jeudi 26 novembre 2009
Le silence de la France
Article de José Fontaine publié le 3 octobre 2009
La Wallonie est un État fédéré de Belgique de langue française, comme très largement Bruxelles. Bruxellois et Wallons vivent en français depuis 1830 (création de l’Etat belge) et bien avant. Ces deux Régions comptent à elles deux 4,5 millions d’habitants. La frontière qui sépare la Wallonie de la France sur des centaines de kilomètres traverse des populations très nombreuses, aux contacts facilités par la langue, les échanges de toutes sortes, les fêtes, les liens familiaux, tout. Dix, quinze millions de francophones au-dessus de Paris.
Pourtant, en notre paysage intellectuel, hormis nous, ce sont des chercheurs non-français, surtout anglais (au sens large), dont les apports sont seuls décisifs. L’Américain John W.Rooney renouvelle l’étude de la révolution belge. Le Suédois Höjer est le meilleur spécialiste de l’histoire parlementaire de 1918 à 1940. Les Irlandais Horne et Kramer ont étudié magistralement les massacres d’août 14 perpétrés principalement dans le pays wallon. Horne est un spécialiste de cette guerre et des répercussions sur les rapports Wallons/Flamands. L’Anglais Martin Conway est le meilleur spécialiste de la collaboration en Wallonie en 1940-1944. R.Arango est l’auteur d’un livre magistral sur la question royale (1940-1950). Plusieurs de ces chercheurs parlent le français à la perfection.
Martin Conway, Professeur à Cambridge prépare un ouvrage sur la Belgique d’après guerre. L’Encyclopédie hollandaise Elsevier accorde dans les années 80 à la Wallonie une importance aussi grande qu’à l’Espagne. Les Allemands ont produit énormément sur la Wallonie, par exemple sur les différentes langues régionales. Au plan culturel, l’Américain Philip Mosley analyse la scission du cinéma belge entre cinéma wallon et flamand. Les dictionnaires, encyclopédies, sites internet (etc.), de langue anglaise fourmillent d’informations pertinentes, parfois ignorées des Wallons eux-mêmes, sur les sujets les plus divers
En France ? Rien. Silence absolu. Ou des études bâclées, fourmillant, elles, d’erreurs ridicules au point que dans Le Monde le correspondant de la Belgique (un Belge), en viendrait à faire exprès ces erreurs pour coller au pays non pas de qui il parle (Belgique/Wallonie), mais à qui il parle (France). La revue française Hérodote , comme je l’ai déjà dit ici , explique les raisons de ce silence (également dans la littérature, le cinéma, le théâtre, la chanson), par le tabou que constitue, dans la représentation géopolitique de la France, un pays comme la Wallonie (ou la Suisse romande). Voilà des Français, mais hors de l’hexagone. Où peuvent-ils bien être alors ? En nullité, comme dans les histoires suisses ou belges (et ces deux épithètes sont en déjà en elles-mêmes une manière de nous renvoyer dans les ténèbres extérieures). La France est foncièrement incapable de produire elle-même un concept de la Wallonie. Dans l’image qu’elle se fait d’elle et du monde, la Wallonie n’existe que sur le mode du n’être pas comme aurait dit Sartre.
Participant de sa culture, nous en pâtissons. C’est pour sortir la Wallonie du néant auquel la réduit la culture française que nous avons écrit en 1983 un Manifeste pour la culture wallonne. L’Etat belge, en effet, qui a toujours copié la France depuis 1830, copie en ses structures fédérales, la négation de la Wallonie par la France. Il y a bien une Région wallonne, mais l’enseignement est assuré non pas par la Wallonie, mais par une Communauté française chargée de l’enseignement et de la culture. Aux yeux de cette institution, il n’y a pas de culture wallonne et elle use de ses pouvoirs pour l’imposer, tacitement à tout le moins. Or, tout ce que je viens de dire démontre au contraire la forte spécificité de la Wallonie et des Wallons. Coincés entre la Flandre qui nous domine et la France qui nous ignore, nous avons quand même pu dire notre histoire et nos drames, nous avons écrit, filmé, peint, mis en scène l’existence des femmes et des hommes d’ici, leurs corps, leurs paysages. Pensant et souffrant, en nos luttes, un destin difficile de peuple minoritaire et meurtri, nous avons gagné le statut de peuple autonome portant l’embarras de la France à son paroxysme.
A la place des Français, je serais gêné qu’on traite ainsi un peuple voisin, cousin, impossible à ignorer, et auquel – hormis nous – ne s’intéressent seulement, dans le monde, que des non-Français. L’homme libre admet volontiers ce qui est grand et se réjouit que cela puisse exister. La France me fait donc souffrir, car elle gâche ainsi sa grandeur.
Cela me peine autant que le jour où, à Québec, j’observai, au Musée de la civilisation, des gamins de m… français s’esclaffer grossièrement de l’accent québécois des vidéos de présentation en lequel s’exprimaient de grands intellectuels de chez vous, pourtant incomparables témoins de la France en Nouvelle France.
lundi 26 octobre 2009
Destexhe réclame la fin des subsides du MRAX
7/7 via Bivouac-ID
édition du 26 octobre 2009
Le sénateur Alain Destexhe (MR) a réclamé dimanche la suspension du
financement public du Mouvement contre le Racisme, l'Antismétisme et la
Xénophobie (MRAX). Il dénonce la présence dans le bureau de cette
association d'un certain Nordine Saïdi, qu'il accuse d'être un militant
de l'islam radical.
Au
cours des débats dominicaux, tant sur la RTBF que sur RTL-TVi, les
échanges ont été vifs entre d'une part M. Destexhe et l'essayiste
Claude Demelenne, co-auteurs d'un livre dénonçant la complaisance de
certains milieux de gauche avec l'islam radical, et le président du
MRAX, Radouane Bouhlal.
