03-07-08
La Grande Muette
Valeurs Actuelles le blog
Article de Laurent Dandrieu publié le 3 juillet 2008
La démission du général Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de
terre, après la dramatique bavure de Carcassonne, est tout à son
honneur et à celui de l’armée. A l’inverse de certains grands patrons
qui s’accrochent désespérément à leur siège, leurs stock-options ou
leur golden parachute, après avoir conduit leur entreprise à l’accident
industriel, voir un chef militaire assumer le poids d’un manquement
auquel, à l’évidence, il n’a eu personnellement aucune part, témoigne
avec éclat du fait que l’armée est bien aussi, entre autres qualités,
un précieux conservatoire de valeurs en perdition telles que le sens de
l’honneur et de la responsabilité.
Ça n’en rend que plus irritante la
désinvolture avec laquelle, depuis bien longtemps mais avec une
intensité croissante, nos politiques la traitent. Certes, la culture du
mépris, qui semble désormais tenir lieu de sens politique au sommet de
l’Etat, ne leur est pas exclusivement réservée : hier, c’étaient les
magistrats qui étaient comparés à des « petits pois », aujourd’hui les
militaires que l’on veut faire passer pour des « amateurs » – demain
qui ? Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a dans la violence
des reproches présidentiels une agressivité particulière vis-à-vis
d’une profession dont les valeurs dominantes – esprit de sacrifice et
désintéressement – ne sont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, dans
l’air du temps. Comme paraît singulièrement disproportionnée la hargne
élyséenne contre les signataires anonymes, sous le pseudo de “
Surcouf”, d’une tribune du Figaro critiquant le livre blanc – comme
s’il était illégitime que des militaires s’expriment sur des choix qui
engagent leur existence, au sens le plus concret du terme.
Si nos
soldats doivent être les éternels sacrifiés des choix budgétaires, pour
la seule et simple raison qu’on sait bien qu’ils ne se mettront pas en
grève pour protester et qu’ils ne prendront même pas la parole pour
émettre des réserves sous peine de sanctions, alors il semble qu’on
doive se poser la question : n’est-il pas temps d’en finir avec le
sacro-saint “devoir de réserve” ? Si l’on veut éviter une hémorragie de
cadres allant chercher ailleurs la reconnaissance et la considération
que l’Etat leur refuse, n’est-il pas temps de redonner la parole à la
Grande Muette ?
Yves Thréard du Figaro, courtisan zélé de Sarkozy
Marianne 2
Article de Sylvain Lapoix publié le 2 juillet 2008
Selon Yves Thréard,
rédacteur en chef du Figaro, la démission du chef d'Etat major de
l'armée de terre suite au drame de Carcassonne est le signe d'un retour
de l'honneur du fait, bien sûr, de la sainte opération de Sarkozy.
Après avoir réveillé la France endormie par les 35 heures, Nicolas Sarkozy restaurerait aujourd'hui, selon le Figaro, l'honneur perdu de l'Armée française. Yves Thréard, son rédacteur en chef, livre ce mercredi 2 juillet
sa propre version de la démission du général Bruno Cuche, chef d'Etat
major de l'armée de Terre suite à la fusillade de Carcassonne : il
s'agirait des premiers effets d'une salutaire mise au pas de l'armée
par le chef de l'Etat.
Un général sauve l'honneur...
Mais quand Jean-Dominique Merchet, pour Libération, perçoit dans le départ du général le signe d'un malaise au sein des armées suite à la publication du Livre Blanc, Yves Thréard en a une interprétation toute différente et bien plus optimiste : « Est-elle un signe d'un changement de mentalité dans notre pays ? », s'interroge-t-il avant de fustiger une « culture de la défausse » qui, hier, aurait enterré l'affaire de Carcassonne sans sanctions ni conséquences.
« Nicolas Sarkozy n'a pas mâché ses mots »,
insiste Thréard, évoquant l'intervention télévisée du président le 30
juin. Une interview avant laquelle Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs
expressément demandé qu'on lui pose une question sur Carcassonne, comme l'a révélé la vidéo off du plateau.
