ainsi, tous les gouvernements sans exception devraient commencer par s'emprisonner eux-mêmes, voire avec la totalité de leur peuple.

Il s'agit d'autre chose. Une Constitution aussi parfaite est nécessaire aussi bien pour stimuler le processus de reconnaissance du Kosovo que pour assurer l'enregistrement international du nouvel Etat. Peter Feith, représentant de l'Union européenne au Kosovo, ne cache pas que l'UE espère recevoir, avant son entrée en vigueur le 15 juin, le mandat d'administration du Kosovo qui n'appartient, pour l'instant, qu'à la mission de l'ONU au Kosovo.

Il est difficile de se représenter comment cela pourra être fait. En effet, personne n'a annulé la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Kosovo. Pristina est actuellement reconnu par 36 Etats. Washington et Bruxelles ont déjà compris qu'il était impossible d'atteindre l'objectif qu'ils s'étaient fixés d'attirer du côté du Kosovo la moitié des 192 membres de l'ONU avant septembre, où s'ouvrira une nouvelle session de l'Assemblée générale. L'accent est maintenant placé sur la "qualité". L'UE affirme que la reconnaissance du Kosovo par le seul G7 (le G8 moins la Russie) est une avancée colossale, car le Kosovo est à présent reconnu par un ensemble de pays qui produisent 65% du PIB mondial.

Bien entendu, un PIB est un PIB. Mais quand on commence à corriger le droit international au moyen du PIB, cela semble pour le moins étrange...

Posté par Redekker à 02:03 - ├ Analyse - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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