Selon les premiers, le MRAX est devenu
le jouet de l'islam radical. Accusations sans preuve, a répondu M.
Boulal. "Nous sommes un mouvement pluraliste et fier de l'être", a-t-il
ajouté.
M. Saïdi s'est présenté aux élections régionales du 7
juin à la première place de la liste Egalité, petit parti controversé
qui compterait en son sein d'anciens militants du PTB mais aussi des
partisans d'un islam radical. Interrogé le 17 mai sur le site internet
"parlemento.com", M. Saïdi refuse également de condamner les attentats
terroristes palestiniens ou ceux commis le 11 septembre.
"Je
comprends les attentats suicides ou terroristes sans nécessairement
les justifier. En tout cas, je m'interdis de condamner des faits sans
parler des causes. Oui, je refuse de condamner des attentats
terroristes! Pour éviter ces attentats, il est nécessaire de dialoguer
avec toutes les parties. Si on veut éviter les attentats, il faudra un
moment accepter de discuter même avec Ben Laden", a-t-il déclaré.
Le
MRAX est une association financée par les pouvoirs publics, ont
rappelé M. Destexhe et l'essayiste Claude Demelenne, co-auteurs d'un
livre dénonçant la complaisance de certains milieux de gauche avec
l'islam radical. Selon eux, il est inadmissible que ce financement bénéficie à une association qui compte une telle personne dans son bureau. Ils réclament donc la suspension de ce financement aussi longtemps que M. Saïdi n'aura pas démissionné du MRAX.
Au
cours des débats dominicaux, tant sur la RTBF que sur RTL-TVi, les
échanges ont été vifs entre d'une part MM. Destexhe et Demelenne, et
d'autre part le président du MRAX, Radouane Bouhlal. Selon les
premiers, le MRAX est devenu le jouet de l'islam radical.
"Le
MRAX traverse actuellement une crise grave", ont-ils souligné, en
rappelant le mouvement de protestation mené vendredi par une partie
du personnel de l'asbl. Accusations sans preuve, a répondu M. Boulal.
"Nous sommes un mouvement pluraliste et fier de l'être", a-t-il ajouté,
en regrettant que ses deux détracteurs préfèrent lancer l'anathème sur
le MRAX plutôt que d'engager un débat de fond.
M. Boulal a
également pris la défense de M. Saïdi en insistant sur ses qualités
professionnelles et son engagement dans l'association. Il s'est
toutefois distancié de ses déclarations sur le terrorisme. (belga/mb)
Note YR : A ceux qui ne connaissent pas la société belge francophone sur le bout des doigts ( assez complexe il faut le dire ) soulignons que le MRAX est l'équivalent outre-Quiévrain de notre MRAP à nous présidé par le très tolérant Mouloud Aounit... A quand la pareille initiative en France ?
jeudi 3 septembre 2009
Belgique : le MR veut interdire la burqa
Le Soir
Article de Ricardo Gutierrez publié le 3 septembre 2009
" Le code pénal doit sanctionner le
port de la burqa. C’est une question de sécurité publique, mais aussi
de respect de nos valeurs ", suggère la sénatrice MR Christine Defraigne ( photo ). Qui annonce au Soir le dépôt d’une proposition de loi interdisant le port, sur la voie publique, de toute tenue masquant ou dissimulant le visage, « en tout ou en partie, de manière telle qu’ils ne soient plus identifiables ».
Toute infraction serait punie – si la loi est votée – d’une amende de
15 à 25 euros et/ou d’un emprisonnement d’un à sept jours.
« Ces dernières semaines, commente la cheffe de groupe MR au Sénat, les prises de position dans Le Soir d’Edouard Delruelle, directeur du Centre pour l’égalité des chances, mais aussi d’intellectuels comme Claude Demelenne et Henri Goldman, à travers le débat qu’ils ont tenu dans vos colonnes, laissent supposer que les démocrates devraient pouvoir s’accorder sur une interdiction de la burqa et du niqab. Pas seulement pour des raisons de sécurité publique, mais aussi pour des considérations de sociabilité inhérentes aux exigences du vivre-ensemble. »
Christine Defraigne rappelle que le port de la burqa afghane ou du niqab saoudien ne répond pas à une obligation religieuse : « Le Coran n’en fait aucune mention. Refuser le port de ces tenues, ce n’est pas refuser l’islam comme religion, mais bien une dérive politique de cette conviction reconnue. La burqa et le niqab incarnent l’asservissement de l’individu et la déshumanisation sociale. Pour l’anthropologue Dounia Bouzar, la burqa, qui est déjà interdite dans certains pays musulmans, n’est pas un signe religieux, mais un uniforme qui symbolise une vision du monde où l’on s’auto-exclut, où l’on exclut les autres. »
La proposition de loi complète en fait un texte similaire déposé par le MR à la Chambre en décembre 2004. L’objectif n’a pas changé : généraliser au Royaume des dispositions qui ne sont pour l’instant en vigueur qu’à l’échelon local, notamment à Molenbeek, Jette, Berchem, Ganshoren, Koekelberg ou Maaseik, où les zones de police se sont dotées de règlements interdisant à quiconque « de se présenter dans l’espace public masqué ou déguisé », sauf autorisation du bourgmestre.
En mai 2008, une étude de la VUB constatait que le port de la burqa n’avait fait l’objet de constats qu’à Molenbeek (21 PV), Bruxelles-Ville (7 PV), Saint-Gilles (2 PV) et Koekelberg (3 PV). « On est en droit de se demander, commentaient les criminologues de la VUB, s’il est bien nécessaire, pour garantir la sécurité publique ou combattre les nuisances publiques, d’interdire de façon générale, les burqas, qu’on ne rencontre encore que très peu à Bruxelles. Il semble qu’on soit là en présence d’une réaction disproportionnée à un problème marginal. Certaines actions récentes menées dans divers pays occidentaux, contre le port de la burqa dans les lieux publics sont liées, à n’en pas douter, au climat défavorable qui règne actuellement à l’égard de l’islam et qui associe, plus que jamais, la burqa à l’extrémisme islamiste et à la menace terroriste. »
Christine Defraigne n’est pas d’accord : « Il n’y aurait même, en Belgique, qu’une femme portant la burqa que ce serait encore une femme de trop. »
mardi 16 juin 2009
En Belgique, le fossé entre Flamands et francophones s’élargit !