Critiqué par la quasi unanimité des militaires, le Livre blanc aurait
remis, selon l'éditorialiste, les pendules à l'heure, inspirant la
transparence et «l'honneur» aux gradés.
...patrons et politiques courent toujours !
En d'autres termes, le Prince Sarko est bon car il se fait craindre de ses sujets. Belle leçon de machiavélisme du Figaro. Mais alors, pourquoi vouloir épargner Domenech, comme le fait Thréard sur son blog ? Qu'il paye, s'il est honorable !
Et le traité de Lisbonne, n'est-ce pas un de ces échecs dont parle Yves
Thréard ? Le traité simplifié était dans le programme de Nicolas
Sarkozy et vu l'état dans lequel le non irlandais a mis l'Europe, il
serait bon de demander la démission du président de la République et de
son secrétaire aux Affaires européennes, ce serait bien le moins !
Malheureusement, il semble que la « culture de défausse » soit encore de mise, y compris au Figaro !
Une opération héliportée en pleine jungle
Le Parisien
Article de Bruno Fanucchi
publié le 3 juillet 2008
«Ils ont réussi !». C'est le cri de joie lancé hier à Bogotá par le
ministre colombien de la Défense en personne,
Juan Manuel Santos, en annonçant
la libération d'Ingrid Betancourt, des
trois otages américains (Marc Gonsalves,
Thomas Howes et Keith Stansell) et de onze militaires colombiens au cours
d'une opération héliportée de l'armée colombienne menée en
pleine jungle.
Une opération soigneusement préparée qui s'est déroulée
dans la province de Guaviare, là même où Ingrid avait été enlevée le 23 février 2002.
Une opération qui s'est visiblement
déroulée en trois temps :
1. Une infiltration de la guérilla marxiste
à bout de souffle depuis l'élimination
de Raul Reyes (le numéro 2
de l'organisation) le 1er mars dernier
et la mort confirmée en mai de Manuel
Marulanda, son fondateur.
2. Un regroupement des otages qui
étaient séquestrés en trois groupes
différents, suite à un « faux ordre »
d'Alfonso Cano, le nouveau numéro
1 des Farc.
3. L'opération héliportée
proprement dite, qui a mobilisé
d'importants moyens et qui a
nécessité, explique un officier colombien,
de « ruser jusqu'au bout
pour tromper l'ennemi ».
« Il a été possible d'infiltrer le premier
cercle des Forces armées révolutionnaires
de Colombie (Farc), celui
qui a surveillé pendant les
dernières années un important
groupe d'otages », s'est ainsi félicité
hier soir le ministre de la Défense, en
révélant que plusieurs de ses agents
avaient été infiltrés jusque parmi les
geôliers de certains otages en se faisant
passer pour du personnel humanitaire.
« Cesar et ses guérilleros
ont été immédiatement
neutralisés »
Hier, un hélicoptère civil, qui appartenait
à l'armée nationale et avait à
son bord des membres des services
secrets et des forces spéciales, s'est
posé à proximité de San José del
Guaviare, tout près du dernier lieu
de regroupement des otages.
«Cesar,
le chef des geôliers des Farc, et ses
guérilleros ont été immédiatement
neutralisés et les otages libérés », a
encore confié le ministre de la Défense
qui, à l'image du président colombien,
Alvaro Uribe, se refusait à
exclure d'utiliser la manière forte.
« La priorité du gouvernement colombien,
c'est la libération des
otages. Il ne peut donc pas renoncer
à la possibilité de recourir à un sauvetage
militaire pour les récupérer.
Mais notre premier objectif est de la
libérer saine et sauve ! » nous confiait
en février dernier, à la veille de des six
ans de captivité d'Ingrid, le général
Freddy Padilla de Leon, commandant
en chef de l'armée colombienne.
« J'ai toujours désiré
qu'une opération
militaire soit montée
pour me sauver »
Sa stratégie visant à asphyxier la guérilla
en lançant une offensive générale
et en coupant systématiquement
ses voies d'approvisionnement
logistique s'est en effet révélée
payante. Désorganisés et sans cesse
traqués, les derniers guérilleros ne
cessaient de céder du terrain.
