16-01-07
Descendez de vos tours d'ivoire !

Tribune libre de Jean-Marie Le Pen, président du Front National publiée dans l'hebdomadaire Minute n°583 du 13 au 19 juin 1973.
Passée la grande vague de la campagne électorale, le pays a retrouvé
l'innocence léthargique dans laquelle le pouvoir croit déceler une
approbation muette de sa politique et l'opposition nationale les
symptômes d'une mortelle maladie de langueur.
De quelque côté
qu'on se tourne, on ne voit que laisser-aller, impuissance, aboulie. Le
Parlement est à peine rentré que les députés le boudent. On ne fait pas
la queue devant un cinéma où il n'y a pas de film.
L'Europe de
fait ! oui, mais de l'Oural à l'Atlantique. Les Allemands avaient
averti par la bouche d'Adenauer : « Si vous allez à Moscou, nous y
courrons plus vite que vous. » Le flirt franco-soviétique a provoqué
l'Ostpolitik de M. Brandt. La gauche n'est qu'une étape vers l'Est.
L'enseignement,
on n’ose plus dire l’Education nationale, désormais en crise
permanente, est à la merci des consignes les plus extrémistes et les
moins justifiées. Il faudrait avoir le courage d'abroger la stupide loi
Edgar Faure et fonder l'Université sur les vertus de l'esprit et du
caractère, mais le geai veille à son perchoir.
M. Messmer
exalte verbalement les mères de familles nombreuses, mais dans le même
temps, il suffit de la pression du lobby des faiseurs d'anges pour
qu'on légalise l’avortement.
Un film intitulé « La maman et la
putain », un autre « La grande bouffe », tels sont, cette année, les
deux visages que le gouvernement aura choisi de donner de la France au
public mondial. M. Roland Leroy qui, communiste, est à ce titre expert
en liberté de la culture, a comparé M. Druon, qui, pourtant, vient de
loin, au docteur Goebbels, et a dit : « Quand j'entends parler de la
culture, je sors mon Druon. » Eh bien ! nous disons, nous, quand on
nous parle de cette culture-là : « Aux fourches ! Aux fourches à fumier
! ».
Le formidable gaspillage des deniers publics continue.
Castor et Pollux sont allés rejoindre à l’eau la longue série des
tartarinades gouvernementales.
On avait tremblé dans les
officines louches, mais déjà les méchants se rassurent et les bons
tremblent. M.S., de policier se fait juge. Vive Vidocq et la fête
continue !
Les intersignes, comme on dit en Bretagne, de la
révolution menaçante se multiplient. Ils témoignent non de
l'agressivité accrue des prédateurs révolutionnaires, mais de la
décomposition accélérée du corps politique.
Faire l’économie d’une révolution
Il
est encore possible de faire faire à notre pays et à notre peuple
l’économie d’une révolution sanglante, génératrice de souffrances et de
misère. Il est encore tant d’empêcher que nous soit imposé le
communisme qui n’en finit pas, à l’Est de l’Europe, de démontrer qu’il
est le plus utopique, le plus brutal, le plus inhumain des systèmes
politico-économiques.
Pour ce faire, il faut rassembler la
grande majorité des Français qui refusent le bolchevisme, l’arracher à
sa torpeur, lui indiquer les voies du salut, l’organiser et la guider
dans cette longue marche.
Aucun régime, nul gouvernement ne
peut, sans répression brutale et permanente, se passer de l’assentiment
populaire. Aucun dessein politique ne peut se réaliser sans l’appui
d’une partie importante de l’opinion. Convaincre le peuple des
solutions du bien commun : voilà l’objectif national.
Mais comment atteindre l’opinion de trente millions d’électeurs et de cinquante millions d’habitants ?
Ce
contact n’est possible que par l’intermédiaire de la presse, écrite,
parlée ou télévisée, ou par celui d’une organisation, mouvement ou
parti. Plus exactement, par l’un et par l’autre.
Autrement dit, pour exister politiquement dans la deuxième moitié du XXe siècle, il faut :
- informer, et pour cela avoir accès aux grands moyens d’information
- agir, et pour cela disposer d’un mouvement organisé et structuré.
Un glissement vers la gauche
La
droite, qui compte des millions d’électeurs potentiels, n’a ni les uns
ni les autres. La gauche a les uns et les autres. C’est ce qui explique
le déséquilibre permanent de notre vie publique et le glissement
continu de celle-ci vers des solutions de plus en plus gauchistes.
Alors, que faire ?
En
ce qui touche l’information, d’abord, bien sûr, s’efforcer de soutenir
la presse favorable à nos idées. Sans elle, il n’y aurait aucun espoir
de remonter le courant. Ils le savaient, les révolutionnaires de 1945,
qui, sous couvert d’épuration patriotique, confisquèrent à leur profit,
la presse de droite, mais il faut aussi et surtout organiser la défense
du droit des citoyens à l’information, droit sans lequel la démocratie
est un piège et la République un leurre, doit sans lequel les
oligarchies financières et politiques tiendraient le pays sous leur
coupe.
L’exiger, bien sûr, des organes dépendants de l’Etat
comme ORTF, mais l’exiger aussi de tous les organes de presse qui se
prétendent d’information.
L’accès normal à l’information
politique est une condition fondamentale de l’exercice des libertés
constitutionnelles. Sa défense légitime participe du droit de légitime
défense.
