jeudi 26 novembre 2009
Nous sommes disqualifiés !
Article de Philippe Bilger publié le 20 novembre 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Les embrassades françaises à la fin du match France-Irlande ont été obscènes. Escalettes dans les bras de Domenech, c'était vraiment l'inertie félicitant l'impuissance.
Quand, en dépit du chauvinisme qui est celui de la plupart des sportifs - surtout de ceux qui le sont par procuration -, des protestations s'élèvent devant la triche, la honte d'un telle qualification, ce pitoyable spectacle couronné par une incroyable fraude, force est d'admettre qu'on a atteint le comble.
Quand François Bayrou, Alain Finkielkraut ou Bixente Lizarazu se rejoignent pour déplorer l'indignité d'un tel succès, quand le président de la République à l'évidence gêné se contente du minimum pour célébrer le résultat final, on est obligé de reconnaître que la polémique dépasse le sport pour concerner à nouveau la morale publique, la morale tout court (TF1, JDD, nouvelobs.com, Le Parisien). Raymond Domenech, pour ne pas changer, fait semblant de ne pas comprendre (l'express.fr). Rama Yade, peu inspirée elle aussi, se laisse aller à une déclaration attristante qui fait passer Thierry Henry pour un débile mettant la main sans savoir qu'il la met. Si quelqu'un devait, au lieu d'endosser le corporatisme tricolore, rappeler l'éthique, c'était bien elle ! La connaissant, on peut espérer qu'elle se rétractera et incriminera les médias.
Je n'irais pas soutenir que Thierry Henry aurait dû accomplir ce qu'aucun sportif, jamais, n'a eu l'élégance de faire : révéler spontanément sa faute au risque de faire perdre son équipe. Comme l'a dit Laurent Blanc moquant "les vertueux", c'est "un fait de jeu" (France 2). Le capitaine de l'équipe de France, le score acquis, a reconnu son double contrôle de la main mais, comme il est habituel, s'est déchargé de sa responsabilité sur l'arbitre. Il n'a pas tort. Sur Twitter, Thierry Henry s'est d'ailleurs excusé auprès de tous ceux qui avaient été choqués par son comportement. Mais qui, à sa place, dans le feu de cette épreuve qui approchait de son terme, n'aurait pas risqué le même geste et l'aurait d'emblée avoué ? Personne évidemment.
Rien ne serait plus ridicule également que s'en prendre aux joueurs qui, en dépit de leur prestation médiocre sauf pour Nicolas Anelka et le formidable Hugo Lloris, n'ont pas à rendre des comptes, pour leur action, à ceux qui se contentent de théoriser sur elle.
Le scandale, en effet, c'est l'étrange attitude de cet arbitre suédois, excellent jusqu'au moment crucial, qui a paru dépassé, incapable de s'enquérir et de réagir. Pour ne pas parler de ceux qui l'assistaient et qui n'ont rien vu ou rien voulu voir. Sans tomber dans le soupçon, comme l'a laissé entendre L'Equipe, était-il concevable pour le monde du football de laisser la France à la porte de l'Afrique du Sud ? Comment cet arbitre a-t-il pu de bonne foi ne pas remarquer ce double contrôle de la main et le hors jeu ? Comment a-t-il osé ne pas même une seconde prêter l'oreille aux protestations irlandaises et à l'embarras français, malgré l'enthousiasme affiché sur le terrain ?
Le gouvernement irlandais a demandé à la FIFA de faire rejouer le match en raison de la tricherie avouée par Thierry Henry qui, même s'il ne pouvait décemment la nier, aurait pu s'enfermer dans un mutisme de mauvais aloi. L'entraîneur italien de l'Irlande lui a d'ailleurs d'une certaine manière rendu hommage et les supporters irlandais ont fait preuve d'une belle sportivité en admettant qu'une erreur à leur bénéfice ne les aurait pas non plus indignés. Il n'y a aucune chance de voir aboutir la requête de l'Irlande. Celle-ci a d'ailleurs été rejetée rapidement en dépit de la bonne volonté contrite d'Henry appelant à un nouveau match. Une fraude qui crève les yeux et qui pervertit l'issue d'une compétition, ce n'est pas suffisant pour la FIFA. Il aurait fallu un mort sur le terrain ?
Alain Finkielkraut, en moraliste rigoureux, aurait préféré une défaite honorable à cette victoire lamentable. Pour ma part, sans aller jusqu'à cet absolutisme, je ne peux m'empêcher de relier cette lamentable et honteuse conclusion, au détriment d'une vaillante et robuste équipe d'Irlande, à tout le processus qui a précédé. L'immoralité de la fin à la médiocrité du parcours. La joie choquante au dernier coup de sifflet à ces incroyables péripéties à la fois administratives et sportives, à cette bureaucratie somptuaire et frileuse qui validait sans cesse l'entraîneur Domenech à proportion du jeu catastrophique qu'il inspirait. Ces embrassades obscènes de la fin, elles étaient à l'image de l'histoire décevante et, pire, sans élan ni joie, de l'équipe de France sous Domenech et les apparatchiks du football l'ayant maintenu, parce qu'au fond, là où le citoyen a envie de vibrer, eux ils ont envie de gagner. Dans tous les sens et à n'importe quel prix.
Si on avait une Fédération digne de ce nom, elle aurait déjà proposé une date pour le nouveau match.
A armes égales. Sans coup de main.
lundi 9 novembre 2009
Tracasseries pour faire renouveler sa carte d’identité : Sarkozy n’est pas à l’abri...
Agoravox
Article de Yohan publié le 9 novembre 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre
du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et
il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
"Je me permets de vous dire notre stupéfaction devant le refus de
l’antenne de la Préfecture du 191, rue de Charenton (Paris 12ème), de
renouveler la Carte Nationale d’identité de mon époux au motif qu’il ne
peut fournir un certificat de nationalité française.... "
... Son père est né en Italie en 1905 et a été
naturalisé français à son arrivée en France au moment de la guerre. Mon
mari est né à Bry-sur-Marne en 1932. Depuis lors, il a toujours eu la
nationalité française qui ne lui a jamais été contestée lors des
renouvellements successifs de sa carte d’identité.