Depuis
plusieurs mois, avec la mise en place
de la politique dite de « sécurité démocratique
», les autorités colombiennes
avaient tout misé sur la démobilisation
des guérilleros en leur
promettant de « passer l'éponge » sur
le passé s'ils acceptaient de collaborer.
« Nous donnons la priorité à la
démobilisation et à la capture des
guérilleros qui sont d'importantes
sources de renseignements », expliquait
encore le patron de l'armée colombienne
qui vient de signer un superbe
succès.
Le 31 décembre 2006,
les commandos des forces spéciales
avaient déjà réussi à libérer (après six
ans de captivité) Fernando Araujo,
devenu depuis ministre colombien
des Affaires étrangères, qui confiait :
« Quand j'étais otage, j'ai toujours
désiré qu'une opération militaire soit
montée pour me sauver malgré les
risques. »
Ingrid Betancourt libérée grâce aux renseignements colombiens
édition du 2 juillet 2008
Paris (Reuters) - La libération d'Ingrid Betancourt a été rendue possible par une négociation des services de renseignements colombiens avec des groupes dissidents des Farc, a déclaré l'ex-mari de la Franco-colombienne, Fabrice Delloye.
"C'est une opération de l'intelligence colombienne", a-t-il dit sur i-Télé, expliquant tenir ses informations du Quai d'Orsay.
"Le gouvernement colombien a tenté de trouver des solutions, une solution était bâtie sur le fait que des groupes se distinguaient du secrétariat général et cherchaient une solution pour quitter la guérilla sans être emprisonnés des années."
Fabrice Delloye, père des deux enfants d'Ingrid Betancourt, libérée mercredi soir après six ans et demi de captivité aux mains de la guérilla colombienne, a également remercié "tous ceux qui au cours de ces six années et cinq mois nous ont accompagnés".
"Je veux remercier le peuple français, le président Nicolas Sarkozy et son gouvernement et les médias qui ont apporté tout ce soutien et cette attention à cette cause et permis qu'Ingrid puisse revenir avec la vie", a-t-il ajouté, précisant que ses enfants et lui se rendront en Colombie le plus vite possible pour rejoindre la désormais ex-otage.
Cette libération "arrive ce soir avec la pluie, mais c'est une pluie de joie, une pluie de bonheur".
02-07-08
La Colombie annonce la libération Ingrid Betancourt
Yahoo actualités
édition du 2 juillet 2008
Bogota (Reuters) - La Colombie annonce la libération par l'armée de la sénatrice
franco-colombienne Ingrid Betancourt et de trois otages américains
depuis des années aux mains des Farc.
Le ministre de la Défense Juan Manuel Santos a déclaré que tous les
anciens otages étaient en relativement bonne santé après des années de
détention dans la jungle. Onze militaires ou policiers ont également
été libérés.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) retenaient 44 otages de premier plan comme monnaie d'échange contre des centaines de militants emprisonnés.
Parmi eux, Ingrid Betancourt, candidate du parti Vert à l'élection présidentielle en Colombie, avait été capturée le 23 février 2002.
Une vidéo des Farc diffusée à la fin de l'an dernier l'avait montrée très amaigrie et déprimée.
Les trois otages américains travaillaient pour le département de la Défense et ont été capturés en 2003 après la chute de leur avion dans la jungle lors d'une opération de lutte contre les stupéfiants.
A Paris, l'Elysée n'a pas été en mesure de confirmer l'information dans l'immédiat. "Aucune réaction pour le moment. On ne dit rien on ne confirme pas", a déclaré à Reuters un conseiller du président Nicolas Sarkozy.
30-06-08
La nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur en bref
Yahoo actualités
édition du 30 juin 2008
Paris - La nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur
(DCRI), opérationnelle à partir du 1er juillet 2008, résulte de la
fusion de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG) et
de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Ses missions essentielles vont de la lutte contre l'espionnage, la contre-ingérence, le contre-terrorisme et la protection des institutions, la protection du patrimoine et l'intelligence économique.