Article de Pierre Legrand publié le 16 juin 2009
Tel est le constat aux lendemains des élections régionales (et européennes) du 7 juin.
En effet, sur les 4,4 millions de voix flamandes, plus de 70% ont choisi de voter à droite, dont plus de la moitié se sont portées sur les listes nationalistes (Vlaams Belang, N-VA et Liste De Decker).
Par contre les francophones (2,6 millions de voix) ont préféré à 64% un soutien aux partis de gauche. En Wallonie et à Bruxelles, c’est le parti ECOLO qui tire les marrons du feu en augmentant son score de 155% !!! Par la même occasion, il passe de 10 à 30 parlementaire et s’offre le luxe de devenir le troisième parti francophone, dépassant même les « humanistes démocrates » (24 sièges seulement), héritiers d’un PSC ancestral. Apparemment l’excès de corruption n’a pas nui aux résultats du PS… qui limite son recul à 10%.
Toujours en Wallonie et à Bruxelles -régions séparées- on note la disparition parlementaire du Front National, qu’il soit historique ou réformateur, ses suffrages ayant reculé de 60%, conséquence d’errements successifs, d’un manque total de stratégie et de querelles internes. L’inertie et l’absence d’activités du V.B. à Bruxelles depuis plus de 5 années ont conduit là encore à une diminution de 60% de son électorat et à la perte de la moitié de ses sièges (3 au lieu de 6).
En Flandre, par contre, une campagne radicale et très active, malgré un boycott médiatique initié depuis le début 2008, limite les pertes du V.B. à un tiers de ses voix et de ses sièges de 2004 et situe le parti toujours comme second en importance au Parlement Flamand à égalité avec les libéraux. La Liste De Decker (LDD), présentée dans les sondages depuis de longs mois aux alentours de 15%, n’en récolte que 7,5% et ne sera donc pas le « fossoyeur » du V.B, ce que le Régime appelait de ses vœux !!!
La constitution de majorités pour gouverner les Régions n’apportera pas de grands bouleversements, parce que ceux (ou celles) qui voulaient sanctionner les pourriticards de la mafia PS-MR-CDH se sont trompés de cible en francophonie. En ralliant les Verts, déjà au pouvoir à Bruxelles, ces mécontents vont se retrouver bernés et cocus très bientôt !
Pour Bruxelles, le Parlement verra la représentation de nombreux immigrés (30% des élus !).
Alors que le vote est obligatoire en Belgique (c’est un droit, mais aussi un devoir), l’abstention atteint 16% à Bruxelles, 11% en Wallonie et 7% en Flandre. Les votes blancs et nuls s’élèvent à environ 5% en Flandre et à Bruxelles et à 8% en Wallonie.
Curieusement,
dès le 9 juin, de nouvelles « affaires » au P.S, mêlant prise d’intérêt
ou détournements de fonds publics, apparaissaient dans la presse
francophones, mais pour les médias (subventionnés par le Pouvoir), il
n’est plus tolérable de fustiger la politique des autorités concernant
leurs vols, leurs concussions, leurs trafics d’influence, brefs de
dénoncer avec force les fripouilles et les crapules qui ont mis le pays
en coupe réglée depuis 60 ans. Ce serait bien trop en attendre.
dimanche 22 mars 2009
Si les Canadiens français avaient été majoritaires au Canada...
Chronique de José Fontaine publiée le 21 mars 2009
Les Wallons minoritaires en Belgique parlent une langue très importante, le français. Les Flamands majoritaires parlent une langue qui l’est bien moins (encore que le néerlandais soit une langue importante dans le monde parfois classée au 11e rang des langues quand on utilise tous les critères ad hoc : développement technologique, importance de l’information diffusée dans cette langue, dispersion sur les continents etc.). La situation des Québécois est différente de celle des Wallons : ils parlent certes une langue importante (mais bien moins que l’anglais), et ils sont minoritaires.
Arrive ce qui arrive en Belgique : comme les Flamands en Belgique qui parlent à 50% (et plus) le français, les Québécois maîtrisent souvent l’anglais.
Ce schéma est assez facile à saisir et, en général, il est connu. Les Flamands non sans raison disent souvent qu’ils sont comme les Québécois. Ce à quoi on peut leur rétorquer que, parlant, certes, une langue autrefois dédaignée parce que moins importante, ils ont réussi à renverser la situation en raison du fait que, eux, sont majoritaires dans l’Etat belge (contrairement aux Québécois et Canadiens français au Canada). Et ils sont parvenus, malgré tout par la contrainte, à faire du néerlandais la première langue belge (et peut-être pas seulement par le nombre des locuteurs).
Le français prépondérant en Belgique, mais pas à cause d’une colonisation
Il faut cependant dire ici tout de suite que ce n’est pas du fait d’une colonisation que la Belgique devenue indépendante en 1830 aurait imposé le français comme seule langue officielle dans le Royaume qui s’est alors érigé. Quand on devient indépendant, c’est qu’on n’est pas colonisé, bien entendu. Cette décision en faveur du français a été imposée par des élites sociales et nationales belges tant wallonnes que flamandes, les Flamands étant également majoritaires au coeur de ses élites qui avaient adopté le français depuis toujours (en Wallonie), depuis longtemps, depuis plusieurs générations, voire plusieurs siècles en Flandre.