Il a participé à la guerre d’Algérie et détient à ce titre une reconnaissance de la Nation et une carte d’ancien combattant. Nous ne pouvons comprendre que tout son passé soit remis en cause et qu’il doive engager des démarches de plusieurs mois, afin de prouver une nationalité qu’il détient depuis 77 ans. Merci de nous indiquer le chemin à suivre pour sortir de cette aberrante situation"
Telle est la lettre récemment adressée au Préfet par un couple de retraités, sitôt après s’être trouvé face au mur de l’administration.
Une guichetière, peu amène, droite dans ses bottes et visiblement ravie de manier le "mais Madame, je vous ai dit que.... nous avons des consignes..." venait de renvoyer son français de mari vers les services de l’immigration. Même situation chez la famille D.G. dont le mari, âgé de 76 ans,
français d’ascendance italienne, devait lui aussi faire renouveler sa
CNI. Éconduit par les services de la même Préfecture, et croyant à une
mauvaise blague, l’épouse apprend de la bouche d’un juriste qu’elle
devra bien effectuer les fastidieuses démarches, seule au demeurant,
son époux sortant d’une lourde opération. Sa carte d’identité, la Préfecture pourra bien lui envoyer dans les
nuages, puisque le monsieur en question est entre-temps décédé, une
situation qui reste en travers de la gorge de la dame. Depuis, outre le
deuil à faire, une question la taraude : son mari est-il mort apatride ? En théorie, du jour où vous êtes français, vous ne cessez jamais de l’être. Et pourtant.... Les titres d’identité qui hier étaient renouvelés
sur simple présentation du précédent document sans autre vérification,
ne sont plus acceptés. Pour le législateur, cette facilité était
visiblement de trop. Au nom de d’impératifs de sécurité liés principalement aux affaires
de terrorisme, la redoutable machinerie administrative à la française
s’est remise en marche, sans avoir besoin d’une seule goutte d‘huile. Aussi légitime que soit l’intérêt de concevoir un dispositif sûr
pour reconnaître et garantir l’identité des citoyens, fallait-il en
arriver là ? Actuellement, de nombreuses préfectures exigent le certificat de
nationalité française, même pour des personnes âgées, qui ont parfois
l’impression de revivre les heures sombres de la Stasi.... Tenez vous le pour dit : votre ancienne carte d’identité pourtant
"sécurisée" ne vaut rien face à une administration butée et parfois
désobligeante, surtout lorsque vous vous appelez Ramirez, Revelli,
ou....Sarkozy.... ? Si votre ascendance n’est pas française, et bien que né en France et
français de nationalité, il vous faudra vous aussi prouver bientôt
votre nationalité française, quand bien même votre passeport l’atteste
et que vous venez d’être invité à voter aux dernières élections. Une situation qui peut parfois virer au cauchemar quand
l’administration exige de vous des certificats qu’elle-seule est
habilitée à vous fournir..... Du boulot en perspective pour le médiateur de la République...
vendredi 16 octobre 2009
Hulot, tu nous fatigues !
Article de Philippe Bilger publié le 6 octobre 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Son visage sympathique est trompeur : on sent que l'apocalypse à venir, dont il nous rebat les oreilles depuis la dernière élection présidentielle, l'emplit de joie car elle le place sur le devant de la scène politique et médiatique et offre le grand mérite de nous faire peur. Chez Nicolas Hulot, il y a quelque chose qui relève de l'écologiste fouettard.
D'abord, on le voit trop, on l'entend trop, il occupe trop de place dans les quotidiens et les magazines (Le Monde, Le Figaro Magazine, Le Parisien, Le Nouvel Obs, Le Journal du Dimanche, Metro). La saturation ne me guette pas, je l'éprouve dans son intensité surabondante. Je quitte Paris, Nicolas Hulot ne me quitte pas. Je reviens, j'allume la radio, sa voix sur France Inter m'annonce des catastrophes. Je lui suggère une cure d'effacement et de silence. Il me semble qu'on a compris son message, qu'il fasse trembler ou non.
Surprenant comme dans notre pays on constate, à intervalles réguliers, l'apparition de "Savonarole du pauvre". On a eu Alain Finkielkraut, dans sa période de légitime vitupération sociétale et éducative. Courtisé par les médias, il en profitait pour diffuser avec lucidité une aigreur démocratique. Maintenant, Nicolas Hulot a pris la suite. Il ne se contente pas de l'état intellectuel et moral de la France, il prend en charge la planète et sur un ton chaleureusement comminatoire nous enjoint de respirer avec mauvaise conscience. Il ne supporte plus de nous deviner bêtement heureux, malgré tout. Pour l'homme ordinaire, la félicité se conquiert contre les malheurs du monde. Pour Hulot, ces derniers, qui sont nombreux et bouleversants, doivent entrer dans notre cuisine. Il est hors de question de se mettre à l'abri même de ce sur quoi on n'a nulle prise. Il faut boire l'écologie jusqu'à la lie. L'hallali résonne sans cesse dans nos oreilles. Savonarole au petit pied et au verbe assuré, il délivre des sermons et, à l'écouter religieusement, on s'étonne qu'une part de l'humanité n'ait pas déjà décidé de se supprimer ou choisi de revenir aux temps confortables et écologiquement purs de l'âge de pierre. Ces vocations de prêcheur pourraient être drôles, elles finissent par être lassantes. Le pire adviendra un jour, c'est sûr, mais la décence ne serait-elle pas de nous en épargner à chaque seconde de notre existence le récit fantasmé ? Le clergé laïque ne m'a jamais enthousiasmé.