Elle est composée de 4.000 fonctionnaires, dont 1.800 se trouvent basés à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dans un nouvel immeuble moderne et hautement sécurisé. L'aménagement de ces 25.000 m2 de bureaux a coûté 366 millions d'euros, une dépense jugée excessive par la Cour des comptes.
La DCRI comprend 175 commissaires, placés sous les ordres de Bernard Squarcini, ( photo ) un proche de Nicolas Sarkozy qui a fait sa carrière aux Renseignements généraux dont il est devenu le patron en 2007. Il est assisté de deux directeurs issus des RG et de la DST.
Un millier de policiers chargés du suivi de l'opinion publique, des conflits sociaux, des violences urbaines et de la lutte contre l'économie souterraine au sein des RG sont reversés dans la nouvelle Sous-direction de l'information générale (SDIG), créée au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP).
Les fonctionnaires qui étaient eux affectés à la Sous-direction des courses et jeux rejoignent les effectifs de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). AP
Quand "Paris-Match" confond Québec avec Montréal
Libération
édition du 23 juin 2008
C'est une méprise qui la fiche mal. L'hebdomadaire Paris-Match
s'est attiré des quolibets de la presse canadienne pour avoir confondu
la fondation de la ville de Québec avec celle de la province éponyme
dans son dossier spécial sur le 400e anniversaire de la ville.
"Paris-Match honore Québec ... sans en parler", note le quotidien francophone Le Devoir
après la publication de la dernière livraison du magazine, soulignant
que la ville de Québec est quasiment absente de ce numéro qui fait la
part belle à sa grande rivale, Montréal.
La Presse parle de "gaffe monumentale" et Radio-Canada de "bourde" en s'amusant que Paris-Match ait confondu la ville et la province.
Le quotidien anglophone The National Post relève lui aussi la méprise, soulignant que l'hebdo est entièrement consacrée à Montréal, ses artistes et ses restaurants, un camouflet pour Québec dont la rivalité avec Montréal est "légendaire".
"Quand on a eu l'idée du numéro spécial, on n'avait pas compris qu'il s'agissait des 400 ans de Québec, on a cru que c'était la fondation de tout le Québec", a expliqué au Devoir le rédacteur en chef du magazine Gilles Martin-Chauffier, en indiquant que Paris-Match consacrerait un nouveau reportage aux célébrations à Québec.
Plus modérée, une chroniqueuse du quotidien La Presse estime que, malgré cette erreur, Paris-Match rend un "hommage affectueux et sympa au Québec".
La journaliste s'amuse toutefois que Gilles Martin-Chauffier ait inventé un juron québécois en citant dans une chronique "Eucharistie" parmi les blasphèmes favoris des Québécois comme "tabernacle", alors que personne "même pas un ouvrier qui vient de s'aplatir le doigt avec un marteau ne profère un tel juron".
Note YR : Les dirigeants de Paris-Match sont décidément de vrais
connaisseurs en histoire de la francophonie. Pour confondre la
fondation de la ville de Québec il y a 400 ans et celle du Québec en
tant que province du Canada en 1867, il faut y aller. Mais il est vrai
que l'histoire d'un pays francophone voulant avec force préserver son
identité n'est pas la tasse de thé de l'hebdo du groupe Lagardère qui
préfère- et de loin - suivre les mondanités des gens de ce monde...
29-06-08
Carcassonne : 16 blessés dans une caserne militaire
édition du 29 juin 2008
Un militaire et quinze civils ont été blessés, dont onze grièvement, dimanche, lors d'une démonstration de libération d'otages dans la caserne Laperrine de Carcassonne. Le drame s'est précisément produit lors d'une démonstration du Groupe de commandos parachutistes (GCP) du 3ème Régiment de parachutistes d'infanterie de marine lors d'une journée portes-ouvertes, a précisé le colonel Benoît Royal, chef du Sirpa-Terre (service d'information de l'Armée de terre).