Ce mouvement de militants
Pour
ce qui est de l’action politique, il convient d’abord de considérer
qu’aujourd’hui les partis n’existent qu’à partir d’une certaine
dimension. Le mode de scrutin actuel pousse à la concentration, mais
aussi les conditions de la vie moderne. Les Français de 1973 ont peu de
temps à consacrer à leur information politique et ont donc tendance à
simplifier. La presse ne peut, non plus, il faut bien l'admettre,
rendre compte des activités de tous les groupuscules. L'opinion
publique a aussi tendance à réduire la vie politique à des
affrontements manichéens. Ce penchant est exploité à fond par le
pouvoir en faveur d’une bipolarisation. L’élection présidentielle et
demain le régime présidentiel tendent à personnaliser les partis à
travers leur principal dirigeant.
Les périodes électorales
mobilisent pendant un certain temps l'attention du grand public, il est
donc impératif de participer à tous les scrutins. Pour cela, il faut
des moyens, des locaux, des équipes, une organisation. Mais l'activité
ne doit pas se borner aux périodes électorales. Il faut donc
qu'entre-temps, le mouvement vive, puisse former ses militants,
informer, voire former les citoyens.
Un argument, non
technique celui-là, mais politique, me paraît devoir l'emporter sur
toutes les autres considérations : la disproportion entre l'Etat
moderne et l'individu, réduit à ses moyens propres, aboutit à une
totale impuissance de celui-ci et à la tyrannie incontrôlée de
celui-là. Si l'on veut défendre le citoyen, il faut avoir recours à des
corps intermédiaires vivants et structures, capables de limiter les
ambitions de l'Etat-Moloch et d'exprimer des aspirations qui, sans
cela, ne seraient gouvernées que par la publicité - politique ou
commerciale.
En résumé, il faut donner aux millions de
Français de droite un mouvement capable d'exprimer leur opinion et de
combattre pour la défense de leurs idéaux.
Des millions de Français
Ce
mouvement ne peut se faire que par l'union. Elle exige de tous qu'ils
fassent le sacrifice d'un certain nombre d'idées personnelles, qu'ils
ont d'ailleurs le loisir de défendre dans leurs organisations propres.
Ce mouvement, nous avons commencé à le faire, en fondant, à l'occasion
des élections, le « Front National ». Le programme « Défendre les
Français » qu'ont soutenu ses 104 candidats n'est ni parfait, ni
complet, ni intangible. Il a le mérite d'exister. Nous savons que des
millions de Français, même s'ils n'ont pas voté pour nos candidats,
l'ont approuvé.
Tel qu'il est, il peut servir de charte à
l'union des forces nationales. Il appartiendra aux Congrès de le
modifier et de le compléter.
Il apporte, en s'inspirant des
principes sur lesquels est fondée notre Patrie et des aspirations de
notre peuple et de sa jeunesse, des solutions nationales aux problèmes
de notre temps : l'immigration étrangère, le service militaire et la
Défense nationale, la formation intellectuelle, physique et morale, les
relations avec le tiers monde, la justice sociale, l'indépendance
nationale. Il souhaite que les Français soient plus libres, plus
responsables, plus solidaires.
Un goût immodéré pour la diversité
Le
Front National se donne donc comme objectif essentiel de réaliser
l'unité des forces nationales, Il permet la double appartenance et donc
la possibilité pour chacun de réaliser ses objectifs particuliers dans
son organisation propre et les objectifs communs dans le Front.
Réunir
sous le même drapeau les diverses tendances sans leur permettre de
devenir des fractions ni des partis à l'intérieur du Front ; réserver
la confrontation de leurs divergences aux débats intérieurs pour
n'offrir au pays que des propositions ayant obtenu une large adhésion.
Discussion avant, critique après, discipline pendant l'action. Tel
pourrait être notre précepte d'action unitaire.
Beaucoup
d'obstacles seront à vaincre, le scepticisme, l'activisme physique ou
politique, le sectarisme, mais plus encore l’indifférence.
Les
plus redoutables nous sont propres et tiennent à notre tempérament
national et à notre goût immodéré de la diversité. Si nous ne les
dominons, nous devrons nous résigner à notre impuissance et à
l'effacement des valeurs qu'a illustrées et défendues notre Patrie.
L'opinion
nationale ne s'engagera à nos côtés que si nous démontrons notre
aptitude à résoudre nos problèmes intérieurs et à construire un outil
politique efficace et durable. C'est l'ambition du Front National que
d'être le creuset de ce renouveau. C'est la mission que lui a assignée
l'unanimité des congressistes en mai dernier.
En leur nom, je
lance un solennel appel, je tends une main fraternelle. Que la prennent
tous ceux qui depuis si longtemps se battent à risques et périls pour
la grandeur du pays, ceux-là aussi qui auront pour tâche demain de le
conduire sur la route de l'Histoire pour le confier à leur tour à leurs
fils et leurs filles.
Qu'ils nous rejoignent aussi ceux-là
qui, comme on dit, « ne font pas de politique », mais que le spectacle
de notre décadence écœure ou révolte. Qu'ils ne se bornent pas à
annoncer les malheurs qui frappent les peuples qui s'abandonnent. Je
pense à vous, Jean Cau, Roland Laudenbech, Laurent et tant d'autres qui
sont beaux mais bons esprits. Qu'ils descendent de leurs tours d'ivoire
!
Il n'est, aujourd'hui, pas de tâche plus urgente, plus
utile, plus noble, que d'arracher la France à la décadence et son
peuple à l'esclavage. Pour y réussir, nous devons remporter une
première victoire, sur nous-mêmes. source : http://www.veritesurlefn.org