Sur le fond, qui peut réellement soutenir que derrière la musique crépusculaire il a parfaitement saisi la portée des paroles ? Effet de serre et réchauffement climatique, développement durable, taxe carbone (un président de la République qui le prend au tragique vaut largement une infinité de citoyens qui au bord du gouffre continue à se divertir), désertification, surpopulation, combien de thèmes ressassés aujourd'hui qui au mieux constituent un vague et lancinant accompagnement dans notre quotidien, au pire un insupportable bruit de désastre qui à la longue nous émeut moins qu'il ne nous fait rire, bizarrement ! Le tocsin qui sonne en permanence a en effet comme conséquence perverse de créer, au sein de la société, une indifférence mais nerveuse, agitée, sans qu'on puisse espérer l'ombre d'une véritable prise de conscience. Cette manière qui n'est pas loin d'un processus totalitaire, comme le souligne Daniel Cohn-Bendit dans Marianne, au lieu de nous entraîner doucement vers les pays désirés, nous en écarte. L'injonction, pour être républicaine, n'est tout de même pas le meilleur moyen pour mobiliser. On fuit, alors, plus qu'on n'adhère.
Pas seulement parce qu'à la longue nous serons tous morts, selon la formule célèbre de Keynes.
Aussi, et c'est plus sérieux, en raison du fait qu'à tort ou à raison l'écologie, passion extrême, semble moins prioritaire pour le commun des citoyens que les drames lourds, immédiatement tangibles, destructeurs sur-le-champ, que l'univers secrète pour son plus grand malheur : guerres, famines et indignités politiques. L'obsession environnementale est devenue un culte pour les uns et une formidable opportunité pour les autres, notamment les politiques : elle cumule le mythe de l'avenir radieux parce qu'appauvri avec les méfaits d'une crise qui, elle, ne se laisse pas aisément maîtriser. Elle panse aujourd'hui avec demain, l'ensemble demeurant assez flou pour n'imposer rien de déterminant.
Enfin, puis-je, sans légitimité particulière, suggérer à Nicolas Hulot de changer de ton pour nous donner envie d'accomplir de petits pas vers un mode de vie plus sain, plus économe ? Je n'irais jamais faire de mon quotidien une sorte de pensum domestique où le moindre élan devrait être aboli parce qu'à tout instant le poids du destin mondial pèserait sur mes épaules. Mais il y a une marge. Il y a, j'en suis persuadé, une écologie pour honnêtes gens. Pourquoi Hulot n'aurait-il pas l'habileté et la sagesse de ces médecins non spécialisés dans la diététique qui, pourtant, vous convainquent bien mieux de la nécessité d'un régime acceptable que les diététiciens les plus rigides qui vous en dégoûtent ? Il est clair qu'on n'a pas envie d'un avenir encore plus sombre avec le remède qu'avec le mal. Un peu d'humanité ne nuirait pas.
Je déteste ces bonnes idées qui se dégradent en idéologie. Premier conseil : que Nicolas Hulot nous laisse un peu vivre et rabâche moins !
jeudi 1 octobre 2009
Merci la grippe
Article de Nicolas Huchet publié le 1er octobre 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
J’ai comme l’impression que vous n’avez pas bien compris ce qu’on vous répète en boucle : avec la grippe AH1N1, on va tous y passer ! Oui, je sais, vous aviez sans doute d’autres projets en vue pour la rentrée (faire redécorer votre pavillon par Valérie Damidot ou vous lancer dans le commerce équitable de fausses Rolex). Malheureusement, il va falloir remettre tout ça à votre prochaine métempsycose, parce que techniquement, ce sera pas possible dans cette vie-là
D’un autre côté, réjouissez-vous : vous partirez avant d’avoir été ruiné par la crise financière. Profitez-en donc pour acheter à crédit des trucs hors de prix : puisque vous ne paierez que deux ou trois mensualités, ce serait vraiment dommage de se priver. En plus, votre prodigalité relancera la croissance, pour d’éventuels rescapés qui n’oublieront pas la grandeur d’âme dont vous aurez fait preuve face à l’adversité. De toute façon, c’est pas maintenant que vous allez ouvrir un Livret A !
Autre avantage substantiel procuré par cette pandémie ravageuse : vous allez pouvoir lever le pied – et le coude surtout ! – en matière alimentaire. Laissez pourrir vos cinq fruits et légumes quotidiens dans le frigo, et reprenez une troisième portion d’apfelstrudel. Côté liquide, et sans vouloir vous inciter à l’alcoolisme, je vous rappelle que l’eau se raréfie et que, de toute façon, les nappes phréatiques sont polluées par des pesticides industriels aux vertus mortifères éprouvées. Le rhum, le Sancerre et la Guinness sont garantis 0 % défoliants, eux. Quant au tabac enfin, c’est vraiment pas le moment d’arrêter puisque, je vous le rappelle, H1N1 vous aura chopé avant que vos poumons soient assez goudronnés pour pouvoir intenter un procès à la Seita.
Mourir idiot : n’est-ce pas là une de nos hantises les plus « prégnantes » – selon le qualificatif cher à ceux qui n’ont généralement rien à dire ? Il y a tant de facettes du réel qui demeurent pour nous autant de virtualités ne demandant qu’à s’accomplir dans l’aujourd’hui de nos vies… En gros : soyez désormais no-limit ! Vivez à tout instant dans une spontanéité, un arbitraire et une démesure nietzschéennes. Si la vertu est dans le juste milieu1, fuyez-les ; montez le son et foncez ! Bon, au cas où vous seriez bouddhiste, attendez-vous quand même à vous réincarner pendant quelques générations en mollusque sous-marin. Dites-vous néanmoins que, dans cette hypothèse, cela purifiera votre karma devenu aussi chargé que votre foie et votre casier judiciaire…
1 In medio stat virtus (expression à placer lors d’un dîner en ville).
dimanche 6 septembre 2009
Mélissa Theuriau contre la police ?
Article de Philippe Bilger publié le 5 septembre 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Le syndicat de police Alliance a écrit au président de M6, Nicolas de Tavernost, pour se plaindre des propos de Mélissa Theuriau dans Zone interdite. Elle questionnait Brice Hortefeux sur les rapports de la police avec les jeunes. Le syndicat a décelé dans le ton de l'animatrice "une haine non dissimulée" et a considéré que "son comportement extrêmement agressif l'a amenée à salir l'ensemble des policiers" (nouvelobs.com).