Le mouvement en vue de faire reconnaître le néerlandais comme langue officielle s’est d’ailleurs d’abord heurté non aux Wallons, mais à cette bourgeoisie flamande francophone dont la langue maternelle était devenue le français, une bourgeoisie autochtone si l’on veut qui fait que l’on peut estimer que le français demeure une langue de la Flandre.
Ces bourgeois flamands francophones, catholiques et conservateurs, à la faveur des suffrages qui leur étaient assurés dans une Flandre conservatrice et catholique, ont, à partir des années 1880, dominé politiquement la Belgique. De 1884 à 1914 par exemple, malgré le fait que la Wallonie accordait 60% de ses suffrages aux partis laïques (libéraux et socialistes), la Belgique toute entière était dirigée par des gouvernements dominés par le seul parti catholique. Ces gouvernements délibéraient en français, mais étaient parfois sans ministre originaire de Bruxelles et avec un seul ministre originaire de Wallonie . C’est face à cette situation que le mouvement wallon a le plus fortement réagi, dans la mesure où la majorité politique en Wallonie pouvait estimer qu’elle n’aurait jamais accès au pouvoir politique en Belgique. Et dans la mesure où elle craignait que cette prépondérance flamande (même francophone), n’amène les politiques flamands élus dans une Flandre fortement influencée par le mouvement flamand à mettre progressivement en cause le français comme langue du pays.
C’est ce qui s’est produit. Même si la Flandre catholique a dû composer après la Première guerre mondiale avec la minorité wallonne, majoritairement laïque. Mais sur le plan purement linguistique, grâce à la majorité dont la Flandre a toujours disposé dans le Parlement belge, les lois ont peu à peu mis le néerlandais à égalité avec le français et contraint (ce qui est bien normal, sinon la législation est inefficace), l’ensemble de l’establishment flamand à user de la langue néerlandaise dans les entreprises, les tribunaux, les administrations, les universités.
Vers une Belgique bilingue, en fait flamande ?
Cela a pris grosso modo un siècle. Il est difficile de fixer une date précise pour un mouvement lent, mais disons que, dans les années 1980 à 1990, la Flandre est devenue à ce point uniquement néerlandophone que la Belgique semble devoir le devenir aussi en un certain sens. Ce qui semble logique puisque la Flandre est largement majoritaire dans le Royaume (il y a bien des pays dans le monde, comme le Cameroun, où la majorité francophone domine la minorité anglophone : les minorités sont toujours perdantes).
Certes, la Flandre est unilingue (néerlandais), la Wallonie unilingue (français) et Bruxelles est bilingue (néerlandais/français). Et les Régions ont des autonomies très étendues, comme je l’ai souvent dit. On doit même dire que Bruxelles est très largement francophone, que les locuteurs du français dans cette ville aient ou non le français comme langue maternelle. Il faut dire aussi que, institutionnellement parlé, le français est la seule langue en Wallonie. Mais au-delà de l’institutionnel, dans le monde des affaires notamment, et du fait que les Flamands sont bilingues à au moins 50%, leur prépondérance s’étend. Certains Flamands d’ailleurs peuvent être d’abord francophones avant d’être néerlandophones ou, ce qui revient au même, maîtrisent les deux langues qu’on pourrait dire « traditionnelles » de la Flandre : le français, le néerlandais. L’avantage acquis de ce fait est énorme.
L’avantage acquis par les Flamands (le bilinguisme sinon généralisé, du moins très répandu), l’a été du fait de l’influence que les élites sociales ont toujours dans n’importe quelle collectivité. Le reste de la population imite les élites et tente de s’approprier ce qu’elles maîtrisent. La population flamande parlent le français, au moins une grande partie d’entre elle, même dans les couches sociales les moins favorisées. L’avantage est énorme dans une Belgique bilingue. Cet avantage, les Wallons n’en disposent pas. Leurs propres élites étaient également francophones et le reste de la population wallonne s’est approprié la maîtrise du français, laissant tomber ses langues régionales, le picard et le wallon. Mais contrairement aux Flamands qui ont vu leur langue locale (des formes dialectales du néerlandais), s’élever au rang de langue officielle, le wallon n’a pas été que peu défendu comme langue possiblement officielle. L’aurait-il été que cela n’aurait pas eu d’effet au Parlement, la majorité flamande ne pouvant sans doute pas l’accepter.
D’un point de vue belge, on pourrait dès lors souhaiter légitimement que les Wallons soient au moins aussi bilingues que les Flamands. Mais un tel objectif ne se décrète pas. On peut certes faire appel à une meilleure maîtrise du néerlandais par les Wallons. Peut-on parvenir à les amener à atteindre le degré de compétence en néerlandais que les Flamands possèdent en français ? S’il s’agissait d’un objectif à atteindre par un grand nombre d’individus, ce serait possible et ce l’est d’ailleurs. S’il s’agit d’un objectif à atteindre collectivement par toute une société wallonne appelée d’une certaine façon à égaler les performances linguistiques collectives de la société flamande, il faut sans doute répondre par la négative. Pour plusieurs raisons.
Aussi avantageux qu’il soit, un bilinguisme collectif ne se décrète pas
1) Parce que l’on ne change pas une société par décret.
2) Parce que les chances qui ont été celles de la société flamande d’être à l’aise dans ce qui constitue en réalité les deux langues de la Flandre (français et néerlandais), ne se reproduisent pas en Wallonie, profondément désavantagée à cet égard.
3) Parce que, en outre, si les Flamands, grâce à leurs compétences linguistiques, sont de plus en plus présents dans toutes les instances de décision (politiques, économiques, sociales, scientifiques), l’acquisition par les Wallons d’avantages comparatifs est plus que douteuse (d’autant qu’elle demanderait le temps de plusieurs générations). En effet, ce ne sont pas les compétences linguistiques seules des Flamands qui les amènent là où ils sont, mais une prépondérance numérique et politique depuis longtemps systématiquement et habilement exploitée.