«Pour une raison incompréhensible, des
munitions à balles réelles ont été utilisées à la place de cartouches à
blanc», a-t-il indiqué, soulignant «l'incompréhension et la perplexité»
de l'armée de terre devant cet événement. Il y avait eu déjà cinq
présentations similaires de 20 minutes montrant des techniques
d'intervention de libération d'otages et le drame s'est produit au
cours de la sixième.
Les différentes enquêtes (justice, police,
administrative), selon le ministère, devront déterminer les raisons de
cet emploi «totalement aberrant de balles réelles» au lieu de munitions
à blanc, aucune hypothèse ne pouvant être privilégiée à ce stade. Aucun
détail n'a été donné dans l'immédiat sur le type d'arme employé.
La
brigade de recherches de Carcassonne, qui a reçu le renfort de la
section de recherches de Montpellier, est sur place. «Des armes ont été
saisies et mises sous scellé, et les auditions de plusieurs personnes
ont débuté», selon une source de la direction de la gendarmerie
nationale.
Un enfant parmi les blessés graves
«Le
pronostic vital est engagé pour deux des blessés, dont un enfant de
trois ans, et deux autres personnes sont blessées très grièvement», a
ajouté de son côté le préfet du département de l'Aude, Bernard Lemaire.
On compte quatre enfants parmi les blessés, a également précisé le
préfet. Le plan rouge, déclenché dès qu'un accident, un attentat ou une
explosion met en jeu la vie de nombreuses personnes, a été mis en
place. Les blessés ont été transportés vers les CHU de la région,
notamment à Toulouse pour les plus touchés.
Quant au militaire,
qui appartiendrait au 3e RPIMA (régiment de parachutistes d'infanterie
de marine), il a été placé en garde à vue. «La question qui se pose est
‘Est-ce-que le militaire a fait un geste criminel ou pas?'. Pour
l'instant, personne ne peut répondre mais la thèse qui prédomine est
celle d'une erreur», a précisé le préfet.
Nicolas Sarkozy a exprimé dimanche dans un communiqué son «horreur» et «une profonde émotion» après cet accident. Il a annoncé qu'il attendait «au plus tôt» le résultat des enquêtes «déjà diligentées» sur cet accident «pour en tirer les conséquences qui seront exemplaires». Le chef de l'Etat a demandé au ministre de la Défense Hervé Morin «de se rendre dès ce soir sur place. Celui-ci a «immédiatement ordonné une enquête de commandement afin que soient déterminées dans les plus brefs délais les circonstances» de cet accident.
.
Gay printemps
Article de Tugdual Derville publié le 24 juin 2008
Un grand jeu de stratégie planétaire remobilise depuis quelques semaines les militants de la cause homosexuelle. Aux États-Unis, l’armée et la Californie sont les lieux emblématiques de l’empoignade. L’institution militaire vient d’affronter une plainte contre la loi « don’t ask, don’t tell » (ne rien demander, ne rien dire) qui ne lui fait que tolérer en son sein les personnes homosexuelles en leur interdisant tout « coming out ». Lundi 9 juin, une Cour d’appel fédérale a rejeté la plainte par respect pour l’autorité du Congrès. Un point perdu pour le lobby gay.
Mais en Californie, le 15 mai, le mariage homosexuel a été légalisé par un arrêt « historique » de la Cour suprême. Des centaines de fêtes sont aussitôt organisées On parle de « pluie de dollars », selon l’adage « dual income, no kid » (deux salaires, pas d’enfants). Certes, le porte-parole de Georges Bush a confirmé qu’il « continue à penser que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ». Le président « reste favorable à un amendement de la constitution interdisant le mariage homosexuel » mais, en fin de mandat, il renonce à mobiliser sur ce sujet et attend un référendum californien. Un point partout.