Je me suis demandé s'il était bien nécessaire de faire un sort à cette polémique dans la mesure où, sur le plan de l'analyse urbaine et sociale et en matière de sécurité, les médias ont depuis longtemps pris la police comme accusée privilégiée, voire exclusive, en établissant à son encontre une présomption de mauvaise foi. Pour les journalistes, les policiers sont toujours coupables et il faut vraiment des circonstances exceptionnelles pour que cette partialité cède et fasse place à un peu d'honnêteté. La justice est victime du même syndrome. J'y vois une preuve supplémentaire de la répugnance qu'éprouve la mentalité médiatique devant les forces d'ordre et d'autorité. Quand soi-même on ne risque rien, on est prêt à soutenir par l'écrit ou la parole plutôt les voleurs que les gendarmes, plutôt ceux qui s'en prennent à la police et aux magistrats. C'est comme cela, on n'y peut rien.
Si la controverse de Zone interdite me semble mériter tout de même un traitement singulier, c'est qu'elle contient, dans son mince creuset, de quoi nous éclairer sur les vedettes médiatiques, la conception du métier de journaliste et l'image de la police.
En prenant connaissance de la vidéo incriminée par Alliance (Le Post), je ne sais si Mélissa Theuriau exprime de "la haine". Ce qui est sûr, c'est qu'elle n'a pas l'ombre d'un doute dans les questions qu'elle pose au ministre, qu'elle n'est pas inspirée par une sympathie de principe à l'égard de la police et qu'elle développe des généralités hostiles et vagues. Le tout donne l'impression d'une journaliste qui se livre au jeu favori des Français : "se payer" la police, surtout lorsque le thème est porteur et démagogique à souhait : les méchants policiers contre les gentils jeunes !
Dans ce rapide procès à charge - écoutait-elle, d'ailleurs, les précisions du ministre ? -, au-delà de Mélissa Theuriau on devinait les leçons mal apprises d'un journalisme français qui a rarement su trouver le ton juste, tombant dans une révérence ridicule ou dans une hargne gênante. Celle-ci paraît être la conséquence, caricaturale, d'une attitude pugnace et engagée mais informée, vantée par beaucoup et le propre du modèle américain. Toutefois, Mélissa Theuriau a confondu les registres en n'étant plus du tout journaliste mais totalement accusatrice. Il y a un vertige, voire une volupté dans la dénonciation sans nuance mais alors on n'est plus dans le dialogue. Est-il si difficile d'exprimer dans ses questions ce qu'on sait, ce qu'on sent et ce qu'on cherche à savoir ? D'y mettre du doute et de la certitude, de la curiosité et de la croyance ? Si j'avais été journaliste, j'aurais adoré m'éprouver au feu de l'intelligence des autres. Chercher plutôt que trouver.
Il y a sans doute plus dans la démarche inquisitrice de Mélissa Theuriau. Peut-être le sentiment de son importance et l'idée fausse qu'elle pouvait tout se permettre. Il est vrai qu'elle n'est pas n'importe qui. Qu'on lui a mis dans la tête qu'elle n'était pas n'importe qui. Ses bonheurs privés tant célébrés - son mariage avec Djamel Debbouze, l'homme fort du comique en France, et la naissance de leur enfant puis son retour sur M6 - ont pu faire naître chez elle, car cela vient vite et subtilement, l'illusion que sa mythification, l'icône médiatique qu'elle était devenue (sans complaisance ni refus de sa part) l'avaient mise au-dessus des règles ordinaires d'équité et d'impartialité. Son rôle n'était pas de faire plaisir par ses questions aux jeunes ou à la police mais seulement à l'information. C'est plus austère et moins drôle.
Le syndicat Alliance, en écrivant à Nicolas de Tavernost, a choisi la bonne méthode. Pas de judiciarisation absurde et contre-productive mais de la vigilance et une absence totale de résignation. J'ai deviné ici ou là comme un parfum de condescendance devant l'initiative de ce syndicat qui ne se laissait pas faire. Comme si, au fond, on pouvait taper sur la police à tous les niveaux et sur tous les plans ! Il a bien fait de réagir. Je ne sais ce que Mélissa Theuriau fera de cette petite querelle, qui aura au moins l'avantage de ne pas la laisser dans le contentement de soi. Il semble toutefois que M6, plus soucieuse de corporatisme que de lucidité, veuille faire barrage à cet examen de conscience en invoquant "l'objectivité" de sa protégée (Mediapart) !
Dommage car Zone interdite en aurait été meilleure, la prochaine fois.
vendredi 28 août 2009
Grâce pour Bebel
Article de Philippe Bilger publié le 20 août 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
On a très peu connu Jean-Paul Belmondo mais beaucoup Bebel. Le
flamboyant, le gouailleur, l'intrépide, l'acteur virevoltant de
"L'Homme de Rio", l'interprète grave de "Léon Morin prêtre," le jeune
homme aussi riche d'avenir que le film de Godard "A bout de souffle".
L'acteur de théâtre aussi. La personnalité décontractée et sympathique
qui ne parlait pas volontiers d'elle mais toujours prête à glorifier
son père le sculpteur. Il y avait de tout en Bebel et beaucoup de la
France. Les Français lui étaient acquis car ils se retrouvaient en lui.
Alain Delon avait du talent mais il tapait sur les nerfs avec sa
manière de se prendre au sérieux quand Belmondo semblait rire de tout
et d'abord de lui-même. On n'imaginait pas ce dernier statufié,
momifié. Dépouillé de son être, livré sans vergogne, abandonné sans
élégance.
J'ai scrupule à utiliser l'imparfait alors qu'heureusement
Bebel est vivant, toujours parmi nous. Pourtant, depuis qu'il a
surmonté avec courage l'épreuve d'une attaque cérébrale et qu'on a
décidé ces derniers temps de "l'afficher" comme un produit, je ressens
une gêne, un malaise, non pas devant son état que sa volonté n'a cessé
d'améliorer mais à cause de l'exposition médiatique dont on l'accable
et qu'on lui impose.
Elle avait été précédée par un film indécent et
lamentable de Francis Huster, qui instrumentalisait ce que Belmondo
était devenu. Celui-ci, pas dupe, a d'ailleurs déclaré récemment que
"le film était mauvais".