Si, en effet, les Wallons avaient été majoritaires en 1830, la Belgique serait aujourd’hui un Etat entièrement francophone et l’usage du néerlandais ou de parlers flamands serait politiquement et socialement parfaitement aussi inutile que notre langue wallonne qui peut même être considérée comme un désavantage quand on la parle ou quand on en garde quelque accent quand on use du français. Le roi Albert Ier (mort en 1934), parlait le français avec un accent wallon. Cette époque est révolue.
Aujourd’hui si, par exemple, le ministre luxembourgeois des affaires étrangères (le Luxembourg a 500.000 habitants à peine dont beaucoup ont un bon usage du français, mais dont ce n’est pas la langue maternelle), maîtrise parfaitement le français, c’est loin d’être le cas du ministre belge des affaires étrangères, qui parle évidemment bien le français, mais ne donne pas le sentiment qu’il représente un pays où vivent 4 millions de francophones sur 10 millions.
Si les Québécois avaient été majoritaires au Canada, ce pays serait aujourd’hui à large prépondérance francophone, car, à l’avantage d’être majoritaire, les Québécois et les Canadiens français en général ajouteraient la pratique d’une grande langue internationale.
Il n’est pas bon que des peuples soient minorisés. On peut parler de repli sur soi et de tout ce que l’on voudra sur ce chapitre. Mais un peuple minorisé est voué à disparaître.
vendredi 22 août 2008
Où est la droite nationale de Belgique francophone ?
édition du 13 août 2008
Nous l’avons cherché durant tout l’été. Nous avions espéré la voir
réagir à la campagne médiatique de « réhabilitation » des terroristes
communistes des CCC. Nous pensions la voir s’affirmer dans la lutte
contre les actions répétées des sans papiers. Nous pensions au moins
qu’elle n’oublierait pas de rendre hommage à Soljenitsyne. Et bien non, rien [1] ! Ce n’est pourtant pas faute
d’en avoir des droites nationales. Nous avons même en Belgique le luxe
d’avoir au moins [2] deux fronts nationaux. Trop occupés les uns comme les autres à régler leur
énième guerre civile ou à distribuer les postes dont rien ne dit qu’ils
sont en état électoral de promettre, ces politiciens devenus somme
toute traditionnels (dans notre bouche, ceci n’est bien évidemment pas
un compliment) ne représentent pas, en tous les cas aujourd’hui,
l’opposition déterminée, militante et imaginative que l’on peut
légitimement attendre de gens qui ont des élus, des moyens et un
financement public. Ceci confirme donc bien la justesse de la position de
NATION qui, lors de son congrès en janvier dernier, ne désirait pas se
mêler du énième soap-opera qui opposait les FN belges. NATION, plus que jamais, reste la seule structure militante de résistance. Même si ce genre d’articles est déplaisant à écrire,
nous le pensions nécessaire suite à plusieurs réactions de
sympathisants dont la naïveté, teintée d’un peu de fainéantisme
militant, pousse à nous demander pourquoi « nous ne nous allions pas
avec le nouveau FN ». Et s’il fallait un exemple concret, prenons celui de
l’épouse d’un de nos cadres qui a reçu le journal du FN sur son lieu de
travail ! Avec les conséquences professionnelles que vous imaginez. Féret semble écarté mais le féretisme (ses méthodes et son amateurisme) ne semble pas, lui, avoir disparu. [1] à l’exception d’un communiqué du FN
sur les sans-papiers envoyé le 8 août, c’est à dire 9 jours après celui
envoyé par NATION sur le même sujet !!! [2] on s’attend à ce qu’ils se multiplient à l’approche des élections
vendredi 8 août 2008
Adoptons les Wallons et les Bruxellois
Causeur
Article de Jean-Luc Rosenszweig publié le 7 août 2008
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Madame la Belgique se meurt, Madame la Belgique est presque morte, et nous restons là comme des benêts à contempler cette agonie comme s’il s’agissait d’un épisode du feuilleton débile de l’été sur France 2.
Comme les petits enfants belges ne présentent aucun symptôme de
dénutrition (ventre ballonné, côtes saillantes, grands yeux couverts de
mouches), et que l’abandon de la compétition par Justine Hénin ne
suscite aucune mobilisation populaire demandant son retour immédiat sur
les courts, l’opinion reste indifférente aux râles d’une nation en
phase terminale. Elle a bien tort, car la France, volens nolens, va devoir réaménager ses relations avec son plus proche voisin, situé à 1 h 20 de Paris en chemin de fer.
L’actuel Premier ministre du Royaume de Belgique s’appelle Yves
Leterme, que son nom prédestinait à éteindre la lumière avant de fermer
pour toujours la maison belge unitaire. Ce fils de Wallons émigrés en
Flandre avait défrayé la chronique en entonnant La Marseillaise, alors qu’un journaliste facétieux l’invitait à démontrer qu’il connaissait la version francophone de l’hymne national belge, La Brabançonne.
Ce lapsus en dit long sur l’insconscient collectif des habitants du
plat pays, qui ont fait depuis bien longtemps leur deuil de cette
Belgique de papa, chantée par Brel, Flamand francisé de Bruxelles…
La “question belge”, celle des modalités de cohabitation de deux
communautés et de trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles)
traverse l’histoire du royaume depuis sa création en 1830. Entre 1945
et 2008, ce pays est allé dans un seul sens : celui d’un éloignement
croissant des deux principales composantes de cette nation, les
néerlandophones et les francophones1.
Parfois violent, comme lors de la séparation de l’Université de
Louvain dans les années 1960, mais le plus souvent pacifique, ce
détricotage de la Belgique unitaire a peu a peu vidé de l’essentiel de
son contenu l’Etat central, pour renforcer le pouvoir des régions. Le
moteur de cette évolution a été le mouvement national flamand : les
francophones s’arrangeaient fort bien d’une Belgique dont ils furent
longtemps les dominants, sur le plan économique, politique et culturel.