Pendant ce temps, en France, le lobby homosexuel a jeté son dévolu sur l’Éducation nationale. Les organisateurs de la 7e Gay-pride annoncent comme thème de l’édition nationale du 28 juin à Paris « L’école sans aucune discrimination ». Porte-parole de L’Inter-associative lesbienne, gay, bi et trans (InterLGBT) Alain Piriou, explique ce choix en évoquant « dans les affaires d’homophobie » la très grande jeunesse des fauteurs de trouble. De son côté, le syndicaliste enseignant Philippe Castel, de la FSU, avance que « les jeunes homosexuels se suicident treize fois plus que les hétérosexuels » et que « 32% des homosexuels de moins de 20 ans ont fait une tentative de suicide ». Des passages à l’acte qu’il veut attribuer exclusivement à « l’homophobie ». D’où la revendication de participer sur le terrain de l’école à la formation des personnels et à l’intervention auprès des élèves « contre les discriminations ».
Alain Piriou avoue viser désormais les collèges où « il
y a un point de blocage » puisque « des choses se font dans les
lycées ». Après le rectorat de Versailles, qui avait agréé Sos
homophobie, le rectorat de Nancy-Metz vient d’être contraint d’adouber
Couleurs gaies, autre association homosexuelle que la Halde (Haute
autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des
droits) soutient. En décembre 2006, le tribunal administratif de Nancy
avait donné raison à un refus d’agrément mais, en février, la Cour
administrative d’Appel de Nancy a enjoint le rectorat à reconsidérer sa
décision. C’est fait. Avec 1500 € de dommages et intérêts en poche,
l’association gay lancera donc, dès la rentrée, une « campagne
d’information » pour présenter aux lycées de la région ses « actions de
prévention contre l’homophobie en milieu scolaire ». Mais comment
éviter une forme d’endoctrinement des élèves, à l’insu de leurs
parents, sur des sujets où ces associations véhiculent souvent des
revendications transgressives ?
Car, si Alain Piriou affirme, pour la Gay pride, ne pas
vouloir « s’arc-bouter » sur des questions où il s’oppose à la majorité
parlementaire (contrat, mariage et adoption homosexuels), ces thèmes
n’en demeurent pas moins au cœur du débat hexagonal. À l’image du bras
de fer qui oppose le maire de la capitale à celui de son XVe
arrondissement, Philippe Goujon (UMP), qui refuse de célébrer des Pacs
en mairie, bravant - au nom de la loi - une délibération du Conseil de
Paris du 16 juin. L’Inter-LGBT avait, quant à elle, rendu public, le 13
juin, un « avant projet de loi sur l’autorité parentale et le droit des
tiers » à propos duquel elle venait d’être auditionnée par le
gouvernement. C’est par ce texte sur les beaux-parents que le lobby
homosexuel entend aujourd’hui faire avancer sa revendication en faveur
de « l’homoparentalité ».
Pour être en pointe, le lobby gay s’amalgame à toutes
les familles fracturées en se décrétant porte-parole de « millions
d’enfants concernés ».
En réalité, nombre de sociologues et d’associations familiales sont
hostiles à un statut du beau-parent. Ainsi Sos papa, association de
pères divorcés, voit dans le renforcement des droits du beau-père un
accroissement de l’exclusion du père biologique. L’Inter LGBT aimerait
quant à elle que le projet de loi aille plus loin que la simple
délégation d’autorité parentale et permette l’adoption simple de
l’enfant par le beau-parent. Gaylib, composante gay de l’UMP, approuve.
Mais les critiques font valoir qu’on entre dans un
cercle vicieux au fil des recompositions familiales en faisant peser
sur l’enfant des autorités successives aussi illégitimes que précaires.
L’hebdomadaire Le Point a d’ailleurs récemment dénoncé ce « mythe de la
famille recomposée idéale » (29/05). Selon les témoignages recueillis,
on est loin de l’harmonie présentée par certaines images d’Epinal. Les
liens du sang ne se remplacent pas si facilement. On constate que, d’un
côté, l’autorité des beaux-parents est fréquemment récusée et que, de
l’autre, les enfants majeurs de parents divorcés sont nombreux à ne
jamais revoir leur père. Ces mélis-mélos familiaux génèrent beaucoup de
souffrance.