Il y a eu, ensuite, des reportages sur lui
dans Paris Match et Gala. J'entends bien qu'ils étaient consacrés à des
conflits liés à son amie Barbara, à son ex-épouse Natty, à leur fille
et que l'actualité semblait les commander. Il n'empêche que si on
tenait absolument à traiter de ces sujets intimes et personnels, on
aurait pu, on aurait dû par décence, par élégance laisser Jean-Paul
Belmondo en dehors de ce cirque. Pourquoi le photographier avec son
regard fixe, à la fois plein d'allure et pathétique, ce n'est plus
Belmondo, c'est quelqu'un qui désespérément cherche à rattraper des
bouts de lui-même ? Ne pourrait-on cesser de le solliciter, de le
photographier, à la fois pour lui-même et pour tous ceux qui l'ont aimé
et le préféreraient enclos dans une discrétion qui le maintiendrait
intact et préservé dans nos souvenirs ? Ce n'est pas lui que
j'incrimine mais cette propension médiatique à ne s'assigner aucune
limite, à profiter jusqu'à l'extrême de la célébrité toute désarmée
d'un homme, en feignant de respecter son passé tout en souillant son
présent.
Il est évident que l'on avait conscience de ce mauvais goût
dans la représentation de ce formidable artiste diminué, figé dans une
attitude triste à pleurer. Qu'on ne dise pas que c'était rendre hommage
coûte que coûte à la vie quand au contraire, dans ses tréfonds
sadiques, la démarche ne visait qu'à montrer sa dégradation.
Le film
était de trop. Ces photographies étaient de trop. La bienséance,
surtout à l'égard d'un Belmondo, du héros d'hier, de l'homme digne
d'aujourd'hui, ne serait pas inutile.
Je demande grâce pour Bebel.
dimanche 16 août 2009
Le mammouth qui attrape H1N1, ça trompe les éléphants et ça trouble un ministre
Agoravox
Article de Bernard Dugué publié le 13 août 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre
du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et
il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Vous connaissez tous cette histoire qu’on se raconte un soir au
comptoir ou bien à table en famille entre la poire et le fromage. Un
jour, j’ai vu un type qui mettait des bouts de laine sur les rails du
train, espacés de deux mètres. Le gars avait d’ailleurs un double mètre
pour réaliser cette opération. Il ne ressemblait pas à Julien Coupat.
Je lui ai demandé « pourquoi places-tu des bouts de laine espacés de
deux mètres sur les voies du chemin de fer ». Il m’a alors répondu « si
je fais ça c’est pour éloigner les éléphants ». J’ai rétorqué alors
« mais voyons, il n’y a pas d’éléphants ici ». Il a répliqué « eh bien
tu vois, c’est la preuve que ça marche »
Un prochain jour, on rencontrera un gars du ministère de la santé. Il décrètera que tout le monde doit être vacciné contre la grippe. Et les autorités exécuteront. Plus tard, un journaliste demandera au type du ministère pourquoi il a vacciné tout ce monde puisqu’il n’y a pas eu de pandémie, juste une simple épidémie saisonnière et l’officiel lui répondra, eh bien, vous voyez bien que ça a marché, cette campagne de vaccination.
Le gars responsable à l’éducation nationale, appelons-le
Luc Chatel, se prépare à fermer les écoles pendant une durée
indéterminée. La décision sera prise à une date indéterminée et la
durée de l’opération qui se fera au cas par cas sera également
indéterminée. C’est normal, la pandémie de niveau 6 est d’une intensité
indéterminée. Au final, l’épidémie devrait être achevée vers le mois de
février. Les cours reprendront on ne sait quand. Le ministre sera
critiqué au vu de cette épidémie si ordinaire qui n’a pas eu un impact
si foudroyant. Mais il répliquera, sourire au lèvre, qu’il a eu raison
de fermer les établissements, la preuve étant que l’épidémie a été
moins sévère que si elle avait été plus indéterminée dans le niveau 6.
C’est à se demander si ce gouvernement est très sérieux en préparant les esprits à vivre un chaos social pour une banale grippe. Qui du reste, ne sera pas contenue par cette ligne Maginot antivirale. On aurait aimé un autre discours. Du genre, l’activité doit être maintenue tant que c’est possible. Les personnes valides, grippées ou non, doivent être sur le pont. La grippe est supposée être d’intensité saisonnière, ne justifiant aucune mesure spécifique autre que celles pratiquées chaque année. Cette affaire mérite trois remarques d’ordre analytique. D’abord, la réaction du ministre apparaît comme démesurée si bien que les effets de la grippe A liés aux décisions administratives risquent d’être plus préjudiciable à la société que l’effet par lui-même du virus grippal, même en cas d’une épidémie plus sévère qu’à l’ordinaire. Ce qui est déjà arrivé ces dernières décennies. Je ne parle pas des grippes asiatiques mais d’années plus sévères. Il faut savoir que le nombre de cas déclarés varie du simple au décuple selon les années épidémiques. Aussi étrange que cela puisse paraître, il ne faut pas tant redouter la grippe que les mesures intempestives des autorités. Ainsi, le principe de précaution s’inverse, induisant un effet pervers. A force de trop anticiper une pandémie, l’effet d’une application appuyée de ce principe produit plus de nuisance que s’il n’était pas appliqué. Ce n’est pas un point de détail mais un sujet de controverse et de débat qu’il faut mettre sur la place publique. Pour l’instant, il n’y a pas de discussion, les professionnels s’affolent plus à cause des réactions de l’Etat qu’à cause du virus.
L’opposition politique se tait, les éléphants du PS
sont muets, sans doute affolés par la souris du virus H1N1 qui accouche
d’une montagne de précautions. Pourquoi alors le ministre Chatel a-t-il
cru bon de s’activer ainsi en pleine période de vacance au risque de
semer le trouble et l’inquiétude ? Luc Chatel est-il vraiment en pleine
possession de ses compétences ou alors a-t-il franchi allègrement le
principe de Peter. Sans doute une excès de zèle. Comme pour conjurer
cette image d’un ministre de la Santé guilleret en polo Lacoste et
désinvolte alors que la canicule décimait nos vieux. Mais comparaison
ou imitation ne vaut pas raison. L’empressement de Luc Chatel est non
approprié.