La situation s’est inversée au cours du dernier demi-siècle :
aujourd’hui les Flamands ont rattrapé, puis dépassé une Wallonie en
déclin, dans le domaine démographique et économique. Jusqu’aux années
1980, l’élite politique flamande, dominée par les démocrates-chrétiens,
avait réussi a endiguer la poussée indépendantiste et à satisfaire les
revendications autonomistes de la population dans le cadre de ces
fameux compromis à la Belge, où la Flandre “achetait” des éléments de
souveraineté pour ses institutions provinciales contre des subsides
versés à une économie wallonne en déconfiture.
Les dirigeants flamands comme Marc Eyskens ou Jean-Luc Dehaene
faisaient d’autre part valoir aux impatients que la construction
européenne allait régler une fois pour toutes la question belge :
l’Etat-nation était promis au dépérissement au profit d’une Europe,
fédérale d’un côté, multirégionale de l’autre.
Ces paroles apaisantes ont été balayées par deux événements majeurs
: la chute du Mur de Berlin et le surgissement, puis l’enracinement, en
Flandre d’un parti populiste xénophobe et séparatiste, le Vlaams Blok,
rebaptisé aujourd’hui Vlaams Belang.
La libération des peuples d’Europe centrale et orientale a eu pour
conséquence l’éclatement de deux pays : la Yougoslavie et la
Tchécoslovaquie, et la création, sous les ovations de l’Occident, de
nouvelles nations souveraines, dont les peuples ne se sentaient plus à
l’aise dans les structures étatiques établies après la première guerre
mondiale. Les Belges francophones prétendent que leurs concitoyens
flamands sont parfois lents de la comprenette, mais cette fois-ci ils
n’ont pas tardé à se mettre en tête que, pour peu qu’ils le demandent
avec un peu d’insistance, il serait difficile de leur refuser ce que
l’on venait d’accorder à la Slovénie, la Slovaquie ou le Kosovo.
L’abandon de l’utopie fédéraliste européenne après l’élargissement à
l’Est et l’échec du référendum constitutionnel réduisait à néant
l’hypothèse d’une Belgique soluble dans l’Europe. Sous la pression du
Vlaams Belang dont le slogan est “België barst !” (crève
Belgique!) l’ensemble des partis flamands, à l’exception des Verts, ont
mis en avant des revendications qui reviennent à faire de l’Etat belge
une coquille vide. L’exigence d’une régionalisation de la sécurité
sociale, fin de la solidarité interpersonnelle de tous les Belges, est
considérée comme un casus belli par tous les partis
francophones. Ces derniers vivent également très mal les vexations
imposées aux habitants francophones des communes de la périphérie
bruxelloise.
Nous en sommes là : le 14 juillet, Yves Leterme jette l’éponge après
quelques mois de gouvernement, se trouvant dans l’incapacité de
conclure un accord avec les francophones sur la réforme de l’Etat. Le
roi Albert II, dont le job et l’avenir de la dynastie dépendent de la
pérennité de la Belgique, a beau refuser la démission de Leterme pour
forcer le destin, les dés semblent jetés : jamais on n’a été si près de
l’éclatement du pays.
Fin juillet, un sondage publié par Le Soir, principal
quotidien francophone, indique que 49 % des Wallons et Bruxellois
francophones sont favorables à un rattachement à la France en cas de
départ de la Flandre. Le reste se partage également entre les “contre”
et les sans-opinion.
La publication de ce sondage a provoqué un léger intérêt dans les
médias français, qui n’ont cependant pas pris la juste mesure de la
révolution mentale qu’il révèle. Alors que jusque-là le mouvement
“rattachiste”, favorable à l’intégration dans la France de
Wallonie-Bruxelles, restait groupusculaire et ne réalisait que des
scores infimes aux élections (1,28 % aux législatives de 2007), la
percée de ses idées dans l’opinion constitue un événement historique.
Il montre tout d’abord le désarroi des francophones devant le refus,
catégorique cette fois-ci, des dirigeants flamands “d’arranger les
bidons”, savoureuse expression belge signifiant bricoler un accord.
Comme le dit un politicien wallon : “Maintenant, il n’ y a plus de
gras à se partager, on est à l’os…” La Wallonie est un pays de cités.
Chacune d’entre elles veille jalousement sur ses privilèges, et aucune
ne supporterait la prééminence d’une autre: pour ne pas trancher entre
Liège et Charleroi, villes d’importance équivalente, c’est la modeste
Namur qui devint capitale régionale. Quant à Bruxelles, son éclatement
en dix-neuf communes de plein exercice rabattrait son caquet de
capitale, si toutefois il lui prenait la lubie de se hausser du col.
Vingt ans de pouvoir français, révolutionnaire, puis impérial entre
1795 et 1815, ont vacciné les Belges contre le jacobinisme
centralisateur et inquisiteur pour ce qui est de l’usage des deniers
publics. Faut-il alors qu’ils soient dans la panade pour se retourner
vers une France, certes adorée pour les vacances et la culture, mais
dont on se passe fort bien dans l’organisation de la cité !
Ce sondage révèle également la défiance que le peuple francophone
éprouve envers sa classe politique : ce n’est pas à ces gens-là,
gangrenés par le clientélisme et la corruption, que l’on pourrait
confier la construction d’un Etat, si la Belgique éclate.
Dans ce domaine, l’affaire Dutroux en 1997 a été le symptôme
annonciateur d’une désagrégation de l’Etat belge, de la même manière
que Tchernobyl en 1986 avait été celui de l’écroulement du communisme
soviétique. Un Etat dont les dysfonctionnements provoquent la mort
d’enfants perd sa légitimité.