Pourtant, en consultant la pluie de dépêches traitant
de la guerre homosexuelle, on comprend où se situe pour beaucoup « le
sens de l’Histoire » :
« À
la traîne », les pays africains où l’on déplore brimades et
persécutions, mais aussi ceux de l’Est où les gay pride provoquent des
remous (Les Polonais restent hostiles à 76 % au mariage homosexuel et
90% à l’adoption par des homosexuels).
« En
avance », les pays qui ont déjà légalisé l’adoption homosexuelle comme
le Canada (où deux Françaises tentent de l’importer dans l’hexagone en
revendiquant leur nationalité pour le bébé dont elles sont les deux
mères selon le droit canadien).
Et puis, il y a les anecdotes qui, l’air de rien, font
avancer les idées. D’Italie les provocations de Vladimir Luxuria,
travesti et ex-député de gauche sont rapportées avec complaisance. En
Grèce, le porte-drapeau des gays, Evangélia Vlami, a taxé de
« racisme » la plainte d’habitantes de l’île de Lesbos qui contestent
le « détournement » du mot lesbienne !
En Grande-Bretagne, c’est plus sérieusement et sur le front ultime
qu’on se bat : en « célébrant leur mariage » deux prêtres anglicans
(deux hommes) ont rouvert le 14 juin la douloureuse fracture qui, sur
ce sujet, mine la Communion anglicane. Cette fois c’est Dieu, ultime
recours, qu’on instrumentalise.
28-06-08
Israël affûte ses armes en prévision d'une frappe contre l'Iran
Article de Piotr Gontcharov publié le 25 juin 2008
Les frappes aériennes israéliennes contre les sites nucléaires iraniens
ne sont plus qu'une question de temps. Bien entendu, si l'Iran persiste
à développer ses propres technologies d'enrichissement de l'uranium.
C'est un article du New York Times sur les récents exercices des forces
navales israéliennes dans l'Est de la Méditerranée qui arrive à cette
conclusion. Ces exercices ont fait beaucoup de bruit et suscité de
nouvelles thèses de la part des experts sur l'éventualité d'un raid
aérien contre les ouvrages nucléaires de l'Iran. Cette fois, le rôle de
l'exécutant est réservé à Israël. Des "officiels anonymes de
l'administration américaine et du Pentagone" ont déclaré au New York
Times, qui avait "découvert" ces exercices, qu'ils devaient être
considérés comme une "répétition d'un bombardement potentiel" des sites
nucléaires iraniens.
Certains détails de ces deux semaines d'entraînement sont
particulièrement significatifs: y ont participé plus de 100 chasseurs
F-16 et F-15, ainsi que des hélicoptères et avions ravitailleurs qui
ont volé sur 1.500 km, ce qui correspond à la distance entre Israël et
le complexe iranien d'enrichissement de l'uranium à Natanz.
Et ce n'est pas tout: le premier ministre israélien Ehud Olmert a reçu
ces jours-ci le principal "cerveau" du raid aérien israélien contre le
réacteur irakien Osirak en 1981. Citons encore les derniers pronostics
de John Bolton, ancien secrétaire d'Etat adjoint chargé des questions
du contrôle des armements. D'après lui, Israël portera un coup dès
cette année, mais après l'élection présidentielle aux États-Unis, afin
de ne pas brouiller les cartes des républicains.
Comme on dit, le diable se cache dans les détails. Le fait qu'une nouvelle fuite du Pentagone et de l'administration américaine ait été organisée par des officiels, bien "qu'anonymes", la rend bien plus précieuse que les prédictions apocalyptiques d'attaque contre l'Iran faites par le célèbre journaliste d'investigation américain Seymour Hersh. Mais le commentaire de ces officiels "anonymes" est pour le moins curieux. D'après eux, le but de ces exercices était de montrer aux États-Unis et à d'autres pays qu'Israël est prêt à employer la force, s'il s'avère impossible de persuader Téhéran par des moyens diplomatiques de renoncer à l'enrichissement de l'uranium.
Bref, le commentaire va droit au but, surtout si l'on remplace
"États-Unis" par "Iran". En fait, Israël a de nouveau rappelé à l'Iran
et au reste du monde qu'il était prêt à empêcher Téhéran par tous les
moyens possibles de développer ses propres technologies
d'enrichissement de l'uranium.