Difficile de conclure sans employer cette formule lapidaire. Nous
sommes gouvernés par des fous. Quant à ce principe de précaution, je
rêve de tordre le cou à ceux qui nous ont imposé ce fardeau digne des
ères moyenâgeuses.
vendredi 3 juillet 2009
Exit Laporte, par la petite porte
Article de Luc Rosensweig publié le 3 juillet 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
C’est une banale et triste histoire de maltraitance. Celle d’un brave garçon, un peu simplet mais généreux, lâché dans un monde de brutes qui s’ingénient à faire de sa vie un enfer. Comme souvent dans ce genre de circonstances, la loi du silence et l’indifférence des voisins laissent se perpétuer une situation intolérable.
Pendant deux ans, jour après jour, un homme a été en butte aux humiliations, coup bas, lazzis et avanies de la part de ses camarades de travail, qui avaient fait de lui leur tête de turc.
Cet homme s’appelle Bernard Laporte, ci-devant secrétaire d’Etat aux sports, dont Nicolas Sarkozy vient de mettre fin au calvaire en l’exfiltrant d’un gouvernement où il souffrait le martyre.
C’est dans Paris Match, qui, cette fois-ci, se penche sur une vraie détresse, que Bernard Laporte a raconté ses malheurs.
On lui a tout fait. Passe encore que sa ministre de tutelle, la redoutable Roselyne Bachelot, ait limité son pré carré à un bac à sable où il pouvait faire mumuse pendant qu’elle allait parader dans les temples du sport-spectacle : la politique, c’est un métier, et les arpettes doivent en baver jusqu’à ce qu’ils deviennent assez costauds pour se faire respecter.
Brimé par sa patronne, Bernard aurait pu trouver quelque réconfort auprès de ses camarades de chambrée du gouvernement Fillon. Il n’en fut rien. Au contraire, chacun s’ingéniait à en rajouter dans les brimades, bizutages et autres cruautés dont seuls les enfants dans les cours de récréation et les membres d’un gouvernement de la République sont capables.
Dans ces jeux pervers, les filles ne sont pas les dernières à se mettre en avant, avec une perfidie encore plus cruelle pour les victimes que la brutalité fruste des mâles. Ainsi, Rachida Dati laissa courir la rumeur d’un Laporte géniteur de sa petite Zohra sans tenir compte des dommages que ce bobard allait provoquer dans la famille de l’ancien entraîneur de l’équipe de France de rugby. “Rachida, du moment qu’on parle d’elle, elle est contente !”, explique Bernard, qui se demande aujourd’hui si l’ex-Garde des sceaux n’était pas elle-même à la source de cette rumeur dévastatrice.
Dans le milieu dont Bernard est issu, on sait depuis longtemps que les gonzesses ne sont bonnes qu’au pieu ou à la cuisine, et nulle part ailleurs, et que la bonne odeur des vestiaires après le match et les libations de la troisième mi-temps sont les remèdes les plus efficaces contre les coups durs de la vie.
Laporte a fait l’expérience que la politique, c’est encore moins les bisounours que le rugby. Il en veut particulièrement à Bernard Kouchner, non de lui avoir fait un coup de vice lors d’une mêlée ministérielle, mais de l’avoir purement et simplement ignoré, de ne pas lui voir accordé plus d’attention qu’à un garde républicain de l’Elysée : “Il ne m’a jamais dit bonjour, jamais adressé la parole”, se plaint-il, en constatant, amer, qu’il était “transparent” aux yeux du ministre des Affaires étrangères.
Et de conclure, non sans lucidité : “Pour eux, je n’avais pas les codes, pas le vernis, pas les réseaux, je n’existais pas.”
J’avoue avoir été, un bref instant, saisi d’une compassion pour ce “petit Chose” jeté dans la foire aux vanités politiques, enclin à me faire le défenseur du brimé contre ses tourmenteurs. Et puis m’est revenu en mémoire le Laporte éructant contre ses joueurs à la mi-temps, les traitant plus bas que terre au prétexte de les motiver. C’est peut être efficace – encore que son successeur Marc Liévremont obtienne des résultats honorables avec des méthodes moins brutales –, mais cela relativise considérablement les lamentations du secrétaire d’Etat remercié. Sarkozy aurait dû appeler son compère Jo Maso au gouvernement, au moins les choses auraient été claires.
dimanche 21 juin 2009
À visage découvert
Article de Elizabeth Lévy publié le 19 juin 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
“Peut-on empêcher la femme musulmane d’affirmer son identité ?” Je ne sais plus quel journaliste de radio a lancé avec cette phrase le sujet sur la burqa (ou j’ai préféré l’oublier), mais évidemment, la réponse était contenue dans la question. Et c’était non, bien sûr : on ne saurait, sous peine d’être taxé de ringardisme ou de racisme, empêcher qui que ce soit de se livrer à quelque exhibition identitaire que ce soit – même quand cette exhibition consiste à se cacher des regards du reste du monde. Les identités c’est sacré, proclament chaque jour les médias et les grandes consciences. Imposer des limites à certaines d’entre elles serait de surcroît atrocement discriminatoire.
En réalité, on peut et on doit empêcher la femme musulmane d’affirmer son identité quand cette affirmation heurte la décence commune, c’est-à-dire la culture commune. On trouverait, j’imagine, assez légitime, d’empêcher une femme à qui son identité imposerait d’être promenée en laisse de laisser libre cours à ses pulsions identitaires dans la rue. Je ne vois pas de raison d’être plus tolérante avec celles qui s’affirment en se cachant. Que certains et certaines s’épanouissent dans la servitude ne nous oblige en rien à leur donner droit de cité dans la Cité.