Dans un mois, dans un an, les dirigeants français auront à répondre
à une interpellation venue d’outre-Quiévrain : “Est-ce que vous voulez
bien de nous, avec nos chômeurs, nos politiciens corrompus et
alcooliques, certes, mais aussi avec nos universités, nos théâtres et
nos opéras, et un peuple qui ne demande qu’à se relever pour peu qu’on
lui tende la main ?”
Les Chtis sont déjà 60 % à dire “bienvenue chez nous” à leurs voisins, comme le révèle un sondage récent de La Voix du Nord. Cette fois-ci, la réunion des Français et des Belges n’aurait rien d’une annexion, ce serait plutôt une adoption. Avec ce qu’il faut de rééducation de part et d’autre : un peu plus de souplesse décentralisatrice du côté français, et une sérieuse rectification des mœurs politico-administratives du côté belge. Puisque le multiculturalisme est à la mode…
1 On a coutume de rassembler ces derniers sous la dénomination de Wallons, ce qui n’est pas exact, car les Bruxellois d’expression française ne se reconnaissent pas comme tels.
mercredi 30 juillet 2008
Les Wallons tentés de rejoindre la France
Article de Jean-Jacques Mével publié le 29 juillet 2008
La menace d'un divorce fait chuter les tabous. Les Wallons, qui
s'estiment éconduits par leurs partenaires flamands, affichent
désormais leurs penchants pour la France : 49 % d'entre eux se
laisseraient séduire par le «rattachement» si la rupture de la Belgique
devait être consommée après 178 ans de mariage.
Le chiffre,
surprise d'un sondage Ifop publié mardi par le journal belge Le Soir et
le quotidien français La Voix du Nord, confirme le raidissement de part
et d'autre de la frontière linguistique. Jusqu'ici, les 4 millions de
Wallons passaient comme l'ultime rempart du royaume. Depuis des années,
ils encaissent sans rien dire les exigences de leurs 6 millions de
compatriotes flamands et toutes leurs velléités de prendre le large.
Aujourd'hui, ils commencent à se rebiffer et font monter les enchères.
Chez
les francophones, les hommes politiques qui prônent une forme d'union
ou une autre avec le grand voisin du sud se comptent sur les doigts
d'une main. Leurs partis, groupusculaires, à l'image du Rassemblement
Wallonie-France (RWF), font rarement plus de 1 % des voix. Et même côté
flamand, les partisans d'une séparation, amiable de préférence comme
les Tchèques et les Slovaques, n'obtiennent le suffrage que d'un
électeur sur 10 à peine.
Ce sondage ne serait-il qu'un geste de
dépit ? «C'est plutôt un cri, explique l'éditorialiste du Soir Luc
Delfosse. Les francophones sont terriblement en colère. Contre la loi
du nombre que la classe politique flamande veut imposer dans la gestion
du royaume. Et contre le premier ministre Yves Leterme, pompier,
pyromane et somme toute incapable de prendre une décision. Le divorce
n'est pas pour demain. Mais en cas de malheur, les Wallons veulent
croire que la France pourrait être le refuge.»
L'écrasante
majorité des Wallons reste cependant optimiste sur la survie du ménage
belge, d'après la même enquête. Certes l'approfondissement, la gravité
et les risques de la crise sont presque unanimement reconnus (93 %).
Mais seuls 23 % des Belges francophones estiment que la rupture et la
disparition du couple sont aujourd'hui plausibles (contre 59 %). Dans
ce cas, ils se jetteraient bien dans des bras français. Mais c'est un
scénario qui passe par le pire. Mieux vaut l'éviter.
Un sujet sulfureux
Paul-Henry
Gendebien, fondateur et président du RWF profrançais, croit pourtant
son heure venue. «C'est le résultat de la déliquescence accélérée de
l'État belge, dit-il. Au bord du précipice, les Wallons éprouvent un
besoin de sécurité et de stabilité. La solution française est quelque
chose à quoi se raccrocher. Soit par enthousiasme. Soit par
résignation. La séparation avec les Flamands ne sera qu'un mauvais
moment à passer.»
Depuis la troisième démission d'Yves Leterme
(refusée par le roi), les partisans du rattachement redressent la tête.
L'union avec l'Hexagone, sujet longtemps sulfureux, n'apparaît plus
tout à fait comme une blague, dit le politologue Pascal Delwit. Le RWF
colle partout ses affichettes en détournant la devise du royaume :
«Avec la France, l'union fera la force.» À l'image de Paul-Henry
Gendebien, les francophiles soulignent une longue proximité culturelle,
judiciaire et administrative, héritage de la Révolution française, de
Napoléon et des idéaux fondateurs du royaume. «En 1830, dit-il, la
Belgique voulait être une deuxième petite France.» Ce romantisme risque
cependant de se heurter à de solides réalités (lire ci-dessous). Comme
avec le Québec mais cette fois dans un voisinage direct, la France s'en
tient pour le moment à une ligne qui peut devenir acrobatique : ni
ingérence ni indifférence.
L'Union européenne s'inquiète, avec
les 25 autres pays membres, de l'éventuelle disparition d'un des six
signataires du traité de Rome. Le modèle d'intégration du Vieux
Continent connaîtrait a fortiori des heures difficiles si le royaume
qui abrite l'essentiel de ses institutions venait à disparaître. Avec,
circonstance aggravante, une hypothétique rectification de frontière…
dimanche 20 juillet 2008
Le roi Albert II appelle à "l'union et à la tolérance"
Nouvel Observateur
édition du 20 juillet 2008
A la veille de la fête nationale belge, le roi
Albert II a prononcé un discours dimanche 20 juillet dans lequel il a
appelé son peuple à "l'union et à la tolérance", "seule voie possible"
pour apaiser les tensions intercommunautaires qui déchirent la Belgique.
"Notre pays traverse, vous le savez bien, de sérieuses difficultés
politiques", a affirmé le monarque, avant de poursuivre: "Mais
j'aimerais rappeler que les difficultés et les crises sont aussi des
occasions de rebondir et de se ressaisir".