Cette position d'Israël est évidente et argumentée. Que lui reste-t-il
à faire si le guide spirituel et le président d'un pays qui développe
ses propres technologies nucléaires, technologies qui lui permettront
de créer une bombe atomique à la simple condition d'en avoir la
"volonté politique", ne cessent de déclarer qu'il faut rayer l'Etat
d'Israël de la carte du monde? Qui plus est, les dirigeants iraniens
invitent les leaders du Hamas à lutter les armes à la main pour libérer
la Palestine, naturellement, contre Israël.
Quelque chose saute aux yeux ces derniers temps dans la confrontation
entre Israël et l'Iran. C'est d'abord un changement considérable de ton
dans les déclarations d'Ehud Olmert à l'adresse de Téhéran, et ce,
depuis sa récente visite aux États-Unis. C'est au cours de cette visite
qu'Hillary Clinton et Barack Obama ont tous deux assuré Israël, leur
"allié le plus fidèle" au Proche-Orient, de leur soutien inconditionnel
en cas de son conflit armé avec l'Iran (John McCain, lui, n'a jamais
laissé planer aucun doute sur ce soutien). Il est peu probable que les
déclarations des démocrates s'expliquent uniquement par la campagne
présidentielle. Ehud Olmert s'est également assuré ce soutien de la
part du président Nicolas Sarkozy et du premier ministre britannique
Gordon Brown.
La question de savoir s'il faut bombarder ou non les sites nucléaires
iraniens a toujours été douloureuse pour Israël. Les experts israéliens
n'ont jamais caché leur crainte que le pays ne se retrouve seul face à
un Iran nucléaire. Et il y a de quoi. L'apparition d'une bombe atomique
en Iran aurait un arrière-goût de verdict pour l'Etat hébreu. C'est
pourquoi la question de savoir qui bombardera l'Iran, les États-Unis
eux-mêmes ou Israël, a toujours été à l'ordre du jour dans les
relations entre Tel-Aviv et Washington.
A en juger par l'article du New York Times, un consensus a été trouvé.
Le problème est réglé. Quant à l'article en lui-même, il est, dans une
certaine mesure, un avertissement lancé aussi bien à l'Iran qu'à la
communauté mondiale. D'autant que les exercices et leur "couverture"
médiatique ont coïncidé avec une nouvelle tentative de persuader l'Iran
de renoncer à l'enrichissement de l'uranium. Quelle sera à présent la
réaction des principaux intéressés ?
Un nouveau "paquet de propositions" a été remis ces jours-ci à Téhéran
par le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de
sécurité commune Javier Solana. Ces propositions, qualifiées de
"carotte", ont été élaborées par les six médiateurs internationaux
chargés du dossier iranien (les cinq membres permanents du Conseil de
sécurité de l'ONU plus l'Allemagne). Elles prévoient, entre autres,
d'apporter un soutien à l'Iran dans la construction d'un réacteur à eau
légère sur la base de technologies modernes, des garanties dans le
domaine des livraisons de combustible nucléaire, ainsi que d'autres
préférences. L'Iran bénéficierait d'avantages dans les domaines du
nucléaire civil, du commerce, des finances, de l'agriculture et des
hautes technologies. Ces propositions sont, semble-t-il, très
attrayantes, et les six fondent sur elles un espoir particulier.
Cependant, Téhéran s'en tient à sa position. Il considère toute
exigence de mettre fin aux travaux d'enrichissement de l'uranium comme
inadmissible. Sa dernière réponse est la suivante: "Pour l'Iran,
l'arrêt de l'enrichissement de l'uranium se trouve au-delà de la ligne
rouge. Nous devons posséder cette technologie".
Fait paradoxal: si l'Iran atteint un certain niveau sur le plan des
technologies d'enrichissement de l'uranium, il s'agira également pour
Israël d'une "ligne rouge", au-delà de laquelle le développement de la
situation peut être suicidaire pour lui. C'est pourquoi des frappes
aériennes ne sont pas du tout exclues.