C’est mon choix, nous disent-elles, ces femmes sans visage, à l’image de cette titulaire d’un mastère qui expliquait sur France Info que sous son niqab (terme qui vient de faire son entrée dans notre vocabulaire), elle se sentait pleinement “épanouie”. Au passage, elle confiait qu’en-dessous, elle était habillée en jean’s et t-shirt. “Et pourquoi pas à poil, ça devient érotique”, me souffle un copain. Je m’égare.
D’abord, ne soyons pas naïfs : les femmes voilées de pied en cap sont rarement autorisées à causer dans un micro, puisque l’objectif de leur armure vestimentaire est précisément de leur interdire tout contact avec le monde extérieur, celui-ci commençant à la lisière de la famille nucléaire, et encore, après un certain âge, il n’est pas certain que les garçons aient le droit de voir leur mère en jean’s. Elles sont plus souvent analphabètes que diplômées de l’enseignement supérieur. Celle qui répond aux journalistes est donc, par le simple fait qu’elle répond, une exception. Et quand bien même toutes seraient dans ce cas, je m’en fiche complètement, que les femmes-fantômes soient consentantes et épanouies. Moi, je ne suis pas consentante.
Le défilé des bonnes âmes a promptement commencé. Soyons honnête, personne ne défend le port de la burqa. La seule chose sur laquelle on se dispute, c’est sur la meilleure façon de la faire disparaître. Face aux partisans de la schlague législative (dont je suis au cas où vous ne l’auriez pas compris), les fanatiques du compromis, les angoissés du “remède pire que le mal”, les mous du genou qui jurent que “l’interdiction est toujours la plus mauvaise des solutions” sont donc sortis du bois. Eric Besson aimerait qu’on parle d’autre chose. Pour Cécile Duflot, qui parait-il, exerce des fonctions dirigeantes chez les Verts, le principal danger n’est pas l’islamisation mais la “stigmatisation”. On n’en attendait pas moins. Quant à Martine Aubry, elle s’est surpassée, en demandant sur RMC et BFM TV qu’on s’occupe un peu moins de burqa et un peu plus d’insertion. Donnons-leur des emplois et des subventions, et tout changera. Heureusement que la Première secrétaire a ajouté qu’il fallait éviter les solutions “simplistes”.
Pour la maire de Lille, une loi interdisant le voile intégral n’empêchera pas les femmes de continuer à le porter mais “elles resteront chez elles, on ne les verra plus”. J’en suis sincèrement désolée pour ces dames, dont beaucoup subissent cet enfermement sans même savoir qu’elles pourraient se révolter, mais justement, “ne plus les voir”, c’est exactement ce que nous voulons. Aussi cruel que cela puisse sembler, l’interdiction de la burqa n’a pas pour objectif essentiel de sauver celles qui en sont prisonnières mais de nous épargner à tous cet atterrant spectacle.
Personne n’est obligé de vivre en Occident. Mais en Occident, on accepte le regard des autres.
lundi 15 juin 2009
Après le discours d’Obama, la réponse des mollah à la bergère
Article de Luc Rosenzweig publié le 15 juin 2009
L'auteur de cet article n'est en rien membre
du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et
il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Les linguistes appellent cela un discours “performatif”, où le langage ne se contente pas de décrire une situation, mais est en lui-même un élément de modification de cette situation. En principe, tous les propos tenus par des détenteurs du pouvoir, à quelque niveau qu’ils se trouvent, sont réputés avoir un bon niveau de performativité. Ainsi, le speech de Marc Liévremont dans les vestiaires du stade de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, avant le match contre les All Blacks, n’a pas été pour rien dans la victoire inattendue remportée aux antipodes par le XV de France.
En est-il de même pour ce discours de Barack Obama prononcé le 4 juin au Caire et que nos commentateurs hexagonaux ont porté aux nues, avant même qu’il ne soit prononcé, à l’exception de quelques grincheux dans mon genre ?
Une nouvelle ère des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman s’est-elle ouverte après que le président des États-Unis eut éteint son prompteur à l’université du Caire ? Le silence qui suit un discours de Barack Obama est-il encore du Obama ? À toutes ces questions, des réponses seront apportées à court, moyen et long terme. Pour l’instant, il faut nous contenter d’évaluer la séquence qui a suivi immédiatement ce discours, séquence rythmée par les élections libanaises, l’élection présidentielle iranienne et le discours programmatique de Benyamin Netanyahou devant l’université Bar-Ilan de Tel Aviv.
La conception de “l’alliance des civilisations” développée par Obama peut paraître séduisante au premier abord : les religions, notamment les trois grands monothéismes, doivent se respecter, dialoguer et reconnaître l’apport de chacune d’entre elles au patrimoine éthique commun. Tout cela est fort bien, sauf que les places respectives du religieux et du séculier dans les sociétés concernées sont, pour le moins, fort différentes. Où va-t-on alors ? Vers une reconquête, en Occident, par les clercs, du pouvoir perdu au profit d’un Etat laïc et areligieux ? Ou au contraire vers l’instauration, en Orient, d’une organisation sociale et politique, dans laquelle la religion serait limitée à la sphère privée ? Pour être mesuré, on dira que les propos présidentiels sont pour le moins ambigus dans ce domaine et que les quelques courageuses féministes maghrébines qui ont commenté ce discours ont de bonnes raisons d’être inquiètes.
La critique des pays occidentaux (suivez mon regard !) qui interdisent, dans certaines circonstances, le port du voile islamique aux femmes et aux jeunes filles n’a pas été contrebalancée par une invitation à ce que cessent les pressions de toutes sortes, dans les pays musulmans, sur celles qui ne le portent pas ou voudraient s’en défaire…
Le Quai d’Orsay a fait celui qui n’avait rien entendu dans un brillant exercice de surdité diplomatique et Nicolas Sarkozy, que l’on sait peu regardant sur la défense et l’illustration de la laïcité, ne va pas monter au créneau sur cette affaire. Il se pourrait, en revanche, que cet aspect du discours obamesque soit de nature à raviver les tensions entre laïcs et islamistes en Turquie.