"Respect"
"La division dans les esprits n'est pas une fatalité, c'est l'union et
la tolérance dans le respect de chaque entité fédérée qui représente la
seule voie possible dans notre société démocratique", a-t-il martelé.
"Nous devons inventer de nouvelles formes de vivre ensemble dans notre pays", a encouragé le roi.
Pour convaincre un peu plus ses compatriotes, il a fait revivre la
mémoire de son frère, le précédent roi Baudouin, très respecté des
Belges. "Le roi Baudouin était un avocat vigoureux de l'unité et de la cohésion
du pays dans le respect de sa diversité", a-t-il insisté. (Avec AP)
Note YR : C'est beau comme du Sarkozy !
jeudi 17 juillet 2008
Wallons et Flamands sont tentés par le divorce
Article de Jean-Jacques Mével publié le 17 juillet 2008
Si la Belgique se dissout un jour, ce pourrait être dans une ville comme Vilvoorde où Flamands et Wallons réalisent qu'ils ne partagent guère plus qu'une couronne, un passeport devenu européen et un drapeau plutôt fatigué. La troisième démission du premier ministre Yves Leterme a surpris la cité, comme le reste du royaume. Mais en terre flamande, à 10 km au nord de Bruxelles, c'est à peine si la crise politique agite les terrasses de café, sous les paisibles tilleuls du Grote Markt. La Belgique au bord du gouffre ? «Des enfantillages de politiciens, dit d'un air un peu blasé Hervé Vandenbossche, directeur retraité d'une école qui fut jadis bilingue. La majorité des Flamands ne veut pas d'un divorce. Mais c'est peut-être la seule solution qui reste, après avoir épuisé toutes les autres.»
Beaucoup de Belges y sont résignés.
Deux Flamands sur trois jugent la rupture inévitable, 178 ans après la
création du royaume. Le premier ministre démissionnaire a pu dire que
sa fonction restera comme «un accident de l'histoire». À Vilvoorde,
Eugène Messemaekers est le chef de file de francophones qui se disent
victimes du «racisme» linguistique flamand. Il est sans appel : «Seule
la séparation peut encore nous sauver.»
La question de la langue
fait le miel des hommes politiques au Nord flamand comme au Sud wallon.
Elle excite les passions et renforce les extrêmes. À Vilvoorde, les
nationalistes du NVA ont réussi à faire de la pratique du néerlandais
le préalable à l'acquisition d'un logement social. «Comment voulez-vous
vous intégrer ici si vous ne parlez pas la langue ?», avance Corinne
Olbrechts, premier échevin et alliée de circonstance des nationalistes.
Exclusion linguistique
L'argument
dépasse les frontières de la Belgique. Mais les francophones
s'étranglent, en invoquant la Constitution et le respect dû dans tout
le royaume, aux langues fondatrices. Depuis 21 ans, à la mairie de
Vilvoorde la flamande, le conseiller Messemaekers vote «oui» ou «non»
en français, plutôt que «ja» ou «neen». Depuis 21 ans, son suffrage se
retrouve à chaque fois invalidé. Adversaires en politique, l'échevin
flamand et le conseiller wallon pointent vers le même diagnostic : une
incommunicabilité croissante entre les deux communautés. De la
reconnaissance de deux langues (trois, en comptant la minorité
germanophone), Flamands et Wallons sont passés à l'exclusion
linguistique mutuelle. «L'école, c'est le creuset d'une nation,
explique le retraité Hervé Vandenbossche. Il y a quelques années
encore, les élus des deux camps communiquaient parce qu'ils étaient
passés par les mêmes bancs. Aujourd'hui, chaque communauté a ses écoles
et n'enseigne que dans sa langue. Flamands ou Wallons, les hommes
politiques se comprennent encore mais ils ne s'entendent plus. Que
reste-t-il de la Belgique ? »
Les Flamands représentent à peu
près 60 % d'une population de 10,5 millions d'habitants, les Wallons
40 %. Mais à part la famille royale, les emblèmes de l'État, la justice
et l'armée, ils ne partagent plus aucune institution nationale. Pas une
seule université, pas une chaîne de télévision, pas même un parti
politique. Au gouvernement fédéral se substituent chaque jour davantage
trois pouvoirs régionaux (Flandre, Wallonie et l'agglomération de
Bruxelles, officiellement bilingue). Il faut y ajouter la
représentation des communautés linguistiques. Bref, «des mondes qui se
côtoient sans jamais se mélanger», reconnaît l'échevin Olbrechts.
C'est
le poids électoral des Flamands, et surtout leur fierté retrouvée, qui
sont venus déchirer l'illusion unitaire. À Vilvoorde, dans un café du
Grote Markt, l'antique cabine téléphonique porte encore une inscription
en français. Le Rotary-Club, refuge des élites d'autrefois, délibère
parfois dans la langue des Wallons. Mais c'est à peu près tout ce qui
reste d'une ère aujourd'hui décriée par les livres d'école flamands :
celle où la maîtrise du français était un ascenseur social, du corps
des officiers à la bonne bourgeoise, des maîtres de forges à la cour
royale. Quoi qu'on en dise, c'était aussi un trait d'union.
Aujourd'hui,
le Flamand prend sa revanche et c'est le reflet d'autres réalités
économiques. «Notre modèle fonctionne mieux et les Wallons feraient
bien de s'en inspirer», dit un chef d'entreprise qui préfère garder
l'anonymat. Naguère méprisée, la Flandre est aujourd'hui plus
entreprenante, plus riche et sûrement mieux gérée. Du coup elle fait
vivre la Belgique et boucle les fins de mois de la Wallonie. Elle peut
aussi envisager sereinement la rupture. «Nous voulons bien aider, dit
Ivan Bojaerts, entrepreneur en quincaillerie à Vilvoorde. Mais nous ne
paierons pas éternellement pour un puits sans fond.»