Un autre non-dit a été reçu cinq sur cinq par les dirigeants des pays concernés : personne n’a été fermement invité à cesser de voler son peuple et d’accaparer la rente nationale, pétrolière ou autre, au profit d’une fraction plus ou moins réduite de la population, au choix : tribu élargie, famille royale, caste militaro-bureaucratique, minorité religieuse. Obama a omis de signifier à ces dirigeants, mêmes réputés “modérés”, qu’exercer le pouvoir consiste d’abord à servir le peuple avant de se servir. Même ravalée à l’aide de quelques oripeaux “démocratiques” pour faire plaisir aux gogos de Washington ou de Bruxelles, une kleptocratie reste une calamité pour les citoyens qui la subissent.
Bref, la captatio benevolentiae tentée par le président des Etats-Unis d’Amérique auprès d’un monde musulman considéré comme un tout homogène – ce qui est loin d’être le cas – n’est pas de nature à améliorer le sort quotidien des gens soumis à des pouvoirs arbitraires et corrompus.
On rétorquera, et on n’aura pas tort, que la méthode inverse, celle consistant à faire la leçon à ces dirigeants et, au besoin, à utiliser le gros bâton pour les faire devenir tels que nous voudrions qu’ils soient, n’a pas fonctionné. Soit. L’idéalisme botté de l’administration Bush fils n’a pas donné les résultats escomptés, justement parce qu’il s’était fixé des objectifs inatteignables et imaginés par des idéologues peu au fait de la lenteur de l’Histoire dans ces régions. Le passage du tribalisme à la démocratie est nettement moins simple à réaliser que la transition du fascisme ou du communisme vers un régime politique et social auquel les peuples concernés aspiraient depuis longtemps. Mais d’un point de vue “réaliste”, la politique de l’administration républicaine, telle qu’elle a été mise en œuvre en fin de mandat, n’est pas si stupide, sinon Obama n’aurait pas gardé auprès de lui un Robert Gates, qui en fut le promoteur sous George W. Bush…
Faut-il pour autant revêtir ce retour au réalisme traditionnel de la diplomatie américaine de considérations de nature à satisfaire les tenants du statu quo politique, religieux et sociétal dans les pays musulmans, même les plus rétrogrades, et à désespérer les quelques démocrates et intellectuels laïcs qui n’ont pas encore choisi l’émigration ?
En ce qui concerne les effets politiques immédiats du discours du Caire, je ne tomberai pas dans le travers de certains commentateurs qui se sont, par exemple, risqués à interpréter la victoire du camp dit “pro occidental” lors des élections libanaises du 7 juin comme l’un de ses effets directs. Cette victoire est due essentiellement à deux facteurs. Tout d’abord, le Hezbollah n’avait nullement l’intention de s’emparer des leviers de commande à Beyrouth. Sa rapidité à reconnaître la victoire de ses adversaires du “courant du 14 mars” n’est pas due au fair-play bien connu des barbus enturbannés. La prise de pouvoir à Beyrouth n’entre pas – pas encore ? – dans les plans du Hezbollah, qui observe à travers l’expérience du Hamas à Gaza combien il est difficile de répondre aux attentes d’une population tout en se voulant le fer de lance de la “résistance”. Ensuite, cette victoire doit beaucoup à la mobilisation des chrétiens pro-occidentaux des Forces libanaises et des Phalanges, qui ont réussi à s’imposer face au alliés chrétiens du Hezbollah conduits par le général Michel Aoun. Il n’est pas certain que l’appel aux musulmans de Barack Obama ait été pour grand-chose dans cette mobilisation…
Dans le même esprit, il faut se garder de voir dans la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne une réponse directe et négative aux “ouvertures” de la nouvelle administration de Washington en direction du régime des mollahs. Il faut être aussi naïf que certains de nos plus brillants éditorialistes (ils se reconnaîtront…) pour mordre à l’hameçon d’une évolution “à la soviétique” du régime des mollahs, dont Moussavi serait le Gorbatchev et Ali Larijani le Andreï Gratchev. Contrairement à l’URSS des années 1980, l’Iran n’est pas en phase de repli stratégique, mais au contraire dans un mouvement d’avancée sur plusieurs fronts : son influence, directe ou par l’intermédiaire de ses clients locaux (Hezbollah, Hamas, milices chiites irakiennes), est loin de décliner et la contestation dont le régime est l’objet de la part de la bourgeoisie intellectuelle urbaine peut être aisément circonscrite, pour autant qu’elle ne rallie pas à elle une partie des piliers du régime : clergé, armée, gardiens de la révolution et Bassidjis. L’exaltation suscitée chez les modernistes iraniens par la campagne électorale devrait être suivie par une profonde dépression, comme ce fut le cas après la révolte étudiante de 1999. Ahmadinejad, qui sait ce que parler veut dire et qui ne se prive pas de communiquer à la planète le fond de sa pensée, a tiré des propos de Barack Obama la conclusion que sa politique est la bonne : c’est grâce à elle que l’on fait reculer le Grand Satan. Il est approuvé en cela par le Guide de la Révolution, l’ayatollah Khameneï.
Il appartenait à Benyamin Netanyahou de conclure cette séquence par une réponse aux appels plutôt musclés de Barack Obama à reconnaître le droit des Palestiniens à un État viable à côté d’Israël et à cesser toute constructions dans les implantations juives de Cisjordanie. La réélection d’Ahmadinejad lui a rendu la chose plus facile. Obama ayant eu l’imprudence d’établir un lien (encore un linkage !) entre son intervention contre le nucléaire militaire iranien et son engagement dans la résolution du conflit israélo-palestinien, Netanyahou a pu se permettre de faire le service minimum sans encourir immédiatement les foudres de Washington : reconnaissance, du bout des lèvres, de la doctrine “deux Etats pour deux peuples”, assortie de conditions qui rendent, dans la situation actuelle, quasiment impossible la reprise des négociations avec les Palestiniens. On voit mal, aujourd’hui, l’Administration américaine refuser du matériel militaire à un Etat juif directement menacé par un Iran inflexible…
Comme on ne corrige pas un discours historique par un autre discours historique prononcé deux semaines plus tard, c’est donc aux actes que l’on attend maintenant l’icône de la multiculturalité et du métissage, et on lui souhaite bien du courage.







